information par et pour les luttes, Rennes et sa région

Bourg-en-Bresse : soutien à Mohamed en grève de la faim

Antifascismes - Extrêmes droite Féminismes - Genres - Sexualités Politiques sécuritaires - Surveillance Répression - Justice - Prison

Mohamed est en détention provisoire à Bourg-en-Bresse. Il a été enfermé au Quartier d’Isolement il y a 15 mois. Il subit un acharnement spécial par l’Administration Pénitentiaire (vol de colis, gestion équipée-menottée, bouc-émissaire, refus de le transférer à l’hôpital, etc.). Cela fait plus d’un mois qu’il est en grève de la faim.

Après s’être heurtée au grand silence des institutions, dont la Contrôleure Générale des Lieux de Privations de Libertés (trop occupée à donner des interviews aux journaux sur son projet carcéral de gôche), la compagne de Mohamed a alerté sur sa situation au micro de L’Envolée le vendredi 5 mai dernier.

Elle appelle à faire du bruit, à diffuser l’information, à contacter la direction du Centre Pénitencier de Bourg-en-Bresse.

Centre Pénitentiaire de Bourg-en-Bresse
20 chemin de la providence
BP 90321
01011 Bourg-en-Bresse
Téléphone : 04 26 16 10 00

Dans ce précieux témoignage, elle nous parle des très actuelles mutineries de détenus contre l’installation de brouilleurs d’ondes, des mesquineries des matons, de la volonté de l’administration pénitentiaire de laisser mourrir son mari, des violences et du mépris envers les femmes qui accompagnent leurs proches durant leur détention.

On vous invite à imprimer la brochure en fin d’article pour la diffuser dans vos réseaux et aux prochains évènements anticarcéraux.

Le dimanche 28 mai prochain, rejoignez les marches dans vos villes pour la Journée Nationale contre les Violences Carcérales !

SOUTIEN A MOHAMED ET SA COMPAGNE !
ON EXIGE LA FIN IMMEDIATE DE SA DÉTENTION PROVISOIRE !
POUR L’ABOLITION DU QUARTIER D’ISOLEMENT !

Appel de la compagne de Mohamed dans l’émission de L’Envolée du 5 Mai 2023.

L’Envolée : Est ce que tu veux commencer par te présenter ?

CM : Oui, eh bien, bonsoir et merci de m’avoir donné l’occasion de pouvoir m’entendre.
Donc moi j’ai mon mari qui est incarcéré – incarcéré injustement – et là, depuis plus de 15 mois, il a été placé au QI1. Il a entamé une grève de la faim, il y a maintenant 30 jours, et je suis la compagne qui l’épaule dans sa descente aux enfers.

L : Ouais, donc pour un peu repréciser est-ce que tu peux nous expliquer un peu comment ça se fait qu’ils l’ont mis à l’isolement ?

CM : Alors en fait ils l’ont mis à l’isolement par rapport à son passé. Voilà. Parce que dans son passé – en 2010 hein et on est en 2023 – dans son dossier, il était qualifié comme meneur.
Donc, ça c’est en 2010.

Là on est en 2023, il y a eu des mouvements d’émeutes en prison par rapport à des brouilleurs qui ont été installés (les brouilleurs c’est pour couper les réseaux du téléphone). Donc suite à ça il y a eu des émeutes ; ils ont brûlé les brouilleurs, cassé les brouilleurs.. Mon mari n’y a pas participé, il était en retrait du début jusqu’à la fin. Étant donné qu’il n’a pas participé à ces émeutes, le directeur du bâtiment a décidé que c’était lui le meneur de cette émeute, donc qu’il devait être placé à l’isolement, pour la sécurité de l’établissement pénitencier.

L : Ouais, pour rappeler, par rapport aux brouilleurs : on a pas mal parlé dans le début de l’émission de la censure qu’il y avait de la part de l’administration pénitentiaire, et un des moyens de la contourner, c’est d’avoir son téléphone à l’intérieur (aussi pour pas se faire tabasser par les prix complètements effarants de la téléphonie en taule).
Et juste pour rappeler aussi, il y a eu un plan prison qui a été mit en place par « super Dupont » qui a développé les brouilleurs un peu partout. Donc ils les ont installé dans pas mal d’établissements où y’avait l’habitude de pouvoir être en contact avec les gens à l’extérieur plus facilement.
Faut aussi rappeler quand même que les téléphones en détention, c’est les matons ils les font rentrer pour se faire du pognon, c’est toujours la même chose. Donc eux ils sont aussi bien contents d’utiliser ça pour se faire un 13e, 14e, ou 15e mois. Du coup c’est normal de pas se laisser faire à l’intérieur quand on durcit tes conditions de détention quoi. Surtout qu’on sait que, à chaque fois, ils vont utiliser une fouille de cellule pour pouvoir aller chercher ton téléphone quand ils en ont envie en fait, pour continuer à réprimer.

Donc voilà, y’avait cette révolte, mais en fait toi, en plus, ton compagnon il est absolument pas dedans..

CM : Non non, il est absolument pas dans le mouvement d’émeute qu’il y a eu . Parce qu’il faut savoir qu’il y a eu une mutinerie aussi, ça a duré plusieurs jours ces émeutes. Ils ont dû faire intervenir les ERIS2, c’est comme des gendarmes casqués, qui ont des boucliers, qui sont là quand il y a des manifestations. Ils ont dû les faire intervenir, pour, en gros, rétablir l’ordre. Mais mon mari il n’y a pas participé, il est resté en retrait tout le long. Ils étaient deux ou trois à ne pas avoir participé. Quasiment toute la promenade elle a participé à cette mutinerie. Et, parce qu’il n’y a pas participé, c’est lui le meneur, c’est lui qui a dit à tout le monde, donc ils vont tous écouter. Tous les détenus ont tous écouté mon mari, enfin d’après eux, pour leur dire d’aller faire la mutinerie, d’aller casser des brouilleurs, que si les surveillants venaient on les frappaient… D’après eux hein, c’est ce qu’ils disent de mon mari quoi.

L : Ouais c’est un peu le truc classique de l’AP, c’est soit tu te révolte trop et donc on va te casser, soit en fait tu décide de pas te révolter alors c’est louche et c’est toi qui doit avoir décidé que les autres ce seraient révoltés .

CM : Voilà, c’est exactement ça.

L : Donc en fait y a pas de bonne stratégie quoi.

CM : Y’a pas. En fait, quel que soit le comportement adopté par les détenus, c’est jamais ce qu’ils veulent. C’est jamais ce qu’ils veulent. Si on fait rien, bah forcément on fait rien donc c’est nous qu’on a fait, si on fait, ben on a fait, on aurait pas dû faire.

L : Et tu sais si depuis ils ont refoutu les brouilleurs ?

CM : Bah les brouilleurs ils y sont toujours, ils les ont remit en fait, parce qu’ils les avaient brûlés. Ils les ont remit, et du coup ben y’a plus personne qui arrive à avoir du réseau, ‘fin sauf un bâtiment qui capte un peu. Vraiment, si ils veulent avoir du réseau faut qu’ils fassent rentrer des petits boîtiers, et encore là c’est pas possible parce que c’était devenu extrêmement compliqué. Maintenant le seul moyen de contacter tes proches c’est la cabine qui est mise dans leur cellule, et la cabine ça coûte super cher.

L : Ouais ouais, bah les tarifs, on en avait parlé pendant les émissions précédentes, parce qu’on nous avaient envoyé les taros. Et ton compagnon – peut être on peut rappeler son prénom – il est en grève de la faim...

CM : Il s’appelle Mohamed.

L : Voilà et donc on rappelle bien que c’est l’établissement de Bourg-en-Bresse qui ont la responsabilité de l’état de santé des gens à l’intérieur. Et tu voulais commencer déjà par décrire un peu c’est quoi les conditions d’isolement qu’il subit ?

CM : Oui oui, tout à fait. Alors les conditions d’isolement heu c’est très simple, ils sont isolés de tout le monde. Les seules personnes qu’ils voient c’est [les matons], et encore ils les voient pas forcément, c’est quand ils leur ramènent la gamelle. C’est tout. Sinon c’est les surveillants du parloir, donc quand ils ont parloir, ou alors si ils ont quelque chose c’est l’infirmier. Mais sinon ils ne croisent personne, ils sont coupés de tout. Heu... les promenades, donc les promenades c’est quand ils sortent vous savez, une heure le matin, une heure l’après midi, il me semble, si je dis pas de bêtises. Et même donc en promenade ils ont les grilles en fait. Donc c’est à dire que c’est comme, comme si c’étaient des animaux en cage quoi, ils ont ont aucun « brin de liberté ». Parce que normalement les promenades en prison c’est ouvert, y’a des murs, y’a des barrières, mais c’est ouvert en haut. Là, l’isolement, c’est tout fermé, c’est tout quadrillé.
Quand ils voient que, par exemple, des voisins d’isolement ils veulent se parler à la fenêtre, ce qui est tout à fait normal, ils font des roulements, ils changent en fait, ils changent de sorte à ce qu’il n’y ait aucun lien, aucune... vraiment qu’ils soient tout seuls, tout seuls, tout seuls.
Et même quand on va au parloir, ceux du QI, parce que nous on les entends parler aux talkies, ils font des blocages donc de toute la prison. Tous les détenus qui ont parloir, ils sont bloqués, et donc ceux du QI, ils viennent tout seul, un par un, et ils croisent personne. Que nous. ‘Fin que nous et les surveillants.

L : Et il a une gestion menottée ?

CM : Il avait, ils lui ont enlevé.

L : Ouais parce que ça fait parti du truc un peu supplémentaire qu’ils rajoutent dans la répression, la gestion menottée.

CM : Oui oui il l’avait, il avait même une escorte. Tous ses mouvements en prison – enfin de l’isolement du coup, puisqu’il est à l’isolement – quand il allait à l’infirmière ou quand il allait au parloir, il avait les menottes et l’escorte. Et ensuite il a dit « moi je veut pas que mon fils il... », ‘fin il a écrit à l’avocat et depuis il a plus les menottes et il a plus l’escorte.

L : Ça c’est globalement le quotidien que vivent tout les prisonniers et prisonnières qui sont placé.es à l’isolement et pour Mohamed ils lui réservent un traitement encore plus particulier, ça donne vraiment le sentiment qu’ils l’ont prit en grippe en fait l’AP, parce que donc il avait commencé par faire 6 mois d’isolement, puis il était ressorti..

CM : Ah et d’ailleurs pardon, je viens de me rappeler en parlant d’escorte… Parce que du coup mon mari il avait l’escorte à l’intérieur du centre pénitencier (l’escorte c’est pas les surveillants, c’est en gros des supérieurs qui sont habilités) et donc il l’avait en prison. Mais par contre il l’a toujours quand il doit sortir de la prison. Donc l’escorte c’est quoi, c’est une voiture devant, une voiture derrière et une voiture de gendarme à chaque péage . Donc je pense que ça doit coûter super cher en plus à la France, mais bon… Donc ça veut dire qu’il doit toujours avoir ça quand il sort de l’établissement pénitencier. Donc, quand il a commencé sa grève de la faim, il a fait un malaise, et l’infirmière elle est venue (c’était au début ça), et elle a vu qu’en gros ben il avait plus de force, tout ça. Elle leur a fait constater. Il a refait un malaise, il a appelé, donc personne n’est venu. Ils sont venu peut-être quoi… trois heures après ? C’était au début ça. Et en fait, le surveillant, le chef de l’établissement, il lui a dit « mais Mohamed, de toute façon on a reçu des directives strictes, c’est à dire que même si tu fais un malaise et que t’as besoin d’aller en soin à l’extérieur à l’hôpital, si c’est le week-end ou les jours fériés, on pourra pas te sortir parce que y’a pas d’escorte ».

L : C’est hallucinant..

CM : Donc ça veut dire que il lui a dit mot pour mot, « si il t’arrive quelque chose le week-end, ou les jours fériés, on te transférera pas à l’hôpital, parce qu’il n’y a pas d’escorte disponible ».

L : Ouais, faut rappeler aussi que des fois y’a pas de médecin disponible non plus dans la taule les week-end ou qu’il n’y en a que un, et que du coup aussi il peut ne pas avoir du tout de soin quoi.

CM : Oui oui, il peut ne pas du tout avoir de soin. Ben là, Samedi dernier, y a une semaine, il a fait un malaise, il est resté par terre. Personne n’est venu. Il a appelé les surveillants hein. Personne n’est venu. IL s’est relevé tout seul. Il a rampé jusqu’à son lit et il s’est allongé sur son lit.

L : C’est insupportable, fin vraiment, là c’est dire à quelqu’un « on va te laisser mourir » , c’est vraiment insupportable, et c’est pour ça, c’est important de rendre public au maximum cette grève de la faim qu’elle ne se passe pas de manière isolée à l’intérieur et tout quoi.

CM : Ouais, oui oui, de rendre public, de faire du bruit, de… moi j’en parle franchement. Honnêtement, j’en parle autour de moi, n’hésitez pas à faire relayer l’info, parce qu’en fait si ça reste, fin si ils se disent de toute façon y’a que nous qu’on sait, ben au pire des cas, si il arrive quelque chose ben heu c’est lui quoi, alors que si on fait du bruit et de dire « ben non c’est vous c’est de votre faute ! Il est sous votre responsabilité ! Il fait la grève de la faim, c’est vous qui l’avez mis au QI, c’est vous qui ne voulez pas le sortir du QI, alors que vous savez son état de santé. » Il a vu le docteur mardi là, mardi dernier, il a perdu 12 kg !

L : Et d’ailleurs le médical, ils lui on fait un avis.

CM : Il lui a fait un certificat de contre-indication de placement à l’isolement. C’est à dire que il a vu son état de santé, et donc, par rapport à son état de santé, il ne peut plus rester à l’isolement. Et ça il l’a le certificat. Il l’a donné, le docteur il l’a donné au directeur pénitencier.

L : Et je rappelle juste en fait que pour avoir un certificat de non compatibilité avec l’isolement faut être vraiment en mauvaise santé quoi. Et que c’est vraiment pas donné à tout le monde quoi.

CM : Non c’est pas du tout donné à tout le monde hein, c’est voilà, comme vous avez dit, il faut vraiment avoir un gros soucis de santé.

L : Donc là l’administration pénitentiaire elle est juste entrain de jouer avec sa vie quoi, et la revendication pourtant elle est simple en fait : sortie du QI.
Et sortie en fait. Parce qu’il est en détention provisoire, et donc ça c’est n’importe quel juge d’instruction – surtout que l’instruction elle est terminée – donc en fait y a même plus aucun argument qu’eux ils peuvent utiliser. Et t’façon on sait très bien comment c’est utiliser la détention provisoire pour punir les gens. Donc voilà, y’a la responsabilité du directeur de l’AP, et aussi des juges dans cette histoire quoi.

CM : Ah oui, tout à fait, si demain, fin j’espère pas, mais si demain il arrive quelque chose à mon mari ce sera de leur faute à eux, et la première ce sera la juge et l’établissement pénitencier.

L : Mais c’est pour ça qu’il faut en parler le plus fortement possible, à l’extérieur, pour dire à l’administration , on sait ce que vous êtes en train de faire, pour dire aux juges on sait ce que vous êtes entrain de faire, et voilà. Et comme le disait Alex, en fait, on peut pas accepter qu’un directeur de taule ou un juge joue avec la vie de quelqu’un. Ils ont pour habitude de prendre des années à des gens, mais c’est pas possible ! Et qu’ils faut qu’ils arrêtent, je ne sais pas quel est le terme à employer, utiliser, mais en fait, ils harcèlent ton compagnon ! Parce que y’avait aussi cette histoire du colis de noël ?

CM : Oui, ah oui l’histoire du colis de noël ! Oui ils l’harcèlent hein clairement, c’est un lynchage judiciaire déjà qui a commencé dès son placement en détention par les juges, et là en détention, c’est une horreur.
En fait, le colis de noël… En gros, à noël on a le droit -en fonction des établissements pénitenciers- de rentrer des kilos de choses qu’il n’y a pas en prison. Donc je lui avais rentré plein de choses, de gourmandises tout ça, et j’avais fait rentrer des sachets de tilleul, parce que il faut savoir que depuis qu’il est à l’isolement, mon mari il a des insomnies, donc il arrive plus à dormir. Donc le tilleul ça l’aidait un peu à l’endormissement quand il était dehors, donc je lui ai dit bon bah on va essayer ça.
Donc je lui avait fait entrer, je lui avait acheter au moins... 200 paquets de tilleul, j’me rappelle parce que le sac il était énorme. Donc je les mets dans le colis de noël, et donc je le rentre, et là je reçois un appel et mon mari il me dit, en gros, « tu m’as même pas mis les sachets de tilleuls alors que j’en ai besoin, franchement, je sais pas comment je vais faire, t’abuse » et tout. J’dis « bah non, je t’ai mis les sachets Mohamed, je le sais très bien que je te les ai mis, j’ai tout noté ». Il dit « bah non si tu les auraient mis ils y seraient, t’as dû les oublier, avec les p’tits voilà t’as plusieurs choses à gérer... ». Voilà donc, il était entrain de dire que j’vais oublié les sachets. Donc nous on était entrain de se prendre la tête quoi ! Et donc là, son voisin à l’isolement, il l’a entendu parler à la cabine, et il l’appelle. Donc à l’appel il lui dit « heu Mohamed moi quand j’allais tout à l’heure au parloir, le surveillant il m’a fait cracher mon chewing-gum à la poubelle, et quand j’ai craché mon chewing-gum à la poubelle, j’ai vu des sachets, j’ai vu des sachets de thé qui étaient bleus ». Et donc là Mohamed il me dit « ils étaient de quelle couleurs les sachets et donc moi j’lui dit « bah il étaient bleus. » et là il me dit « nan mais j’hallucine... ils m’ont jeté mes sachets de tilleuls ! »
Donc une fois qu’il a eu la confirmation de son voisin. Encore une fois si son voisin il avait pas entendu la conversation, ben on se serait disputés, on se serait plus parlé quelques jours, parce que moi je savais que j’avais mis les sachets, lui il était persuadé que j’avais pas mi et du coup ben ça portait à confusion... donc voilà, à cause d’eux encore une fois...
Donc il appelle le brigadier, il lui dit « heu voilà, les surveillants du parloir ils ont jeté mes sachets de tilleuls ». « Ah mais vous êtes sûr, comment… » « bah si j’suis sûr, j’étais avec ma femme dans la cabine, et comment il sait le voisin que y avait des sachets de thé bleu dans la poubelle ? ».
Donc, le premier surveillant il s’en foutait, en gros il s’en foutait complètement, donc mon mari il a rappelé le brigadier de l’étage, donc le chef de l’étage. Et donc là le brigadier il a appelé les surveillants et tout, et il a dit « vous ramenez les sachets de thé en fait ». Et ensuite ils ont ramené les sachets de thé. Et donc mon mari il m’a dit « désolé... » Mais donc voilà, encore une fois ils créent des tensions même avec les seules personnes qui sont là pour eux, les seules personnes qu’ils ont à l’extérieur quoi. À cause des surveillants.

L : Ouais, et juste, là pour les personnes à l’extérieur, en fait ça semble rien des sachets de thé, mais en fait le colis de noël c’est un moment hyper important pour les détenus et pour les proches, parce qu’en fait c’est un moment ou tu peux montrer à la personne que tu lui ramène des trucs qui comptent, que tu penses à lui..

CM : C’est ça, et ça peut paraître rien, un sachet de tilleul, mais c’est énorme pour quelqu’un qui est entrain de serrer dans sa tête, qui est à l’isolement, qui en a besoin pour l’aider à l’endormissement, et que moi ça m’a fait plaisir en fait de pouvoir lui apporter cette touche de « sérénité » à l’isolement. Et en fait ben, ils nous on cassé dans ça. Même dans ça, ils arrivent à casser les « moments de plaisir » qu’on peut avoir.

L : Et donc là avant, tu racontais que au bout de 6 mois ils l’avait sorti du QI ? C’est ça ?

CM : Oui, voilà, ils l’avaient sorti du QI, donc au bout de 6 mois. Et donc, il a réintégré son bâtiment parce que y’a deux bâtiments à Bourg-en-Bresse, y’a la MA1 et la MA2, et donc il avait réintégré le bâtiment, et y’a des bagarres hein, comme dans toutes les prisons. Et donc du coup ben y’a eu plusieurs bagarres qui ont éclaté mais rien a voir avec mon mari toujours.
Y’avait des bagarres, par exemple mon mari il était en promenade, y’avait une bagarre dans le couloir, ou alors y’avait une bagarre en salle de muscu, ou alors… ‘fin comme tous les jours quoi. Parce que c’est quand même des tensions. Les détenus ben ils sont tous sur les nerfs, les uns que les autres, c’est tout à fait normal. Et donc ils ont dit « eh ben on va vous remettre à l’isolement parce que du coup depuis que vous avez intégré le bâtiment y a trop de bagarres donc c’est vous qui envoyez les gens se battre ». C’est incroyable hein quand on le dit, mais c’est vraiment vrai, c’est ce qu’ils ont dit, que toutes les bagarres qu’il y avait, c’était Mohamed qui envoyait les gens se battre...

L : Ouais depuis ben, forcément, à Bourg-en-Bresse c’est le calme absolu quoi. Les gens sont enfermés mais tranquille, plus de tensions..

CM : Voilà, tout se passe bien dans le meilleur des mondes, ils sont tous enfermés mais ils vivent leur belle life en prison... Mais en fait, dans quel monde ils vivent ? ‘Fin je sais pas c’est..
Donc ça aussi ben « Mohamed tu restera à l’isolement parce que depuis que t’es là y a des bagarres ». Mais ça y en a toujours hein, ‘fin pour vous dire la dernière fois que j’ai été au parloir heu, ils ont du faire intervenir encore une fois les gendarmes de dehors parce que y’a eu.. c’est que des bagarres en fait. Y’a même eu une bagarre quand les détenus sont sortis du parloir et qu’ils se sont retrouvés dans la même salle. Et pourtant mon mari il est à l’isolement.
On était bloqué, une fois j’me rappelle on était bloqués pendant 1h, j’étais enceinte, on étaient bloqués pendant une heure à l’entrée de la prison, parce que quand y’a une alarme ou un blocage, toutes les portes elles se bloquent en fait, y’a plus personne qui peut.. en fait tout se bloque. Et donc on est resté bloqués une heure, et moi donc javais nulle part où m’asseoir parce que heu, ben quand on ouvre la prison vous savez y’a un genre de tapis et y’a des portiques, mais y’a pas de sièges, y’a rien du tout, y’a juste ça, et on était bloqués une heure. J’étais enceinte et j’étais sur la fin en plus, et j’avais nulle part où m’asseoir, et du coup j’me suis assise sur le tapis, mais à aucun moment « ça va vous allez bien ? ». Ils s’en foutaient hein. Y’avait plusieurs familles, y’avait même des personne agées… Y’avait un gars, le pauvre, il avait une béquille. Y’avait des enfants, mais ils s’en foutaient en fait, comme si c’était bien fait pour nous, parce qu’on venait voir des détenus, fin personnellement je l’ai prit comme ça. Ou à la limite on s’excuse d’un « désolé on a un soucis donc on va vous faire patienter », il nous on juste dit, « ben voilà y’a une alarme, donc on vous fait attendre ici ».

L : Et c’est clairement ça hein, y a un tract de la CGT pénitentiaire de j’sais plus quelle taule là, qui est sortie y’a un mois, où ils disaient… en fait ils parlaient des proches qui viennent en parlu, et ils disaient que ces gens là ils devraient baisser les yeux et avoir honte parce que déjà ils viennent voir quelqu’un qui est incarcéré quoi.

CM : Oui c’est exactement ça.

L : Et c’est exactement ce que tu ressens quand tu va en parloir hein de toute façon.

CM : Bien sur mais totalement, au début j’me disais ben non mais ptêtre que… Ben si en fait, comme je l’ai vécu par moi même, ben si c’est totalement ça, vous venez, vous venez voir des détenus, ben vous devez baisser les yeux vous avez rien a dire...
Quand il y a eu le blocage, et que ils nous ont laissé là-bas enfermés pendant une heure, j’me suis dit « mais vraiment on dirait qu’on a fait quelque chose nous » , ‘fin comme si on était des moins que rien, ‘fin je sais pas comment vous expliquer, mais les deux surveillants, ils nous regardaient d’une façon…
Ensuite y’avait le chef qui venait de temps en temps faire des allers-retours pour demander si tout allait bien aux surveillants. Il disait « ça va tout va bien ? » comme ça, mais à aucun moment il nous a calculé quoi. Et puis en plus comme j’vous ai dit y avait des personnes âgées, y’avait des enfants, et moi je sais que déjà moi quand j’amène mon fils donc il a trois ans, et ça le saoule en fait de rester enfermé dans la salle, parce que on a pas le droit de partir pendant 45 min, c’est énorme, et là les enfants ils en avaient marre, donc ils couraient partout, et moi j’étais enceinte, j’étais sur la fin, et à aucun moment ils m’ont demandé si ça allait... ‘Fin vraiment, c’était « vous avez qu’à pas venir » limite. Si vous venez ben c’est ce qui peut arriver si vous êtes en prison, voilà. C’est comme ça et pas autrement.

L : Exactement, mais en fait tu vois c’est ce qu’on disait dans la première partie de l’émission là, c’est vraiment… tout est fait pour casser le lien avec l’extérieur quoi. C’est à dire eh ben en fait jeter les sachets de thés, essayer de créer des embrouilles entre vous , faire galérer les gens en parloir, tu vois, moi j’sais pas à combien de temps distance t’es de Bourg-en-Bresse mais...

CM : Bah moi j’suis à 1h40

L : Bah voilà tu vois, et du coup ça reste quand même un truc en fait, quand t’es enceinte d’aller à 1h40 en parloir.

CM : C’est sûr, c’est sûr, en fait j’y suis allée parce que justement il était au QI et qu’il avait besoin de me voir en fait parce que si il me voit pas c’est encore plus dur, donc je lui ai promis que j’irais le voir jusqu’à mon 8e mois de grossesse, ce que j’ai fais hein, alors que je pouvais accoucher à tout moment, j’aurais même pu accoucher en prison quand ils nous laissaient debout une heure, j’commençais à avoir mal en bas du dos, j’me suis dit « j’espère que je vais pas avoir mes contractions ici quand même... » A aucun moment ils m’ont demandé si ça allait, mais j’étais trop énervée ce jour là parce que j’voulais leur dire : « mais vous savez la dernière fois que j’ai voulu dire quelque chose parce qu’on m’avait mal... » Parce qu’il m’avait manqué de respect le surveillant, j’ai fini par être suspendue de parloir.

L : Ouais ça t’façon, dès que tu dis un truc à un surveillant, c’est la grosse menace quoi.

CM : Voilà, tu dis un truc à un surveillant ça y est t’as plus de parloirs.. et c’est ce qu’il s’est passé au final. J’ai été suspendue pendant 6 mois.

L : 6 mois quoi, putain..

CM : Et ils cherchent même pas hein, quand ils vous donnent, quand vous recevez la lettre c’est même pas pour savoir ce qu’il s’est passé, faire une convocation avec le surveillant et demander de donner chaque version hein, dans la lettre ils prennent la version du surveillant, « vous êtes suspendu selon l’article blablabla et si vous voulez faire un recours administratif », en gros vous pouvez contester, mais ‘fin contester ça va prendre quoi, ça va prendre des... des..

L : Ça va prendre plus de 6 mois.. c’est ça le truc hein, c’est à dire qu’à priori, ils vont pas dire que c’est urgent à la justice et y’a moyen que ça prenne plus de 6 mois, et dans tout les cas en fait même si t’arrive à gagner sur ce coup là, y’a moyen qu’ils te re-suspendent ton parloir à la première occasion.

CM : C’est ça, et en plus, franchement, j’ai déjà essayé hein d’écrire au directeur pénitencier mais il m’a jamais répondu hein. Je lui avait écris pour demander si je pouvais mettre ma fille dans le cosy que j’avais accroché parce que, j’portais le sac de linge, le sac à langer, et mon fils et j’avais le cosy aussi à porter. Donc heu, y’avait la dame de l’association là bas elle m’a dit « mais écrivez au directeur pour lui demander pour le cosy, ils vont vous autoriser ».
Et en fait, vu que je suis la femme de Mohamed, on m’a jamais répondu, j’ai galéré pendant les premiers mois à porter le cosy, le sac à langer, et le sac de linge, le sac de jouet de mon fils et des fois, mon fils, et ma fille.
Donc ensuite, j’ai demandé à l’association si je pouvais avoir un porte bébé, elle m’a autorisée, fin ils m’ont dit que oui, mais à chaque fois ce qu’ils me faisait faire, même en hiver, ils me faisaient enlever le porte-bébé, enlever donc ma fille du porte-bébé, et mettre le porte bébé dans le tapis ; donc j’me retrouvais, c’était impossible en fait d’enlever le porte bébé de le remettre, de porter le porte-bébé, donc même ça c’était dissuasif, limite j’avais plus envie d’emmener ma fille en fait. Parce que c’était juste impossible de tout gérer, fin’ de tout faire : le sac de jouets, le sac à linge, le sac à langer de ma fille, je rentrais je pleurais en fait, j’étais trop fatiguée. Plus la route ! J’étais exténuée.

L : Bah tu m’étonne… c’est comme ça qu’ils arrivent à briser les liens, et bravo en vrai pour toute la déterre et tout ça, et franchement il a de la chance de tomber sur quelqu’un comme oit, vraiment, et vraiment félicitations, parce que en vrai, c’est pas rien, et tout les gens à l’intérieur ils savent à quel point bah c’est souvent les sœurs, les femmes, fin les compagnes, et les mères, qui sont là et toujours présentes, eh ouais ! Vous êtes vraiment des guerrières quoi.

CM : Exactement, c’est les compagnes, les mères et les femmes qui lâchent rien en fait.

L : De ouf.

CM : Fin on est là, et on se bat et on lâche rien quoi, même si c’est dur aussi pour nous hein mais heu c’est plus dur pour eux, et on est là avec eux et au final ça les aident beaucoup parce que je pense que si ils nous auraient pas ça serait double peine pour eux hein. C’est pas facile la détention, et encore moins quand t’as personne.

L : Bah c’est clair que pour les gens qui sont seuls à l’intérieur le combat il est encore pire quoi. Après c’est aussi un truc tu vois, c’est pas que, nous on le dit souvent parce que les proches nous ont beaucoup dit, que derrière toutes les personnes qui sont incarcérées, tous les proches en fait, tous les proches ils subissent l’incarcération avec eux. Tu vois tu parle du linge, ça veut dire que tu récupère du linge quand tu rentre chez toi, tu dois le laver, pour peu qu’il y ai des punaises de lit dans le bâtiment ça veut dire tu laisse dans le congélo, après tu le nettoie, fin en fait c’est un taff de ouf !

CM : C’est ça, en fait alors tu prends le sac de linge, tu vide le sac de linge, donc tu les lave, et des fois, franchement allez, 80 % du temps les surveillants ils le ressortent. Ils vont compter par exemple si j’vais mettre 8 slip, ils vont compter, « c’est 7 slip » ! Ils vont me ressortir un slip. Même ça pour vous dire, même la paire de chaussettes, ils vont compter « ah vous avez mi 3 paires de chaussettes au lieu de deux ! Ils vont me sortir la paire de chaussettes. A chaque fois ils me ressortent donc je ressors avec du linge propre, et du linge sale. Donc j’dois rentrer, j’dois faire le sac de linge, j’dois faire manger les p’tits, j’dois coucher les p’tits… Des fois y a, comme vous avez dit, bah les punaises de lit donc faut mettre au congélo, ou alors faut laver à 90, ou alors faut repasser pour tuer tout les parasites. En fait, c’est des p’tites choses hein, mais en fait c’est des grandes choses parce que la charge mentale elle est là, et la surcharge mentale elle tue, franchement elle tue. Et en plus d’avoir cette surcharge mentale on pense aussi à la détention, à notre mari, comment il va, quand est ce qu’il va sortir.. heu tout ça en fait. Et au final on prend, on subit la détention avec eux.

L : Et c’est pour ça aussi que ya beaucoup de gens qui lâchent, parce que tu vois ya tout ce que tu viens d’expliquer, plus tous les moments ou il peut y avoir des tensions à l’intérieur avec ton proche. Et c’est normal en fait, la personne elle est à l’intérieur et elle est mal, ben c’est compliqué pour elle de réfléchir et de se canaliser. Tu vois là tu parlais pour les sachets de thé, de sa réaction, ça peut paraître absurde mais quand t’es à l’intérieur tu te dis toujours « bah ça doit être la faute de... » Les tensions elles arrivent hyper vite alors que vous seriez à l’extérieur y aurait même pas eu de questions à se poser…

CM : Oui oui, c’est exactement ça, parce que derrière ça il est pas prise de tête mon maris hein, il serait dehors il m’aurait dit « ben c’est pas grave on ira en acheter », mais là vraiment en fait c’était la fin du monde ! C’était les sachets de thés, on dirait que son monde il s’était écroulé en fait, fin je sais pas mais j’lui disais : « Mohamed, je les ai mis les sachets de thés, au pire ben c’est pas grave ». Il m’a dit « ben si c’est grave, parce que je vais pas les avoir, c’est pas toi qui dors pas le nuit » et en fait ben il m’en voulait finalement... Et j’peux comprendre parce qu’il les attendait vraiment ces sachets de tilleul, pour l’aider et au final heureusement qu’il les a récupérés d’ailleurs..
Mais en fait, eh, rien que ça en fait ! Comment on pouvait jeter des sachets de tilleuls que on a acheté ?! Je les ai acheté, fin je travaille, je me démène pour pouvoir envoyer de l’argent à mon mari, lui faire plaisir. Enfin vous voyez les sachets de thé je les ai acheté et ils se sont pas dit ben elle a du les payer, donc c’est pas bien les jeter quand même… A aucun moment ils ont pensé comme ça... Parce que Mohamed il lui font subir un acharnement en fait, heu franchement ils le... c’est un harcèlement.. Mais moi, c’est parce que je suis la femme de Mohamed aussi donc ça c’est pareil.

L : Et puis là ils les ont jeté, ils les ont pas péta hein..

CM : Donc j’envoie des lettres on me répond pas, on me considère pas comme, on me voit comme une moins que rien, parce que c’est Mohamed..

L : Ouais, c’est Mohamed et tout les autres hein, en vrai. Puisque là tout ce que tu raconte c’est hallucinant, et nous ça continuera de nous révolter, j’pense toute notre vie. Mais le truc c’est que des gens comme ton conjoint en fait y en a tout un tas en prison et dans toutes les taules, dans tous les bâtiments y’a des gens qui sont la cible, parce que c’est comme ça que ça marche en fait, tu vois c’est le truc.

CM : Hmm hmm, et vous savez en plus ils leur volent leur… Mon mari quand il s’était fait transférer ils lui ont volé ses affaires, les surveillants

L : Ouais ouais, ben ça c’est…

CM : Et en plus, donc là ce qui se passe c’est mon mari il m’apportait tout son linge, bah par exemple, ses survêtements, qu’ils aime bien, il me les a sortis, et il m’a dit tu me les re-rentre pas tant que je suis pas transféré, tu me les rend pas à Bourg en Bresse, parce qu’ils vont me les voler.
Donc il m’a dit tu me rentre que les survêt Domyos ou les trucs que t’as pas payé trop cher comme ça si ils me volent ben c’est pas des trucs de valeur.. Vous vous rendez-compte que quand même il se met dans sa tête que son linge peut disparaître. Par des surveillants.

L : Ouais, c’est un truc hyper classique, mais c’est quand même de la folie quoi, et ça rend ouf quand t’es à l’intérieur. Et il le savent, ça fait aussi parti de leur fonctionnement de gestion des tensions et tout ça quoi, quand c’est pas à toi de payer le colis, on te transfère tes affaire d’une taule à l’autre, parce que tout est bon pour prendre des thunes aux plus pauvre quoi. Et rentabiliser leur prison.

Mais ptêtre que si ça te va on va continuer parce que là je vois que.. ouais on était parti un peu sur tout, mais juste je me demandais si tu voulais un peu parler du suicide...

CM : Oui oui bah justement j’aillais en venir, parce que du coup quand j’en ai parlé tout à l’heure, des surveillants qui étaient pas allés pour Mohamed, en fait ce qu’il s’est passé ya quoi, ya ptêtre trois semaines un mois… Et vous savez ce qui est étonnant c’est que j’ai essayé de faire des recherches pour voir si ils avaient publié un article ou quoi dans l’Ain, fin à Bourg en Bresse. Ya rien du tout, ils ont rien mi, alors que quand c’était les émeutes, les mutineries au CD et que y avait eu quelques surveillants blessés, là ils l’avaient fait l’article par contre.

Là en fait ce qu’il s’est passé c’est que y’a un détenu qui a été mi au QD, au quartier disciplinaire donc le mitard. Et ça faisait plus de 20 jours en fait qu’il y était et il en avait marre en fait, il voulait sortir du mitard, donc ce qu’il a fait c’est qu’il a mi la corde pour faire semblant de se suicider pour que quelqu’un dise « surveillant il est entrain de mettre la corde ! » C’était en gros le plan, que les surveillants ils voient et que ils le fassent sortir de là bas.
Donc en fait ce qu’il s’est passé c’est qu’il l’a mi donc pour de vrai hein, il a mit le drap, et donc sans faire exprès il a glissé, donc il a appelé, il a appelé, il a appelé, fin il a pas pu appeler longtemps du coup mais il l’a dit a celui d’à côté. Celui d’à coté il a tout de suite crié dans tout le QD pour que tout le monde crie et appelle les surveillants. Eh ben les surveillants ils sont allés une heure et demi, deux heures après, donc il était heu, il était mort.. et donc ils ont dit à la famille qu’il s’était suicidé.

L : Ouais, c’est des histoires qui sont importantes, c’est des trucs qu’on rappelle assez souvent à cette antenne, qu’en fait ce qu’il se passe à l’intérieur des prisons, c’est que les prisonniers et les prisonnières qui peuvent le dire et c’est pour ça que c’est essentiel. Et donc je sais pas si y’a des échanges avec des connaissances de proches et tout ça. On n’est pas rediffusés du coté de Bourg-en-Bresse, mais en tout cas si à l’intérieur de la détention… On sait que c’est toujours très très très compliqué de faire sortir des témoignages là dessus parce qu’après la répression des matons elle est très sévère, mais y’a toujours moyen de faire sortir des choses de manière discrète, voilà, et donc en tout cas c’est important aussi de faire un rappel là dessus, en disant que c’est des choses qu’il faut pas laisser faire, et qu’il faut rendre public ce qu’il s’est passé au maximum.
Et ça me fait penser à une lettre qu’on a eu récemment d’une prisonnière à Marseille qui nous disait que bah voilà, rendre public ces trucs là c’est aussi participer à protéger les gens à l’intérieur.
Donc ça me semblait un peu important que tu nous raconte cette histoire parce que on sait le comportement des matons, on sait qu’ils viennent toujours très tardivement et qu’ils laissent mourir les gens...

CM : Oui, oui ils viennent très tardivement et puis c’est des menteurs aussi, ils mentent, dans leur rapport ils mentent. Ils mentent mais en fait ils ont toujours raison au final ! Vous savez, c’est toujours eux, jamais quand ils passent au prétoire et tout ça, jamais ils vont croire un détenu. Même si les faits ils sont totalement impossible et que le maton il va mentir, parce que c’est déjà arrivé à Mohamed que le maton il mente, et en fait c’est tout le temps eux qui gagnent à la fin, et malheureusement pour ce pauvre homme parce qu’il avait deux enfants, enfin il avait un enfant et sa femme elle était enceinte, c’est pas le seul qui est mort comme ça. L’été dernier y’a quelqu’un, un détenu, qui est mort a Villefranche1. Je sais pas si vous avez entendu parler, mais il a fait une crise d’asthme, tous les détenus appelaient : « surveillants surveillants, surveillants ! Il est entrain de mourir ! Il est entrain de s’étouffer ! ». Bah en gros ils sont pas venus. Et la famille et ben elle avait partagé sur Facebook, elle avait partagé sur Snap, pour dénoncer et dire que c’était la prison qui l’a tué. Eh ben rien du tout, ça a été diffusé nulle part. On n’en n’a plus entendu parler..

L : Ok, ben moi j’avais plus du tout souvenir de cette histoire mais on ira guetter.

CM : Oui, fin peut-être que vous trouverez un article sur Google, en tout cas je crois que c’était l’été dernier.

L : Ok, ben t’façon on se redira tout ça, on verra et tout.
Heu pt’être pour conclure on va rappeler un peu la situation et tout, mais est ce que toi y avait d’autres trucs que tu voulais dire et tout ça, qui te semblent important ?

CM : Heu, moi franchement, j’ai développé un peu tout ce que j’avais à dire.

L : Donc on rappelle à l’extérieur aussi que c’est possible d’écrire à la taule de Bourg-en-Bresse, pour écrire au directeur de l’établissement pour dire qu’en fait on est au courant de cette situation, et de la situation de Mohamed, qui je rappelle est en grève de la faim depuis plus de 30 jours, qui a déjà perdu déjà 12 kg, que même les médecins (alors que normalement ils sont toujours à valider toutes les décisions de l’AP), ont filé au directeur de l’établissement une lettre comme quoi son état de santé n’était pas compatible avec l’isolement...

CM : Désolée je me permet juste, parce que du coup j’ai eu l’avocat ce matin, il avait écrit à l’établissement pénitentiaire par rapport au placement en isolement et au certificat, et il a toujours pas eu de réponse.

L : Ouais et puis Mohamed il avait aussi prévenu le contrôleur général des lieux de privation de liberté et pareil comme d’hab il a pas de réponse, c’est toujours ce même grand silence que met en place l’administration pénitentiaire et soi-disant les gens qui doivent la contrôler. Et nous à l’extérieur qui devont soutenir pour pas laisser ce truc rester silencieux quoi.

Et puis faut rappeler qu’une sortie de QI c’est une décision administrative, que ça prend une heure, le temps que le dernier maton il capte quoi, en une heure il est retourné en cellule normale quoi.

CM : Et il l’attend Mohamed hein, il m’avait dit, fin il a essayer quand même, quand il a vu son certificat de santé du docteur, parce que le premier certificat c’était un certificat du psychiatre, et là quand il a eu son certificat du docteur , donc son état de santé, il avait eu une petite once d’espoir, parce qu’il s’est dit là quand même c’est grave, fin quand même, et en fait quand il a vu que le lendemain, bah comme vous avez dit, il sait que ça prend pas, il sait que c’est rapide de le sortir d’isolement, ils ont qu’à faire un document qu’ils le remettent et qu’ils signent et il le ressortent parce que c’est une décision de la prison. Et quand il a vu que c’était pas le cas il a dit « mais en fait heu.. ils veulent pas me sortir de là... »

L : Nan c’est… Et on rappelle que du coup y’a le directeur de la détention, et y a aussi le juge, qui peut prendre la décision de le libérer demain, et pareil, ça va tout aussi vite. Donc voilà, c’est toute la chaîne répressive qui est responsable de ce qui est en train de se passer.

CM : Ouais on rappelle que malgré tout il reste en bonne santé maintenant, et que c’est en bonne santé physique et morale, et que c’est a eux de le maintenir dans cet état là et donc il faut le libérer, et le sortir du QI à minima, le plus rapidement possible.

L : Merci beaucoup beaucoup de ton appel, t’hésite pas à tenir au courant et tout cas.

CM : Oui ben merci à vous de m’avoir écoutée et ben je vous tiendrais informés pour la suite

L : Et franchement grand grand grand big up à toi parce que on sait le travail que tout les proches font et tout ça, et on sait l’énergie que ça nécessite et voilà, en tout cas plein de forces !

CM : Merci pour le soutien, pour la force, franchement c’est peut être juste deux mots mais ça fait vraiment vraiment, fin ça soutien énormément. Donc merci beaucoup en tout cas de m’avoir donner l’opportunité de raconter « notre histoire » et de nous avoir écouté...

L : Pas de souci, et puis on reste en contact, on va suivre et tout ça et on va réfléchir à continuer sur cette affaire… Force à Mohamed !

P.-S.

contact@lenvolee.net

L’Envolée - FPP
1, rue de la solidarité
75019 Paris

L’Envolée se veut un porte-voix pour les prisonniers et prisonnières qui luttent contre le sort qui leur est fait. Le journal publie des lettres, des comptes rendus de procès, et des analyses sur la société et ses lois. Le journal prolonge le travail mené par des émissions de radio qui maintiennent un lien entre l’intérieur et l’extérieur des prisons, hors du contrôle de l’administration pénitentiaire (AP).

Documents associés à l'article :

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par une administratrice du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Derniers articles de la thématique « Politiques sécuritaires - Surveillance » :

> Tous les articles "Politiques sécuritaires - Surveillance"

Derniers articles de la thématique « Antifascismes - Extrêmes droite » :

> Tous les articles "Antifascismes - Extrêmes droite"

Vous souhaitez publier un article ?

Vous organisez un évènement ? Vous avez un texte à diffuser ?
Ces colonnes vous sont ouvertes. Pour publier, suivez le guide !
Vous avez une question ? Un problème ? N’hésitez pas à nous contacter