Communiqué de presse lu sur Bassine Non Merci :
Sainte-Soline : la violence était bien du côté de la police
Nous, manifestant.e.s de Sainte-Soline ayant saisi la Défenseure des droits, avons appris avec effarement le résultat de l’enquête préliminaire de l’IGGN concernant quatre des blessé.e.s les plus graves qui avaient porté plainte, révélé aujourd’hui par les journalistes de Libération et de Mediapart.
Nous sommes indigné.e.s de la légèreté avec laquelle cette enquête a été conduite, ne permettant même pas d’identifier les armes et auteurs des tirs ayant blessé gravement nos quatre camarades. Cette enquête laisse de côté de nombreux éléments qui auraient nécessité davantage d’investigations, à savoir : l’absence de réponses concrètes en ce qui concerne les blessures ; l’exploitation anecdotique des vidéos quand-bien-même des faits et propos très choquants y sont retrouvés ; l’usage non réglementaire des armes quasi systématisé...
Néanmoins, même si l’enquête souffre de nombreuses lacunes, elle nous permet tout de même d’étayer un certain nombre de faits que nous n’avons eu cesse de dénoncer. Tout d’abord, elle établit que de nombreux tirs non réglementaires (tirs tendus de grenades ou de LBD, tirs de GM2L au milieu de la foule) ont été réalisés, mettant ainsi en danger nos vies et nous occasionnant de nombreuses et graves blessures que nous avons déjà documentées. Ces tirs, loin d’être des accidents isolés, étaient fréquents voire systématiques, et encouragés par la hiérarchie. Les gendarmes avaient conscience que ces tirs étaient dangereux, qu’ils causaient des blessures, et cela semblait les indifférer, voire les réjouir. Nous sommes attéré.e.s devant les propos violents et obscènes des gendarmes rapportés dans l’enquête.
Rappelons qu’avant-même la manifestation de Ste-Soline, Gérald Darmanin alors ministre de l’Intérieur avait dénoncé des manifestant.e.s violent.e.s et prêt.e.s à tuer et qu’il fallait s’attendre à des « images extrêmement dures ». Cette enquête préliminaire, pourtant menée particulièrement à décharge pour la gendarmerie, permet d’établir clairement que la violence, la jouissance devant les blessures infligées, et le risque assumé de mutiler ou tuer, était bel et bien du côté des forces de l’ordre.
Nous apportons donc tout notre soutien à nos camarades et leurs parents ayant porté plainte. Si nous n’avons aucune confiance en la justice pour faire la lumière sur les violences policières dont nous avons été victimes et pour en poursuivre les responsables, nous nous réjouissons de constater que tous les éléments objectifs dont nous disposons depuis le début (rapport de la Ligue des Droits de l’Homme, et maintenant l’enquête préliminaire), corroborent nos témoignages.
Nous espérons que le rapport de la Défenseure des droits, qu’elle devrait rendre en 2026, permettra également d’apporter de nouveaux éléments.
Communiqué lu sur Info Libertaire :
Il importe de faire la lumière sur les violences policières à Sainte-Soline et ailleurs
Le 25 mars 2023, lors d’une manifestation à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) contre les mégabassines, les forces de l’ordre ont blessé plus de 200 personnes – dont nous quatre gravement.
Une plainte a été déposée par nous ou par des proches de nous, notamment pour tentative de meurtre et pour entrave à l’arrivée des secours.
Les experts que le procureur de la République a chargés d’enquêter sur les violences policières ont mis deux ans à rendre leurs conclusions, qui sont à la fois partiales et lacunaires. Selon eux, les forces de l’ordre auraient seulement répondu à la violence de certains manifestant-e-s. En fait, comme l’ont démontré force témoignages, images et enquêtes journalistiques, les 3 200 policiers « défendant » un trou de terre vide ont bombardé (de 5 010 grenades) sans sommation l’ensemble des manifestant-e-s. Toujours selon ces experts, l’organisation des secours n’aurait pas entraîné une « perte de chance » pour les victimes… parce qu’elles ont été soignées sur place « de façon consciencieuse et irréprochable ». En fait, ce n’est pas la qualité de ces soins qui a été dénoncée, c’est l’interdiction faite aux ambulanciers d’accéder aux personnes blessées même quand il y a eu un retour au calme – interdiction que, là encore, divers témoignages confirment.
L’enquête indique que les soignants n’étaient pas autorisés à arriver seuls sur les lieux, et que des tirs « non réglementaires » ont été opérés par les forces de l’ordre. Mais de nombreuses zones d’ombre subsistent dans ses conclusions, en particulier concernant les ordres explicites d’effectuer ces tirs « non réglementaires » : quoique figurant dans le dossier, ils n’ont pas été traités. Enfin, si des « dysfonctionnements inexplicables » sont relevés dans l’organisation des secours (le PC pompiers ne répondait pas aux appels à l’aide, des motards de la police ont tardé à venir escorter des ambulanciers et les ont abandonnés en chemin, etc.), aucun avis n’est émis dessus.
La manière dont a été conduite cette enquête laisse clairement apparaître l’intention de classer sans suite nos plaintes, aussi demandons-nous la poursuite des investigations. Loin d’être un événement ponctuel, le 25 mars 2023 à Sainte-Soline s’inscrit dans un processus visant depuis de nombreuses années à banaliser une répression toujours plus violente. L’objectif de l’Etat ce jour-là n’était pas d’empêcher les manifestant-e-s de parvenir sur le chantier de la mégabassine, mais de dissuader quiconque de manifester à nouveau contre de telles constructions – lesquelles ont depuis été jugées inutiles et illégales par les autorités compétentes. La mobilisation antibassines de Sainte-Soline a ainsi été pour l’Etat une occasion d’appliquer sa « doctrine du maintien de l’ordre », qui implique d’assimiler les mobilisations sociales à des attentats terroristes afin de déclencher officieusement un plan Orsec permettant leur répression par de véritables moyens militaires, mais ne prévoyant pas les moyens sanitaires à la hauteur de cette répression.
Le terrorisme, c’est ça : rendre une population passive face aux agissements d’un pouvoir devenu omnipotent. Nous avons aujourd’hui les preuves audio et vidéo de ce dont nous nous doutions : les actes qui ont causé tant de blessures et fait frôler la mort à nombre d’entre nous ne sont pas l’œuvre d’individus particulièrement violents, mais découlent de l’ordre donné par une institution. Et des actes semblables ont blessé et tué dans d’autres contextes (mouvements des gilets jaunes ou contre la réforme des retraites, émeutes après la mort de Nahel…). Alors nous voulons faire peser sur cette institution le cadre juridique dont elle s’affranchit délibérément.
Apporter un éclairage sur ce dossier ne suffira évidemment pas à le clôturer, mais cela nous aidera à trouver les réponses dont nous avons besoin et à affirmer un refus de se laisser tétaniser par la terreur. Nous n’en continuerons pas moins de mener d’autres batailles pour une réelle justice sociale et environnementale.
Mickaël, Serge, Alix, Olivier et des proches,
le 5 novembre 2025

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