"La ville à ton idée", Sainte Anne, un coeur #EnMarge.

Une brève histoire de la place Sainte-Anne.

À travers ce collage à l’effigie de Nathalie Appéré, installé le quatre décembre à l’aube sur la porte de l’ancienne chapelle du Grand Séminaire de la Rue St. Louis, c’est toute la colère et le mécontentement populaire rennais qui s’exprime.

Avec #Rennes2030, c’est une énorme politique d’urbanisme que met en branle la mairie rennaise afin de réhabiliter des espaces, bâtir des éco-quartiers, etc. Bref, rien de bien nouveau sous le soleil des plans d’urbanisme qui fleurissent un peu partout en France. Mais justement, dans cette politique de réhabilitation des espaces, il est aussi - et surtout - question du quartier Ste Anne, et c’est là qu’est tout le noeud du problème. Ste Anne, c’est le coeur battant de Rennes ; quartier considéré aujourd’hui comme "hypercentre" c’est un lieu populaire, très prisé en particulier par la jeunesse rennaise, où l’on trouve de nombreux bars et restaurants, avec notamment la fameuse Rue de la Soif qui fait parler d’elle de Brest à Nice, en passant par Bayonne & Nancy.

Or cet hypercentre n’en est finalement pas un ; historiquement, le quartier Ste Anne a toujours été hors-les-murs, l’enceinte de la cité passant sur la Place des Lices. En fait, que ce soit au Moyen-Age ou à l’Epoque Moderne, Ste Anne est un croisement, un croisement entre les deux plus gros faubourgs du Nord-Rennais qui se retrouvent sur cette place historiquement populaire et plutôt mal famée, ce qu’elle est restée jusqu’à nos jours. Sainte Anne est un coeur en marge.

Sauf que l’on s’en doute, ce nouvel hypercentre, éminemment populaire, peuplé d’étudiants, de punks, de personnes abusant parfois un peu des douceurs alcoolisées qu’offre notre Douce Bretagne, qui s’avèrent parfois quelque peu bruyants une fois le soir venu, c’est n’est pas tout à fait ce que souhaite la municipalité pour "la ville de demain". Ainsi, depuis plusieurs années, les dirigeants locaux entendent "lisser" Ste Anne, mettant en place diverses politiques pour "assainir" le quartier et sa place ; cela va donc du harcèlement des punks stationnant sur-place par la Police Municipale, à la mise en place de dispositifs pour bloquer l’installation de nouveaux bars dans le quartier, en favorisant plutôt les restaurants et les boutiques. Kenavo les clodos, demat les bobos.

Mais cela va plus loin, entrons donc dans le vif du sujet.

Dans cette volonté de polissage urbain, la Mairie a décidé de faire du Couvent des Jacobins un superbe Centre des congrès pour que Rennes, désormais si proche de Paris, accueille avec allégresse et volupté pharmaciens, commerciaux et d’autres espèces fascinantes de pingouins à attaché-case !
Sont alors lancés les travaux, pour faire de la Place Ste Anne une place propre, nette ; bref, une belle ville du futur, bien classos, avec un beau Centre des congrès bien saillant.

Sauf que ce couvent, ce n’est pas n’importe quoi non plus, c’est pas la grange à tonton vous voyez ? Temple Gallo-Romain durant l’antiquité, le site accueille un couvent au Moyen-Age ; après la Révolution Française, le bâtiment devient une caserne, entretenant le caractère sulfureux du quartier, incitant tavernes et prostitué.e.s à s’installer durablement dans le coin. Mais surtout, ce couvent est un symbole et pas des moindres ; en effet, c’est ici même, dans sa Chapelle, que la Bretagne a été annexée, lorsque suite au siège de Rennes, la Duchesse Anne se fiance à Charles VIII de France, signant la fin de la liberté bretonne. Mais qu’importe le passé, la Chapelle est destinée à devenir un merveilleux amphithéâtre de trois cent places, alors que le millier de tombes médiévales et modernes fouillées par l’INRAP entendront résonner les mocassins et escarpins de la startup nation parisienne, venue profiter de la Province pour s’y délecter d’un "week-end de congrès au grand-air, à 1h30 de Paris seulement ! #Delightful".

Évidemment, ça fait grincer des dents. De nombreuses voix se sont élevées, venant de Rennais.es ayant l’impression que l’on voulait déposséder leur ville de son âme, et gentrifier leur centre-ville.
C’est ainsi par exemple que très régulièrement, une personne s’amuse à lancer contre les murs du couvent des bombes de peintures ponctuant la pierre de notes colorées, afin de manifester de façon légère contre cette verrue du capital, dévorant l’âme et l’histoire de notre cité.
C’est très dommage d’ailleurs, puisque la peinture employée sur le chantier n’est pas traitée contre les graffitis et ne peut pas être nettoyée, l’entreprise en charge des travaux est constamment obligée de repeindre, oups. Mais ne le répétez pas, c’est un secret.

Mais la Chapelle du grand séminaire dans tout ça ? Cette chapelle située Rue St. Louis, aux côtés de la Maison du Peuple n’est pas juste une chapelle. Cette ancienne salle de jeu de paume, récupérée par l’Eglise à l’époque où elle fait fermer ces salles de jeu populaire à la mixité sociale incroyable, est encore absolument intacte, puisque le bâtiment ne fut pas rasé mais transformé. Autre élément notoire de l’aspect populaire du quartier, ce jeu de paume dont la conservation est quasiment sans pareille dans l’hexagone est aujourd’hui largement usé par la mairie de Rennes. En effet, pour faire face aux accusations de volonté de gentrification, la municipalité répond avec centre associatif et une crèche, comme pour dire "Oyez oyez, plébéiens, vous n’êtes pas bannis du Centre-Ville !"
Spoiler : Ça marche moyen-bof.

Quatre camps sont ainsi en présence :

- La mairie & ses allié.e.s : qui entendent faire de Ste Anne un quartier "sain", digne de "Rennes, capitale du Grand-Ouest à 1h30 de Paris grâce à la ô combien glorieuse LGV".
- La majorité, qui s’en balance, faute d’information et d’intérêt sur la question.
- Les défenseurs du patrimoine, qui refusent que des lieux aussi extraordinaires que le Couvent des Jacobins ou la Chapelle-Jeu de Paume soient sacrifié.e.s malgré l’inscription Monument Historique du couvent et l’inscription en cours concernant la Chapelle.
- L’auteur, ou l’autrice, de cet adorable collage placé Rue St. Louis et de nombreuses personnes partageant l’avis que Ste Anne est le coeur vivant de Rennes tel qu’elle est depuis des siècles et que cela ne saurait changer sans lutter d’abord.

Pour conclure, il convient cependant de noter que le cas rennais n’est malheureusement pas unique ; ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autre des politiques urbaines actuelles qui tendent à gentrifier les hypercentres et à repousser les citadins populaires aux marges de la cité.

Contre le Centre des congrès & son monde ; d’an emgann, ha mallozh ruz d’ar C’hallaoued !

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