PMA, maternité & écologie

Alors qu’auparavant peu nombreuses au milieu des mouvements écologistes, les critiques de la PMA [1] se font de plus en plus entendre. On ne peut qu’observer que cela coïncide avec le débat sur l’ouverture de celle-ci aux femmes lesbiennes et aux femmes seules, quand elle est pourtant autorisée et encadrée pour les couples hétérosexuels infertiles depuis 1994. Il nous semble alors primordial en tant que membres de groupes écologistes concerné-es de près ou de loin par la question, de se positionner ou d’apporter une réflexion construite sur les questions de la parentalité, l’homoparentalité et le désir d’avoir des enfants.

Aujourd’hui, plusieurs choses nous sautent aux yeux. La récupération de l’écologie à des fins réactionnaires dans les courants de droite, l’essentialisation des femmes, le discours de plus en plus répandu sur la nécessité de ne pas faire d’enfants par responsabilité écologique. Ces éléments nous semblent nécessiter réflexion.
Lors des débats à l’assemblée nationale autour de la loi bioéthique, de nombreux députés de droites diverses ont pu affirmer leurs valeurs écologistes et leur attachement à la “nature”, au “naturel”, en demandant à ce qu’on respecte l’ordre “naturel” de la famille, argument déjà présent au moment des débats autour du mariage pour tous. A côté de ces députés de droite nous rappelant à notre pseudo “anormalité”, il semble de bon ton dans un certain nombre de médias grand public et moins grand public de diffuser le propos des GINKS (Green Inclination No Kids), propos qui consiste à promouvoir le geste de ne pas faire d’enfant comme geste écolo ultime. #Birthstrike, les GINKS, vidéos de témoignages et interviews de femmes ayant décidé de ne plus enfanter pour la planète, ou ayant décidé de se faire stériliser, tout est bon pour faire porter une fois de plus la responsabilité individuelle de notre mort assurée sur les femmes, prises dans un étau entre l’injonction à être mère et la culpabilisation autour du monde qu’on laisserait à nos futurs enfants si nous décidions d’en avoir. Et dans les mouvements écolo, si les femmes font des enfants, elles sont encouragées à s’en occuper “naturellement”, à allaiter, à trouver des couches lavables. Si elles ont leurs règles, il faut utiliser des serviettes lavables, des culottes de règles hors de prix, des cup. Tout est bon pour que les femmes remettent constamment en question leurs modes de vie pour placer l’autre, autrui, avant sa personne, avant la manière dont elle juge approprié de vivre sa maternité ou ses règles. Au milieu de ces discours vivent les femmes lesbiennes et les femmes seules, qui attendent depuis bien longtemps de pouvoir fonder des familles sereinement.

Ces discours écologistes vides de toute réflexion sociétale se couplent avec un questionnement de nos camarades autour de la “technicité” ou de la “technique” de la PMA, ainsi que ses possibles dérives eugénistes. Les critiques sur la PMA ne datent pas d’hier, mais pour autant elles trouvent un renouveau et un nouveau retentissement alors que les débats de la loi bioéthique sont marqués par le retour de la manif pour tous et d’un discours réactionnaire sur la “famille” et la “nature”, qui ont le goût amer de 2013. Nous avons bien connaissance de ces critiques et ne les balayons pas. Mais qu’est-ce qu’une critique de la technicité à l’heure où les seules alternatives proposées pour les lesbiennes sont des inséminations avec donneurs (IAD) artisanales ou de ne pas avoir d’enfants ? Inséminations artisanales où aucun cadre n’est garanti quant à la non reconnaissance de l’enfant par le donneur ? Nous nous permettons ainsi de douter de la sincérité des critiques de la technique de la PMA, étant donné leur résurgence quand on parle d’ouverture de cette possibilité aux minorités sexuelles, bien que l’on essaie de nous convaincre que cette critique vaut aussi pour les couples hétérosexuels. Cependant, nous n’ignorons pas non plus les critiques d’une médecine industrielle, et nous n’hésitons pas à la remettre en question d’un point de vue anticapitaliste. Nous sommes conscientes que la médecine moderne est directement dépendante de l’énergie industrielle et des ravages dont sa production est la cause. Nous sommes également critiques des monopoles des industries pharmaceutiques et la facilité déconcertante avec laquelle nous sommes amenés à consommer toutes sortes de produits, qui sont créés grâce à l’exploitation des populations et territoires des pays dits “en voie de développement”, plutôt que de nous soucier de notre cadre et conditions de vie. Il nous semble ici pourtant que la question ne se pose pas tant au niveau médical mais au niveau social et légal, car nous ne souhaitons pas la PMA pour mettre entre les mains des médecins notre filiation, mais pour que notre filiation existe et soit reconnue aux yeux de l’Etat tant qu’il existe encore.
Quant aux questionnements sur l’eugénisme et la marchandisation, ils n’ont, en France en tout cas, pas de raison ou presque d’exister. Les dons de gamètes sont anonymes, non rémunérés, et gérés par les CECOS (Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humain).

De plus, il est normal de se questionner sur l’avenir de la PMA et sur les conséquences que cela peut avoir, notamment sur les risques d’instrumentalisation de la procréation voire de l’enfant. Or, il semble compliqué ici d’accepter comme contre-argument, à l’ouverture de la PMA pour les femmes seules et couples de femmes, de simples imaginations sur ce que pourraient être les pires évolutions liées à celle-ci alors même que c’est un système qui se trouve être déjà en place, partiellement en France et inclusivement pour d’autres pays.
Il apparaît donc en aucun cas légitime de se baser sur une vision pessimiste et catastrophiste de l’avenir, pour justifier ce refus qui ne fait que représenter l’oppression des femmes seules et des minorités sexuelles déjà présente dans notre société.

Ainsi, il paraît évident que priver de la PMA les minorités concernées, en se basant sur ce genre de fabulation ne permet rien d’autre que de justifier misogynie et lesbophobie.
La sélection du donneur reste interdite, le don est gratuit, et nous sommes profondément opposées à la levée de l’anonymat du don, et nous regrettons ainsi le manque de réaction des organisations féministes diverses et variées sur ce sujet. Nous considérons que l’anonymat est une barrière qui, si elle est franchie, permet de transformer le donneur en ce qu’il n’est pas : un père. Nous voyons en la levée de l’anonymat une mesure profondément patriarcale que les couples hétérosexuels pourront éviter en cachant à leurs enfants qu’ils sont nés de PMA, tandis que les lesbiennes et les femmes seules sont dans le cas où elles ne peuvent mentir sur la conception de leur enfant. Ainsi, on inscrit une nécessité d’accès aux origines, et appliquer la levée de l’anonymat revient à forcer la place d’un homme dans des familles où il n’en existe pas. Alors que ce qu’est un père relève bien plus à nos yeux d’un rôle social et non pas d’une fonction biologique, et comme s’il était impossible de vouloir l’existence d’autres modèles familiaux en parallèle des familles hétérosexuelles. Alors qu’il nous semble pourtant primordial de légitimer d’autres modèles familiaux, sans conditions, sans contraintes spécifiques.

Nous ne sommes pourtant pas dupes face à la volonté du gouvernement de légiférer sur les problématiques liées aux femmes et aux minorités sexuelles. Nous ne sommes pas dupes face à la dépossession opérée par l’intervention de l’Etat sur nos problématiques. L’écartement des personnes trans du projet de loi bioéthique en est un autre exemple. Nous regrettons ainsi, encore, le manque de soutien clair et fort, envers les personnes trans, écartées pour transphobie pure et simple d’un gouvernement qui ne souhaite pas “diviser les français”.

Nous souhaitons aussi aborder la peur présente dans les mouvements écolo et à bien d’autres endroits, qui consiste à s’alarmer sur le fait que la PMA engendrerait systématiquement la GPA au nom de l’égalité. Il existe ainsi en Europe des pays qui tolèrent la GPA sans l’encadrer, des pays qui l’interdisent formellement et d’autres qui l’autorisent à titre gratuit, et très peu à titre “commercial”. La PMA est autorisée pour les femmes seules et les lesbiennes en Espagne, la GPA y est pourtant interdite. Nous soutenons ainsi que le débat sur la PMA n’a aucun lien avec le potentiel débat sur la GPA. Les enjeux et les clauses particulières sont différentes. Il nous faut pourtant penser la question de la filiation des enfants nés de GPA sans pour autant tomber dans des schémas de pensée faciles et réactionnaires.

Nous, quelques membres de collectifs écolo, ne voulons ainsi pas la destruction de la nature mais la destruction de l’hégémonie de ce qui est supposément “naturel” dans notre société, en ce qui concerne la parentalité, l’homoparentalité et la paternité. Nous soutenons qu’il faut penser l’écologie d’un point de vue féministe, et prendre en compte les différentes problématiques que traversent sur des plans très différents toutes les femmes, qu’elles soient précaires ou non, issues de minorités sexuelles ou non, etc. La question de l’écologie ne peut se poser sans penser le cadre sociétal dans lequel nous évoluons, sans remettre en question nos modes de parentalité, les normes patriarcales qui régissent nos sociétés, nos modes de transmission et ce que nous voulons ainsi transmettre aux générations futures.

Nous souhaitons pouvoir penser la question éco-féministe d’un point de vue qui n’essentialise pas les femmes dans un rôle fermé, et nous souhaitons ainsi pouvoir nous questionner sur notre rapport particulier au monde, et notre rapport au monde hétérosexuel dans lequel nous nous trouvons, que nous soyons hétérosexuelles ou non.
Nous voulons ainsi pouvoir réfléchir collectivement sur ces questions et bénéficier du soutien de nos camarades dans nos cheminements, sans qu’ils ne choisissent plus jamais de profiter d’une vague réactionnaire pour afficher leurs propres questionnements.

Des membres de collectifs écolo

Notes

[1Procréation médicalement assistée.

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