Communiqué des étudiants emprisonnés dans "l’affaire Bagelstein"

Le 26 mai, à Rennes, après avoir participé à la manifestation contre la loi travail, quatre étudiants passaient au restaurant Bagelstein, connu pour ses campagnes de pub dégueulasses, sa moquerie envers une lycéenne sans papiers expulsée au Kosovo, et ses blagues douteuses sur l’affaire Denis Baupin. Logiquement, nous savons que la conversation entre les étudiants et le gérant déboucha sur une engueulade à propos des inscriptions sexistes et homophobes (« Pouffe en bon état. A peine utilisée. Peu de conversation. », ou encore « J’en ai marre de ces gays là » ...) présentes en divers endroits à l’intérieur du restaurant. S’en suivit une bousculade lorsque le gérant du commerce décida d’en venir aux mains en empoignant un des étudiants, et que celui-ci réussit à se dégager. A ce moment, la Brigade Anti Criminalité, qui passait par là comme elle le fait souvent ans le centre-ville de Rennes pour intimider ceux qui viennent de participer à une manifestation, décida d’arrêter les quatre étudiant.

Condamnés le lendemain à des peines allant de 1 à 3 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, les quatre étudiants sont encore détenus à Vezin, malgré les manifestations et les déclarations qui se multiplient pour exiger leur libération. Après une première tentative de communication censurée par l’Administration Pénitentiaire, trois d’entre eux, rassemblés dans une même cellule, nous font aujourd’hui parvenir ce communiqué. En plus de nous informer de leur décision de faire appel de leur condamnation, les quatre camarades ont souhaité nous informer qu’ils n’étaient pas hostiles à la campagne de boycott contre Bagelstein, et réaffirmer leur soutien au mouvement contre la loi travail et à tous ceux qui sont aux prises avec la répression.

Camarades, camarades,

On dit de la prison que c’est un univers violent, un milieu où tous les malfaiteurs rebuts de la société sont réunis, que ces mêmes individus sont dangereux et méritent leur place, qu’il s’y passe des choses avec du beurre entre les échelons des lits superposés .... Maintenant que nous avons retenu votre attention, sachez que tout ceci est complètement faux, sauf le beurre et les échelles ...

Nous allons bien, même les gardien-ne-s se demandent ce qu’on fait ici et illes manifestent leur mécontentement car les prisons sont surchargées, on a peur qu’illes se mettent en grève et qu’on n’ait plus à manger, donc go consommer les croco-gens, votre TVA paye nos repas. Si nous sommes en prison aujourd’hui, c’est parce que la police et la soi-disant « Justice » cherchent à créer des associations de malfaiteurs là où il n’y a qu’un ras-le-bol général.

Ainsi, emprunter une rue et/ou s’étonner devant des phrases oppressives peut constituer un délit passible de prison aux yeux de cette farce appelée « Justice ». Nous comptons tous les 4 faire appel de cette décision inique.

Nous dénonçons les oppressions - notamment sexistes, racistes, LGBTphobes, islamophobes, etc - encouragées par cette police, cette « Justice » et la chaîne Bagelstein, par conséquent, nous ne voyons aucune objection à ce que cette sandwicherie soit boycottée. Pour ce qui est de notre situation carcérales, nous avons reçu vos lettres, merci, nous ne trouvions pas les mots pour vous communiquer nos émotions hilares. Nous (Q., M. et R.) allons bien, nous sommes séparés d’A., mais la dernière fois que nous l’avions vu il allait bien, il comptait faire du tourisme carcéral.

Nous souhaitons exprimer à tou-te-s notre soutien, au vu de la violente répression dont vous avez été l’objet. Nous restons solidaires du mouvement.

La solidarité s’exprime également au sein de l’établissement pénitentiaire avec les autres détenus, ils se demandent pourquoi nous sommes là et nos histoires les surprennent et gagnent leur sympathie.

La Chorale Révolutionnaire Organisée Contre l’Oligarchie se porte bien et a tout le temps d’écrire des chansons et de méditer sur des projets de société. Ainsi, face à la situation de crise que traverse la République Française actuellement, nus avons trouvé LA solution alternative à l’état d’urgence. En effet, nos très chers élu-e-s semblant inquiet-e-s pour leur sécurité, nous nous proposons de leur céder notre place en cellule numéro 2 et nous affirmons qu’il s’agit du lieu le plus sécurisé de France. Nous assurons également qu’illes n’auront rien à craindre, car même s’illes voulaient se faire du mal, illes y éprouveraient de grandes difficultés.

On se retrouve à nos libérations les 26 juin, 26 juillet et 26 août.

Pleins de crocobisous et de crococalins, signé :

Q., M. et R.

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