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Le Gwenn-ha-Du, ouvert et solidaire

Breizh Bretagne
Cultures - Contre-cultures Dynamiques collectives

En France, tout le monde connaît le Gwenn ha Du. Il est de sortie lors de toutes les manifestations sportives ou culturelles d’importance, souvent aux côtés du drapeau national algérien avec qui il est en compétition en termes d’apparitions, et on le retrouve aux 4 coins de l’hexagone. Cette situation est vue comme une évidence, mais personne, à notre connaissance, n’à pris le temps de se pencher sur l’explication de ce phénomène, et sur les symboliques portées par ce drapeau.

À notre avis, l’une des raisons les plus évidentes est le sentiment d’appartenance à un peuple, à une communauté et à un ensemble de valeurs. Beaucoup de breton•nes conservent un certain attachement au drapeau dit national : on en retrouve dans les jardins, les salons, et chez toutes les catégories sociales. Il est même coutume pour les bretons s’exilant en France d’en emporter un pour l’occasion, une sorte de souvenir du pays (ce qui permet de le sortir lors de toute occasion jugée propice).

En effet, le renouveau culturel breton de la deuxième moitié du XXe siècle participe à diffusion massive de ce symbole, aux côtés du triskell ou de l’hermine. On observerait donc ici la volonté de s’affirmer en tant que membre d’un groupe social partageant un ensemble de valeurs et une culture commune.

Cependant, le Gwenn ha Du fait froid dans le dos à plus d’un•e militant•e de gauche, même breton•nes, dès qu’il sort de ce contexte d’amusement de provocation, en somme, dès qu’il est politisé. Comme tous les drapeaux représentant les minorités culturelles présentes sur le territoire hexagonal, il est associé à la réaction, voire au royalisme et au fascisme. Combien de camarades sincères se sont pris des remarques, voire des insultes après l’avoir exhibé en manifestation ? Il est d’ailleurs présent sur le site indextrême, repensant les symboles et dogwhistle fascistes et fascisants.

Cela dit, même le site le précise : ce drapeau est également utilisé par le camp progressiste. Il l’est même bien plus chez nous que dans les groupuscules nazillons présents sur le territoire : toujours empêtrés dans leur paradoxe d’une “race blanche francaise supérieure”, ils se disent nationalistes ou régionaliste bretons tout en exhibant drapeau tricolore et autres fleurs de lices aux côtés du drapeau noir et blanc. Ces groupes insignifiants, qu’il faut toutefois garder à l’œil, peuvent toujours essayer de se réapproprier ce symbole, ils n’y arriveront pas.

A-t-on déjà vu drapeau plus libertaire, outre le drapeau noir ? Comme celui-ci, le Gwenn ha Du se décline en une infinité de combinaisons. Drapeau élastique, il permet aux breton•nes se revendiquant de telle ou telle cause et d’y associer la cause bretonne, symbole de résistance à l’impérialisme, au centralisme et à toutes les dominations et oppressions en général. Ainsi voit-on fleurir les drapeau “Breizh Enepfaskour / Bretagne Antifasciste”, où le blanc vient se mêler au drapeau noir sur fond rouge, lors de nombreuses manifestations. Combien de fois, lors de marches des fiertés, l’a-t-on aperçu mélangé tantôt aux drapeaux LGBTQIA+/queer, trans, lesbien, ou à toute autre identité de genre ou orientation sexuelle ? Si vous êtes déjà allé à un concert des Ramoneurs de menhirs, les Béruriers bretons, peut-être l’avez vous aperçu mixé avec le drapeau noir, ou encore avec un symbole pirate, égérie libertaire s’il en est !

Il conserve en cela sa symbolique née dans la deuxième moitié du XXe siècle, période durant laquelle le Gwenn ha Du est de toutes les luttes sociales : manifestations, grèves, il est repris partout, et il y est souvent accroché une ou deux bandelettes rouges, pour rappeler l’idéal socialiste. On le retrouve de Plogoff au Joint français, des Bonnets Rouges à Notre-Dame -des-Landes. Aujourd’hui encore, vous pouvez peut-être l’apercevoir avec ses hermines, représentant les évêché bretons, remplacés par une étoile rouge pour les communistes et apparentés, ou par un A cerclé chez les libertaires et anarchistes. Il n’existe, à notre connaissance, que très peu de drapeaux nationaux (en tant qu’ils représentent un peuple) possédant une telle adaptabilité, une telle élasticité. Ce caractère permet une appropriation par chacun•e, qui peut l’utiliser afin de véhiculer ses propres revendications.

Il est également souvent repris par des peuples frères : lors des récentes révoltes en Kanaky, on l’a vu fleurir chez les manifestants. On l’aperçoit régulièrement dans les colonies françaises (Réunion, Martinique…), chez les Amazighs (notamment Kabyles, avec qui l’Emsav a entretenu des relations privilégiées), et le porter en Euskadi/Pays Basque ou en Corse vous attirera la sympathie des locaux. Il n’y a qu’aux français•es qu’il fait peur, ou aux breton•nes n’ayant que trop bien intégré•es cette honte d’être ce qu’ils sont.

Nous pensons donc que ce drapeau est unique, tout en étant multiple. Il n’appartient à personne, et pourtant il appartient à tous•tes.

Contrairement aux drapeaux des Etats-nations impérialistes, symboles d’autorité et d’oppression, il est un drapeau populaire, le drapeau d’un peuple qui ne représente que ceux qui le veulent bien. On est breton•ne hors de bretagne, on est breton•ne sans origines bretonnes, on est breton•ne si l’on se considère breton•ne.

Le collectife Dispac’h.

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