Reprendre l’avantage

Depuis le début de l’année à Rennes, quelques personnes s’agitent pour tenter de faire repartir un mouvement social. Contant sur des braises du mouvement loi travail de 2016 ils espèrent retrouver le niveau de conflictualité et de solidarité, dans la lutte, qu’a connu cette ville, il n’y a même pas deux ans. Pourtant rien ne se passe ou presque. Depuis près de deux mois que les hostilités avec Macron ont commencés rien ne semble nous profiter. Les AG de Rennes 2 sont à moitiés vides, les blocages avec les routiers ne réunissent que quelques dizaines de personne et les manifestations sont à deux doigts de se transformer en parcours de santé, si ce n’était ces acharné de la peinture qui tentent d’y mettre un peu couleur.

Quand on se pose entre nous la question du pourquoi de ce vide, pas mal d’idées viennent en vrac. Les syndicats ne sont pas sur le coup, c’est le début de l’année les étudiants vont en cours, il n’y a pas de mouvement au niveau national et les gens flippent à cause de la répressions qu’on a bouffé à Rennes. Rien de tout cela ne semble être faux. Aucun doute que les syndicats ont foutu le camp par rapport à 2016. A la fac par exemple peu de trace de Solidaires, l’Armée de Dumbledore ou des JC qui avaient joué un rôle important dans la mobilisation de 2016. C’est également vrai que les étudiants sont assez peu réceptifs. Personne ne sort des amphis lors des débrayages et les barrages filtrants, où ont été distribués plusieurs milliers de tracts, ne ramènent presque personne aux manifs.
Enfin en ce qui concerne la non-existence d’un mouvement national, sure qu’on est tous d’accord.

Mais au milieu de toutes ces causes évoquées, une nous interpelle plus que les autres : la peur de la répression policière et judiciaire. A Rennes les flics et les juges ont tapés fort depuis un an et demi. Bilan rapide pour mémoire. Depuis le début de la loi travail, nous avons connus deux grandes affaires fabriquées par la police et la justice. Celle des 20 du métro et des 5 du flic à moto. Chacune de ces deux affaires a été accompagné d’une répression féroce et inventive : contrôle judiciaire particulièrement lourd avec interdiction de tout contact entre 20 personnes, interdictions de manif, bracelet électronique et jusqu’à 17 mois de taule. Sur d’autres affaires, de moindre ampleur, les flics et les juges ce sont montrés opportunistes pour niquer les camarades. C’est par exemple le cas du Baggelstein où l’on a pu voir quatre personne faire des séjours en prison allant jusqu’à trois mois, alors que les éléments à charge étaient inexistants. On ne compte pas le nombre de personnes qui ont été arrêtées et déférées devant la justice. Un décompte après la loi travail nous amenait à peu près à 200 personnes interpellés dont la grande majorité avaient eu à faire à la justice. De toutes évidence cette liste n’a pu que s’alourdir, et elle n’est pas suffisante pour décrire l’ampleur de la répression policière et son efficacité. Coups de pressions, violences en manif, surveillance viennent s’ajouter au reste.

A première vue après ce bilan on se dit deux choses. D’abord, qu’on a les honneurs du pouvoir parce qu’il n’est pas possible qu’une telle répression puisse exister sans l’aval de l’État et de ses plus hauts représentants. Ministre de la Justice, de l’Intérieur, premier Ministre et Président de la République doivent être de la partie. On se dit aussi que la peur de la répression qu’expriment beaucoup de camarades n’est pas un pur fantasme. Voilà comment on comprend leur raisonnement. Qui bouge prend chère. D’où le « il vaut mieux ne pas bouger ». C’est une logique que beaucoup défendent, en accompagnant cette position de leur refus du « geste pour le geste » ou de l’action « juste pour la gueule ». Retourné, cette argument n’est autre que celui-ci : a bouger maintenant on ne fait que prendre des risques inutiles, on va au devant des emmerdes judiciaires pour des action inefficaces.

Inefficace pour quoi ? Pour construire un mouvement ? Pour déstabiliser le pouvoir ? Pour mettre les flics à l’amende ? Dur de savoir.

Pour nous les personnes qui pensent en ces termes, pensent court. On croit pouvoir dire que cette idée, de l’inefficacité de nos actions actuelles, vient de ce qui pour le coup est un vrais fantasme. La révolte comme irruption du néant. Cette croyance qui voudrait que de n’importe quelle situation politique, même les plus vides, les plus crasseuses, puisse émerger des mouvements sociaux ou des mouvements de révolte. Pourtant quand on cherche on trouve toujours des organisations, des groupes et des imaginaires de luttes qui ont été nécessaire à la naissance de telle ou telle lutte. En ce sens celle de 2016, autour de la loi travail n’a pas échappé à cette règle. Si le mouvement a été inventif, nouveau, plein d’énergies inattendus, il ne s’est pas pour autant construit sur du vide. Groupes autonomes, syndicats étudiants, syndicats, nationaux, et blogueurs militants etc.. ont donné au mouvement, et ses possibilités d’émergence, et sa dureté. Autrement dit, ceux qui ont tractés, tenus les piquets de grève, faits les propositions en AG, distribué du matos en manif, ou mis en place la solidarité financière et physique face à la répression étaient, pour la plupart, déjà organisés. On ne nie pas le fait qu’ils aient très vite étaient rejoins par des personnes non-organisés. Par contre ce dont on doute c’est que sans ces groupes organisés la construction d’un mouvement aussi solide, inventif et offensif que celui qu’on a connu à Rennes ait pu exister. Hors si nous avons bien une certitude, c’est que ces différents groupes on pu apporter des pratiques et des imaginaires de luttes efficaces, parce qu’ils avaient un rapport pratique à la lutte. Ils amenaient avec eux toutes leurs habitudes de lutte allant de la manière de prendre la parole dans les amphis jusqu’à la façon dont on fait face à la police dans la rue.

Alors voilà l’idée, si on lâche la rue maintenant on tue ce rapport pratique, physique à la lutte. On le tue par assèchement, en l’empêchant de se renouveler, en en faisant un élément théorique et en coupant la possibilité de le répandre à de nouvelles personnes. Si on laisse le vide politique se réinstaller, on galérera encore un peu plus à faire renaître la colère la prochaine fois. Alors c’est mort, c’est pas pour une question d’efficacité immédiate qu’on va lâcher la rue.

Il y a un autre truc qui nous gêne avec le discours défaitiste qui circule en ce moment entre les camarades, c’est l’efficacité qu’il donne à la répression policière. La police bluff, comme nous n’hésitons pas à le faire nous aussi, et de là vient une partie de son efficacité. Faire croire à la toute puissance des RG, à ses capacités d’interventions illimités ou à sa totale impunité, voilà le discours de la police. Voilà peut être même le récit de toute police. Évidemment que c’est faux puisque même dans les prisons on se révolte et parfois même on y triomphe. Pour autant le discours des flics prends appuis sur de réelles capacités de répression. Mais ils bluffent, veulent se faire plus fort qu’ils ne sont. Si l’on croit à se bluff, si on lui donne de l’écho, sans jamais le tester alors on lui file sa puissance, ou pour faire plus philo : les conditions réelles de son efficacité.

Regardons la répression en face. Depuis le début de l’année aucun des cortèges n’a été attaqués par les keufs qui pourtant poussent comme des champignon à Rennes. La seule manifestation où nous ayons connu une intervention des policiers est celle du 19 octobre. Cinq arrestations à la fin de la manif, trois pour contrôle d’identités et deux qui finissent en garde à vue. Le moins qu’on puisse dire sur cette vague d’arrestation c’est qu’elle a été assez mal mené. Alors que les RG saturaient les rues les arrestations furent assez hasardeuse et les mailles dans le filet plus que larges. Au camarades qui comptent les points de nos ennemis avec une obsession étrange nous n’avons que ça à leur dire : Êtes vous sure qu’on n’a pas déjà foutu le zbeul dans des situations plus tendus ?

En ce qui nous concerne on a en mémoire quelques moment pépites de ces dernières années, des histoires où une poignée de schlags bien décidés suffisaient à foutre le bordel dans la ville. Alors c’est mort, on se laissera pas tétaniser et c’est pas parce que deux, trois, quatre descentes de flics qu’on se mettra à penser qu’il n’y a plus aucune faille dans le dispositif policier.

Ce qui est étrange dans la situation actuelle, c’est que certains groupes politiques pourtant peu amène avec ce qu’ils appellent « l’activisme » se laissent entièrement dicter leurs conduite du moment par la force de la répression et par le manque de personnes dans la rue. Deux éléments qui ne dépendent pas entièrement de nous. Si la temporalité de nos luttes n’est fixé que par celles des forces et faiblesses du pouvoir alors c’est déjà un aveu d’impuissance ou le constat d’un renoncement.

L’idée que l’on défend de notre côté, n’est pas que les groupes organisés renouent avec des idées d’ avant-gardisme ou se mettent en danger plus que nécessaire en véhiculant des rhétoriques de héros puis de martyrs. Deux formes de pratiques politiques qui nous paraissent aussi nulle l’une que l’autre car ayant toujours des penchants autistiques et des avenirs de groupe mourant isolé. Au contraire, pour nous la loi travail a été un essai, parce qu’il a amené beaucoup de personnes à s’opposer de nouveau frontalement et physiquement au pouvoir mais de façon collective. Transformer cet essai c’est maintenir, la rage qu’a produit cette période chez de nombreuses personnes, c’est maintenir les braises jusqu’à ce que le feu reprenne.

Transformer l’essai c’est continuer même pendant une période de vache maigre à diffuser des pratiques et des imaginaires de luttes en partie en prenant la rue avec nos cagoules, nos couleurs, nos marteaux et nos slogans. Et peut être pour cela, faudra-t-il trouver de nouvelles façons de le faire, peut être la nuit ou dans de nouveaux lieux. Qui sais ? Mais il est important aujourd’hui de reprendre l’offensive et ne plus laisser les keufs et leurs menaces rythmer et délimiter nos révoltes. Car si nous ne le faisons pas le risque est de nous voir retomber dans l’atonie politique qui a précédé la lutte du printemps 2016.

Quand aux groupes qui flippent ou subissent la répression, voilà une parole de shurik’n pour eux. Qu’ils tiennent et les autres suivront.

La seconde ligne.

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