Par arrêté préfectoral, Louis Le Franc, préfet du Finistère, a interdit tout rassemblement dans le centre-ville de Brest, pour la manifestation du samedi 22 novembre 2025. Celle-ci était appelée par l’assemblée antifasciste de Brest, à l’occasion de l’assemblée régionale antifasciste, se tenant le même jour, dans la cité du Ponant. Cette manifestation aux flambeaux était annoncée comme une marche festive, à l’intersectionnalité des luttes, en réaction aux attaques fascistes qui ont eu lieu récemment à Brest et ailleurs en Bretagne. Pour rappel, depuis 6 mois à Brest, se multiplient des actions de différents groupes d’extrême droite allant d’agressions de personnes racisées, LGBTQ+ et/ou assimilées de gauche à l’attaque en bande organisée, ciblant un bar et ses client.es. A Lorient aussi, le groupuscule La Digue a multiplié les exactions : agressions, tags, autodafé...
Si nous n’attendons rien du préfet Le Franc et consorts, toujours prompts à réprimer les résistances populaires [1], il nous paraît néanmoins caustique de signaler la rhétorique employée dans l’arrêté publié le 19 novembre 2025. Caustique certes, mais dans la lignée du sous-préfet Setbon, qui n’a pas hésité à qualifier l’attaque du 20 septembre dernier [2], de rixe entre deux bandes rivales de supporters ! Ce grotesque mensonge, à peine voilé, n’est qu’une tentative d’euphémiser la violence d’extrême droite et d’étouffer l’affaire. Malgré leurs exactions, les nervis d’extrême droite semblent à peine mettre en émoi ces deux hauts fonctionnaires. C’est même à se demander s’ils ne bénéficient pas de leur complaisance.
Deux mois après l’attaque du café de la Plage, quels moyens ont été employés pour retrouver les auteurs de l’agression ? Toujours, aucune nouvelle de l’avancée de l’enquête, toujours aucune preuve tangible du rôle des caméras de vidéo-surveillance dans la réduction et la prévention des violences [3] ! Pire encore, ce soir-là, la police a interdit l’intervention des secours, empêchant l’assistance aux personnes agressées, sur la place Guérin. Depuis, ce même groupe fasciste continue ses attaques quasi-hebdomadaires au sein de la ville.
L’extrême droite est décomplexée : ignominies sur ignominies, surenchères de propos nationalistes, homophobes, sexistes, racistes et islamophobes, haine de la démocratie à peine masquée... Dans son sillage, une constellation de groupuscules, gravitant autour de cette idéologie, déchaîne une surenchère de violence physique.
CONSIDÉRANT que depuis quelques mois, sur l’arrondissement de BREST, est observé un accroissement des tensions et violences entre les militants de l’extrême gauche et de l’extrême droite ;
Plus de quinze agressions physiques de groupuscules d’extrême droite, faisant de nombreux.ses blessé.es ! Combien d’agressions associées à l’extrême gauche ? Nous attendons toujours la remontée des chiffres de la préfecture ! Cette symétrie permanente dans la bouche du pouvoir mettant constamment dos à dos les extrêmes, est une lecture politique bien pratique pour asseoir la répression. Pire, cet amalgame volontaire, entretenant la confusion, fait d’eux des irresponsables.
Non, l’extrême gauche et l’extrême droite, ce n’est pas la même chose ! Pourquoi donc entretenir sciemment cette confusion ? La violence d’extrême droite s’attaque aux personnes, aux étranger.es, aux personnes racisées, aux trans, aux homosexuels, aux lesbiennes, etc. Et à celles et ceux qui les défendent [4]. L’extrême gauche s’attaque aux structures oppressives, au pouvoir qu’il soit politique ou économique ! Quand les premiers stigmatisent, les seconds œuvrent pour l’égalité.
CONSIDÉRANT au demeurant, que cette manifestation s’inscrit dans un contexte de menace terroriste particulièrement aiguë qui sollicite toujours à un niveau élevé les forces de sécurité intérieure pour garantir la protection des personnes et des biens contre les risques d’attentat, dans le cadre du plan VIGIPIRATE, porté au niveau « URGENCE ATTENTAT » en vigueur depuis le 24 mars 2024 ;
Dans un entretien, au Monde en 2023, le directeur général de la Sécurité intérieure disait :
« En France, dix actions terroristes, d’inspiration néonazie, accélérationniste [qui consiste à accélérer la survenue d’une guerre raciale avant qu’il ne soit trop tard pour l’emporter], raciste ou complotiste, ont été déjouées depuis 2017 […] Il y a un phénomène inquiétant : la présence parmi l’ultradroite de membres ou d’anciens membres des forces de l’ordre, de militaires… » [5]. Dans ce sillage, Médiapart révélait en octobre dernier qu’ « au moins neuf hommes condamnés ou en attente d’un procès dans des affaires de terrorisme d’extrême droite ont exercé des responsabilités au sein du Rassemblement national ou l’ont représenté à des élections locales et nationales. »
C’est aussi face à l’ampleur de cette menace qu’une assemblée antifasciste a vu le jour à Brest, dernièrement. Un espace pour faire rempart à l’extrême droite, pour débattre, pour s’organiser, mettre en place des solidarités concrètes, pour contrer ces attaques délétères, qu’elles soient symboliques et/ou physiques. A travers la pratique d’actions collectives, cette assemblée met en place des actions de collage et des distributions de tracts, appelle à des rassemblements et des manifestations...
Mais rien n’y fait. Le préfet Le Franc s’obstine et persiste. Idéologie, paranoïa ou cécité ?
CONSIDÉRANT que le 25 septembre 2025 à 19h00, environ 800 personnes ont participé à la manifestation « contre l’extrême droite et le fascisme » dans le centre-ville de Brest, en bas de la rue de Siam. Environ 200 militants radicaux pour la plupart cagoulés et encapuchonnés ont tenté de contourner le dispositif policier mis en place afin de rejoindre les débits de boissons Cocorico et Baroombar désignés par les militants antifascistes comme étant des établissements fréquentés par des militants d’ultra droite ;
CONSIDÉRANT que des heurts violents se sont produits à l’occasion de ce rassemblement entre les militants antifascistes en mode « black bloc » et les forces de l’ordre aux limites du périmètre interdit toute une partie de la nuit à l’occasion de ce rassemblement ;”
D’après la presse (à l’unisson de BFM à Ouest France), 1500 antifascistes étaient rassemblée.s ce 25 septembre ! Mais pour le préfet, autant d’antifascistes, c’est la gangrène. Le Franc cherche par tous les moyens à minimiser, discréditer et empêcher cela. Force est de constater que le préfet Le Franc n’est pas homme de chiffres. Trop coutumier de son pouvoir discrétionnaire, il ne prend plus la peine de se justifier. Inquiétant, non ? C’est ce même pouvoir qui décide du refus ou de la délivrance d’un titre de séjour. C’est ce même pouvoir qui décide de l’attribution ou non d’une subvention à une association (Fonds pour le développement de la vie associative). Autrement dit, le ministère de l’intérieur, à travers chaque préfet, dispose d’un puissant dispositif d’exclusion, d’ostracisation et de censure.
Le préfet Le Franc oublie cependant de dire que la manifestation spontanée qui a réuni 1400 personnes, le 21 septembre dernier, au lendemain de l’attaque fasciste sur le Café de la Plage, place Guérin, s’est déroulée sans heurts, ni violence. La mise en retrait des « forces de l’ordre » vis à vis du cortège, ce soir là, y était-elle pour quelque chose ?
Inévitablement, cette manifestation du 25 septembre se voulait rassembleuse. La LDH ou encore la FI se sont jointes à la mobilisation. Est-il bon de rappeler que le PS n’a pas appelé à participer à ce rassemblement contre le fascisme, prétextant la présence de Raphaël Arnaud (cofondateur et ex-porte-parole de la Jeune Garde antifasciste, aujourd’hui député France Insoumise). L’instrumentalisation de la violence des manifestant.es est une piètre ritournelle, une rhétorique bien fragile, mais agitée inlassablement par le pouvoir bourgeois. Cela ne lui sert qu’à amplifier toujours un peu plus l’arsenal répressif, à sa disposition. Comme le dit Mathieu Rigouste : « Restreindre les manifestants à leur degré supposé de violence, c’est les mettre dos-à-dos avec la police. » Et, l’on voit bien ce que cela produit dans les quartiers populaires ou dans les territoires d’outre-mer. L’on voit bien aussi, ce que cela a produit en mars 2023 à Sainte-Soline [6].
Depuis plusieurs décennies, c’est bien la stratégie du « maintien de l’ordre » qui fixe le degré de violence [7]. Le 25 septembre 2025, c’est bien le dispositif policier, empêchant la manifestation, qui a instauré un climat de tension, quand dans le même temps, à son départ, la manifestation était, ne voulant céder à la sidération, plutôt joviale voir festive ; comme en témoigne la fanfare, la batucada et les clowns présents !
Pourquoi enfreindre cette liberté fondamentale du droit à manifester ? Pourquoi déployer un tel dispositif sécuritaire ? Pourquoi entasser les manifestant.es vers des impasses ? Pourquoi gazer tout azimut un cortège ? Pourquoi générer une telle tension ? Pourquoi faire usage d’une telle force ? Pourquoi faire survoler un drone ?
CONSIDERANT que l’appel à une « marche aux flambeaux antifasciste » le samedi 22 novembre 2025 à 18h00, à partir de la Maison des syndicats à Brest 2 place Edouard Maze, à proximité immédiate du centre-ville de Brest génère un risque important de troubles à l’ordre public, alors qu’une forte affluence est attendue ce week-end dans le centre-ville de Brest en raison de l’opération commerciale « Black Friday » et des préparatifs des fêtes de fin d’année et que cette déambulation pourrait emprunter les rues commerçantes avec des militants porteurs de flambeaux, pouvant être assimilés à des engins incendiaires improvisés, et donc susciter une vive inquiétude de la part de la population locale ;
Le centre-ville ne serait-il réduit qu’à une simple fonction consumériste ? N’en déplaise au préfet Le Franc, le centre-ville n’est pas un centre commercial réunissant des consommateurs.trices accroché.es à leur pouvoir d’achat. C’est, aussi et surtout, le cœur de la cité, un lieu d’agitation et d’expression démocratiques. L’idée de cette manifestation était bien de visibiliser les agressions et les discours racistes, fascistes, xénophobes, islamophobes, transphobes et homophobes que subit notre époque. Cette manifestation visait bien une fonction symbolique tout autant qu’elle traduisait un geste de solidarité envers l’ensemble des personnes agressées ou menacées de l’être. Telles sont les valeurs qui souhaitaient être défendues collectivement, portées haut et fort.
Manifester aux flambeaux, est-ce vraiment le problème ? Cette pratique semble être une expression populaire lointaine : des rites païens aux célébrations révolutionnaires, tels que les hommages à la prise de la Bastille, par exemple. Mais, nulle intention ici d’aller mettre à feu et à sang le centre-ville. Le préfet Le Franc craignait-il une jacquerie ? Mais, si le feu vient à prendre, il faudra bien sûr en surveiller son origine [8] !
Dernièrement, à Tours, a eu lieu une manifestation aux flambeaux. De son côté, le préfet d’Indre et Loire, n’a rien trouvé à redire au rassemblement de quelques 200 sympathisant.es du groupuscule d’extrême droite « Des Tours et des Lys », entonnant au passage le « chant de fidélité », hymne notoire des fidèles à Dieu et au Roi ! Pendant ce temps là, à Brest, la manifestation antifasciste prônant l’émancipation, la justice sociale et la solidarité se voit interdite dans un large périmètre, autour du centre-ville. Cherchez l’erreur !
CONSIDÉRANT que la mouvance ultra-gauche et antifasciste brestoise cherche à faire perdurer un climat de tension sur la ville de Brest depuis plusieurs mois comme le démontre l’organisation d’assemblées antifascistes tous les lundis à 18h30 depuis le 15 septembre aux halles Saint Martin à Brest, auxquelles participent jusqu’à 120 militants ;
En quoi un rassemblement hebdomadaire pour se prémunir d’agressions fascistes entretient-il un climat de tension ? Cette assemblée hebdomadaire est un symbole de vitalité démocratique. Elle est à la recherche d’une participation active à la vie de la cité autour de valeurs de solidarité, d’entraide, du refus de la violence, du racisme et de toutes formes d’exclusion. N’est-ce pas cela qui, par essence, fait le sel de la vie de la cité ? Les antifascistes ont toujours et partout défendu le souffle de la liberté. Pour combattre ce fascisme qui vient, que partout fleurissent d’urgence les assemblées antifascistes !
Chaque lundi soir à 18h30
Maison du Peuple - Brest

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