La danse contre l’ordre et ses forces : appel à rejoindre la 21e TechnoParade dédiée à Steve Maia Caniço

Plus personne ne peut le nier : la police brutalise, mutile, tue. Le drame de la Fête de la musique de Nantes, qui a coûté la vie à un jeune fêtard, nous a rappelés à cette odieuse réalité. Parce que nous voulons continuer à danser la tête haute où nous voulons et quand nous voulons, nous appelons à rejoindre la prochaine TechnoParade, à Paris, le 28 septembre.

« Où est Steve ? » L’interrogation a peuplé les murs et les conversations tout l’été. Une interrogation adressée aux autorités après la soirée de la Fête de la musique, le 21 juin à Nantes, où une opération policière ultra-agressive envers des danseuses et des danseurs a provoqué de nombreuses blessures, traumatismes et chutes dans la Loire.

Et un disparu, Steve Maia Caniço, 24 ans. Clamé par la famille de Steve, ses ami·e·s et par des milliers d’individus à travers le pays, l’interrogation a pris une nouvelle tournure, fin juillet, lorsque le corps du jeune homme a été repêché : « Qui a tué Steve ? »

Année sanglante

Ce drame est venu ponctuer une année déjà bien sanglante en termes de répression. Parce qu’ils ont fait vaciller le pouvoir, les Gilets jaunes ont subi une brutalité croissante, nombre d’entre elles et eux ayant été mutilé·e·s de l’hiver au début de l’été. Une vieille dame décédera des suites de ses blessures, causées par une grenade lacrymogène, lors d’une manifestation à Marseille.

Avant eux, syndiqué·e·s, étudiant·e·s et zadistes avaient fait l’expérience de la violence d’État lors du printemps 2016 (avec la loi Travail) et lors des différentes phases d’expulsions de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Depuis plus longtemps encore, Noir·e·s, Arabes, Gitan·e·s et autres habitant·e·s des quartiers populaires vivent dans leur chair la brutalité des autorités, au gré des harcèlements quotidiens et des interpellations mortelles, avec une dizaine de morts par an en moyenne.

S’attaquer à nos fêtes, une suite logique

Avec l’avènement du pouvoir macronien, on assiste à une accélération fulgurante des réformes sociales, qui suscitent ici et là des résistances, corporatistes (pour certaines), mais tenaces. Il ne fut pas rare de voir la police envoyée pour casser ces différents mouvements, des postier·ère·s aux urgentistes. Cette réponse de l’État par l’intervention policière est devenue quasi systématique et induit aujourd’hui une certaine autonomisation des forces armées intérieures. Une autonomisation qui correspond à l’injonction actuelle d’adaptation des rapports humains aux dernières exigences de l’économie capitaliste.

Dans les quartiers ou, récemment, lors des célébrations de la victoire de l’Algérie à la CAN, c’est la facette postcoloniale de la police qui exerçait pleinement son pouvoir. Lors des nombreuses manifestations, elle a rempli sa fonction de protection des intérêts des différents pouvoirs politiques et économiques. Le fait qu’elle s’attaque violemment à nos fêtes est une suite logique, un autre visage de cette police qui a désormais carte blanche : « entière confiance » du ministère de l’Intérieur, blanchiment quasi systématique par les instances administratives (IGPN, IGGN) et judiciaires, médaille de la sécurité intérieure aux policiers chargés du maintien de l’ordre pendant les manifestations des Gilets jaunes — y compris pour les responsables de lourdes violences…

Tour à tour, chacun dénonce dans son coin l’accélération d’une répression à son égard.
Pour nous, c’est un mouvement qui se généralise depuis des années à tout ce qui est rétif à l’autorité de l’État. De fait, de tels drames ne pourront que perdurer et se reproduire, tant l’incompatibilité est définitive entre la fonction policière et celles et ceux qui s’organisent, celles et ceux qui foulent le pavé ou bien juste celles et ceux qui osent penser, vivre ou danser à vent contraire du pouvoir et des règles en place.

Cesser d’être les victimes de la police

Les décès d’Adama Traoré, de Zineb Redouane ou de Steve Maia Caniço ne sont pas isolés les uns des autres. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important de renforcer les ponts entre ces situations singulières. Imaginer de gigantesques murs de son colorés au cœur d’un cortège chaotique de Gilets jaunes, des livreurs Deliveroo en lutte soutenant les urgentistes en grève, eux-mêmes venus secourir les blessés d’une balade sauvage ; une grande fête pour soutenir les familles à qui la police a arraché un fils, un frère, un père ; un blocage économique au beau milieu d’une fête géante dans les rues de la ville… Tout cela est possible dans la mesure où nous cessons de nous considérer comme des victimes de la police, mais que nous nous organisons en tant qu’opposants à elle.

Le 28 septembre prochain à Paris se tiendra la vingt-et-unième TechnoParade, qui sera dédiée à la mémoire de Steve. Bien que conscients du caractère pacifié et dépolitisé d’un tel événement, il nous semble important d’y tenir une présence insolente et un discours qui va au-delà du cas du jeune homme et de la répression concernant le monde de la nuit et de la fête libre. Nous appelons donc à s’y rendre pour y rappeler cette réalité qui nous concerne toutes et tous, pour s’y rencontrer, et pour y mettre le feu par le mouvement de nos corps en transe.

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