Communisme - Théories & Pratiques

Après une éclipse relativement longue liée au naufrage des
« socialismes réels » et à la puissante offensive néolibérale, le
communisme fait à nouveau l’objet d’une vive attention académique. Dans
le cadre de cette réouverture de la question communiste à laquelle il
entend contribuer, ce colloque rassemble des philosophes et des
chercheurs en sciences sociales afin de questionner la possibilité d’une
définition du concept de communisme, c’est-à-dire de sa consistance
théorique, mais aussi d’éclairer les pratiques historiques par
lesquelles on a cherché à le mettre en œuvre.

Cette possibilité ne va pas de soi, et ce pour trois raisons
principales, théorique, historique et conjoncturelle. Les œuvres
traditionnelles léguées par le mouvement communiste, qu’elles soient
marxistes ou autres, sont en effet assez peu disertes sur ce qu’est
véritablement le communisme, dont la définition est laissée à
l’invention historique à venir. Or, l’invention historique en question
n’a guère tenu la promesse puisque, une fois le temps des révolutions
passées, elle semble n’avoir produit et reproduit que des castes
bureaucratiques accrochées à leurs privilèges, au point parfois de les
défendre dans le sang, et associées à des échecs meurtriers. Enfin, ces
expériences ont nourri une méfiance généralisée pour toute entreprise
globale, dont le projet communiste a constitué la figure paradigmatique.

Ces trois objections peuvent et doivent selon nous être
levées. Il existe en réalité, tout comme c’est le cas pour la plupart
des traditions politiques, une somme de textes et d’expériences qui
témoignent tout à la fois de l’existence et de la mise en œuvre –
quoique partielle et rapidement étouffée – d’un projet politique
communiste dont la dimension globale constituait un horizon nécessaire.
Nous souhaiterions donc relire ce pan entier de l’histoire et de la
philosophie politique en l’actualisant face aux problèmes contemporains,
et ce selon six axes.

Un premier axe, /historique/, consistera à interroger
l’expérience des socialismes réels dans leur complexité, afin de
ressaisir le processus de leur dégénérescence mais également les
quelques moments d’émancipation politique – à des échelles temporelles
et géographiques réduites – dont ils ont pu témoigner. Il s’agit par là
de réfléchir à ce que l’histoire peut et doit apporter à une analyse
philosophique du concept de communisme.

Cette dimension historique devra être complétée par un
deuxième axe d’étude consistant à poser la question des différentes
/stratégies/ communistes empiriquement et théoriquement, c’est-à-dire
premièrement sous l’angle d’une sociologie historique du répertoire
d’action communiste et deuxièmement sous l’angle d’une philosophie
politique critique interrogeant l’articulation entre la fin et les
moyens de sa mise en œuvre.

La question dynamique de la stratégie pose ensuite
nécessairement celle de la systématicité de l’ordre communiste lui-même,
notamment dans sa dimension /économique/. Les recherches sur le sujet
ont été à peu près totalement oubliées, alors même qu’elles
représentaient un pan entier de recherches (dans le monde « libre »
également), posant la question d’un mode de répartition des ressources
et d’organisation de l’activité sociale de production alternatif au mode
de production capitaliste et à la coordination marchande.

Pour être pensé, un tel système suppose de rompre avec
l’anthropologie habituelle de la tradition libérale et son sujet
rationnel évanescent ne se rapportant à son environnement que sur le
mode de la propriété potentielle et de l’exploitation maximale. Ce sera
là l’occasion d’une réflexion proprement /conceptuelle/ sur les
/présupposés philosophiques/ de la possibilité même du projet
communiste, lequel doit inscrire en son sein des individualités d’un
genre nouveau, une fois critiquée la réduction de ce projet à
l’imposition unilatérale d’un ordre totalitaire.

C’est donc aussi la question du /sujet/ de l’émancipation
qui se trouve posée. Traditionnellement identifié au prolétariat, ce
sujet disparaît peu à peu, fragmenté en une multitude de subjectivités
déliées juxtaposant une pluralité d’intérêts et de projets. On posera
donc la question de leur articulation au sein de l’horizon global du
communisme.

Cette collectivité propre au communisme a notamment été
questionnée et historiquement produite par des mouvements /culturels/,
florissant en période de révolution mais également dans le sillage des
organisations communistes et prétendant construire un ensemble de
repères communs nécessaires à tout projet collectif. Entre la
marginalité des avant-gardes et le spectre de la propagande d’État, il
nous faudra donc également questionner cette socialisation par la
culture et par la transmission du patrimoine historique communiste.

Programme

_Mardi 30 mai_

Matinée * : */Philosophie/

> 09h45/ : Accueil-café/

- 10h15/10h45 : *Pierre Dardot (Paris 10)*, « /Les communismes/ »

- 11h00/11h30 : *Alix Bouffard (Strasbourg)*, « / De la classe au genre
humain : le sujet communiste chez Georg Lukács / »

> 11h 45 : /Pause/

- 12h00/12h30 : *Bernard Aspe (CIPh) & Patrizia Atzei (CIPh)* : « /Le
réel de Marx / »

- 12h45/13h15 : /Discussion générale/

/> 13h15/14h30 :/Déjeuner/

Après-midi : /Fronts/

- 14h30/15h00 : *Saliha Boussedra (Strasbourg)* : « /Le féminisme de Marx »/

- 15h15/15h45 : *Thimothée Haug (Strasbourg) :* « /La métamorphose
écologique du projet communiste de Marx/ ».

> 16h00 : /Pause/

- 16h15/16h45 : *Antoine Chopot (Rennes 1)* : « /Un communisme réanimé :
anthropocène, écologie et animisme/ »

- 17h00/17h30 : /Discussion générale

> 17h30 : Fin de la première journée

_Mercredi 31 mai_

Matinée : /Économie/

> /09h30 : /Accueil-café/*

- 10h00/10h30 : *Bernard Friot (Paris 10) * : « /1946 : les prémices
d’une institution communiste du travail en France/ »

- 10h45/11h15 : *Laurent Baronian (Paris 10)* : « /La NEP : monnaie,
crédit et construction du socialisme / »

> 11h30 : /Pause/

/- /11h45/12h15 : *Guillaume Fondu (Rennes 1) * : « /L’économie politique
du socialisme. Retours sur quelques débats/ »

- 12h30/13h00 : /Discussion générale/

> /13h00/14h30 :/ Déjeuner/

Après-midi : /Culture/

- 14h30/15h00 : *Mathilde Larrère (Paris-Est) : *« /Transmettre
l’histoire du communisme : éducation populaire et réseaux sociaux/ »

- 15h15/15h45 : *David Gnohouevi (Abomey-Calavi)* : « /L’art socialiste
et l’idéologie communiste au Bénin : le cas de Philippe Abayi/ »

/- /16h00/16h30 :/Discussion générale/

>/16h30 :/Fin de la deuxième journée/

_Jeudi 1er juin_

Matinée : /Histoire/

> 09h30 :/Accueil-café/

- 10h00/10h30 : *Eric Aunoble (Genève) :* « /La question du communisme
dans la Révolution russe : traces d’utopie ou moteur d’histoire ? / »

- 10h45/11h15 : *Jean-Jacques Cadet (Paris 8) :* « / Les débuts du
communisme en Haïti/ »

> 11h30 : /Pause/

/- /11h45/12h15 : *Pierre Sauvêtre (Paris 10) * : « /Du communalisme au
socialisme du commun/ »

- 12h30/13h00 : /Discussion générale/

> /13h00/14h30 :/ Déjeuner/

Après-midi : /Politique/

- 14h30/15h00 : *Fabrice Flipo (Télécom-EM / LSP Paris 7) * : « /La
question de la prise de pouvoir - entre Lénine et Holloway/ »

- 15h15/15h45 : *Fabio Bruschi (UCL)* : « /Le double pouvoir et la
stratégie communiste. Poulantzas et Althusser face à Lénine / »

>/ 16h00 : /Pause/

- 16h00/16h30 : *Jean Quétier (Strasbourg) * : « /‘‘Refonder’’ et
‘‘réarmer’’ le Parti communiste : réflexions à partir des travaux de
Lucien Sève et Julian Mischi / »

- 16h45/17h15 : /Discussion générale

> /17h15 : /Fin de la dernière journée/

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