Écosocialisme et néo-communisme

Anti-capitalisme & Multinationale Cultures - Contre-cultures

Article chopé sur Bourrasque.info

Lors d’un précédent article nous esquissions un bilan des derniers mouvements de masses hors organisations traditionnelles du mouvement ouvrier (syndicats et partis de « gauche »), évoquions la nécessité d’organisation : une structure se déployant en auto-organisation lors d’un mouvement social, en AG de ville avec commissions attenantes en horizontalité pragmatique et qui, par temps calme, assure la « propagande », la liaison interne ainsi qu’externe pour se fédérer avec d’autres groupes constitués afin d’augmenter une structuration. D’où l’importance d’un espace de coordination commun.
Ceci, autour d’une visée stratégique pour un communisme démocratique et écologiste. Dans cette deuxième partie, nous allons donc voir, en nous appuyant sur des penseurs contemporains vers quoi celui-ci peut s’orienter.

1) Alain Badiou et l’hypothèse communiste

Après l’effondrement du mur de Berlin, du dit « socialisme réel », sur fond d’hégémonie du capitalisme, d’encensement de la « démocratie libérale » sensée se répandre à l’ensemble du globe (F. Fukuyama), l’Idée communiste avait du plomb dans l’aile. D’aucuns affirmaient qu’il n’y avait plus de « luttes de classes » car de toute façon, sur fond de mondialisation et de désindustrialisation, de délocalisations, d’émiettement du travail (des statuts) et de liquidation de « bastions ouvriers » en France, il n’y avait plus de classe ouvrière. Ou du moins les gagnants du mode de production capitaliste, sous-bourgeoisie intellectuelle assurant l’hégémonie le voulaient ainsi, consciemment ou non. Le mot « capitalisme » ? Un gros mot, dans ces médias dominants, du capital. L’employer vous exposait à passer pour un fou dangereux. La proposition d’un autre monde ? L’on tournait autour du pot : altermondialisme, post-capitalisme ou anticapitalisme. Il ne fallait pas affirmer positivement une alternative au capitalisme, la possibilité d’un autre système économique et politique : le communisme. Et user de ce dernier mot vous renvoyait à une idéologie et des régimes mortifères, un impensable qui plus est suranné, périmé. Il n’y avait pas d’autre alternative, il ne fallait pas qu’il y en ait !
Dans la tourmente néolibérale destructrice, Alain Badiou maintint le drapeau, ce qu’il appelait l’« hypothèse communiste », avec notamment le colloque On The Idea of Communism, organisé à Londres en mars 2009 à son initiative et celle de Slavoj Žižek.

Il rappelle ici une définition orthodoxe du communisme

Soit « la possibilité et la recherche d’une unification, dans un processus historique réel de ces trois dimensions : dé-privatisation du processus productif, dépérissement de l’État, réunion et polymorphie du travail », c’est à dire que la « division du travail (avec les séparations qu’elle implique, entre les tâches d’exécution et de gestion, entre le travail manuel et le travail intellectuel, etc.) n’est en rien une nécessité absolue pour organiser la production économique. » [1]

2) Michael Löwy et l’écosocialisme

Dans Qu’est-ce que l’écosocialisme ? [2], Michael Löwy cite des réflexions de Karl Marx sur l’écologie, non-centrales et rares dans son œuvre mais en germe. Comme ici cet extrait du Livre I du Capital :

« chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, est un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. […] La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en sapant (untergräbt) en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. »

L’auteur fait le constat d’un « système […] fondé sur le principe de l’extension quantitative infinie, illimitée, à l’échelle de la planète tout entière, du capital. » « Mais la technologie actuelle, qui contribue de manière notable à la ruine de l’environnement, n’existe pas en elle-même : elle est le produit et l’expression du capital, elle est un instrument de l’accumulation capitaliste. Comme toute technologie, elle n’est pas une collection d’outils, mais une structure de rapports sociaux. » Ces derniers qui semblent totalement absents de l’analyse désincarnée du réactionnaire Jancovici, prisé de certains écologistes : pas de classes sociales, de propriétaires des moyens de production, de travailleurs exploités et dominés, juste des machines alimentées d’énergies… Comme par magie !

L’auteur balaye l’écologie misant sur un « volontarisme individuel » ou une économie strictement locale. Il évoque aussi Joel Kovel qui critique le « municipalisme libertaire » de Murray Bookchin qui « a le défaut de voir dans la hiérarchie en tant que telle – et non dans le capital le responsable de la crise écologique », retranscrit Löwy, comme il le fait aussi pour cette définition : « L’écosocialisme est un projet fondé sur la prédominance de la valeur d’usage – c’est à dire la dimension qualitative des produits, leur utilité humaine, leur beauté, leurs aspects sensibles, concrets, spirituels -, sur la propriété commune des moyens de production, sur la libre association des travailleurs (célèbre formule de Marx) et sur un mode de vie écocentrique » […] [soit] « des écosystèmes intégrés, incluant une société humaine solidaire dans les liens de réciprocité avec la nature. »

Ou encore dans le livre III du Capital :

« Tout l’esprit de la production capitaliste, orientée vers le profit monétaire immédiatement proche, est en contradiction avec l’agriculture, qui doit prendre en compte l’ensemble permanent (ständigen) des conditions de vie de la chaîne des générations humaines. »
« la seule liberté possible est la régulation rationnelle, par l’être humain socialisé, par les producteurs associés, de leur métabolisme (Stoffwechsel) avec la nature, qu’ils le contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par lui comme par une puissance aveugle ».
L’auteur évoque Benjamin et son concept de « révolution comme frein d’urgence », d’autant plus pertinente aux vues de l’écocide capitaliste en cours.
En résumé pour M. Löwy, l’écosocialisme c’est : « la transformation des rapports de production – par l’appropriation collective des moyens de production » en « transform[ant] radicalement les forces productives elles-mêmes :
a) en changeant les sources d’énergie (renouvelables, à la place des énergies fossiles) ;
b) en réduisant la consommation globale d’énergie ;
c) en réduisant (« décroissance ») la production des biens et en supprimant les activités inutiles (publicité) et les nuisibles (pesticides, armes de guerre) ;
d) en mettant un terme à l’obsolescence programmée. »

Et donc « la transformation des modèles de consommation, des moyens de transport, de l’urbanisme, du « modèle de vie » ». Bien plus : « un changement de civilisation, fondé sur des valeurs de solidarité, d’égalité, de liberté et de respect de la nature. ». Mais aussi (en annexes p. 170) « le plein emploi », « la construction de logements, la santé et l’éducation des enfants et des adultes, ou les arts, seront les valeurs principales dans une économie écosocialiste. » Ainsi qu’un « transport public libre et efficace », « une architecture verte » et bien sûr l’« égalité entre les sexes ». « Pour accomplir la transition vers l’écosocialisme, il faut une planification démocratique » : « la satisfaction des véritables besoins et le respect des équilibres écologiques de la planète ». « La population […] débarrassée du matraquage publicitaire […] décidera démocratiquement quels sont les véritables besoins. »

3) Andreas Malm

Quelques points essentiels tirés de son œuvre

les énergies que nous utilisons ne dépendent pas uniquement de leur faible prix et efficacité. En Grande Bretagne vers 1825-1840, près de 4 décennies après la 1re installation d’une machine à vapeur chez les Robinson, celle-ci, alimentée au charbon, à détrôné l’hydraulique dans l’industrie du coton comme source d’énergie principale et particulièrement pour les métiers à tisser. Cette dernière, malgré une puissance en chevaux/vapeur souvent supérieure aux machines à vapeur avait le désavantage de son intermittence et les usines l’utilisant se situaient à la campagne près de cours d’eau. Les ouvriers les plus qualifiés habitaient en ville où l’armée de réserve (les chômeurs) était nombreuse suite à l’exode rurale consécutive des enclosures… D’où une pression à la baisse sur les salaires... De plus, à la campagne, les ouvriers avaient tendance à quitter leur travail pour des moissons, retourner au champ etc. Le charbon était quant-à lui en abondance et surtout facilement stockable. L’énergie à vapeur pouvait donc arriver directement dans les villes et ainsi se rapprocher d’une main d’œuvre bon marché et qualifiée pour la production jour et nuit sans tenir compte des cycles naturels. Et aussi se rapprocher des autres manufactures pour leurs consommations intermédiaires. Le choix d’une énergie dépend donc nous montre l’auteur de l’exploitation plus conséquente qu’elle permet d’obtenir : « la machine à vapeur fut d’emblée un antagoniste de la « force humaine » qui permettait d’écraser les prétentions croissantes des ouvriers, lesquelles menaçaient de conduire à une crise le système des fabriques naissant. », Karl Marx. [3]

A. Malm substitue au concept oiseux et dépolitisant d’anthropocène celui de capitalocène

En effet le premier désigne les hommes en général comme responsables de la pollution, du changement climatique. Ainsi il fait abstraction de la disparité entre les pays pauvres et riches (Nord/Sud), les « pays avancés du capitalisme » étant largement plus émetteurs de CO2 que ceux peinant à se développer, internationaliser leur production et leur commerce… De plus, à l’intérieur des ces pays il y a bien des donneurs d’ordre, grand capitalistes assurant la production et leurs serviteurs d’État qui sont bien plus responsables de cette pollution, du réchauffement climatique et des catastrophes attenantes que les travailleurs étant dans un rapport de domination. Bref, la notion de capitalocène permet de désigner plus explicitement les coupables et donc de faciliter la recherche de solutions en visant les propriétaires de ces grands moyens de production, les banques qui financent etc.

Dans La Chauve-souris et le capital l’auteur étudiait la pandémie de COVID-19

Il la mettait en lien avec la création de zoonoses du fait du rapprochement de l’homme avec l’animal sauvage consécutif de la destruction de l’environnement de ce dernier, principalement par la déforestation. Celle-ci amène la concentration d’espèces en des sortes d’îlots favorisant une prolifération d’épidémies qui se transmettent à l’homme qui exploite de plus en plus ces espaces. Là encore le coupable est tout désigné. Ce n’est pas l’homme en général mais un mode de production d’échange et de consommation : le capitalisme pleinement développé, globalisé, dont les conquistadors modernes sont ces multinationales de l’énergie et de l’agrobusiness. A. Malm propose un réensauvagement : reboisement, préserver et développer ces espaces sauvages avec plus de biodiversité permettant d’éviter les « débordements zoonotiques ». Plus encore, il propose un « communisme de guerre écologique », analogie avec la Russie bolchevique en guerre civile, devant donc développer des moyens extraordinaires pour sa survie, développer une certaine coercition envers la bourgeoisie et les anciennes élites… En évitant les exactions d’alors, il s’agirait de nos jours de remettre la main sur des « entreprises fossiles » comme Total (« rationnement, réaffectations, réquisitions, sanctions, injonctions... »). Car c’est bien par le changement de propriété des grands moyens de production que le désastre peut être freiné, la production réorientée pour le bien commun, en sortant du productivisme et de l’exploitation, du profit à court terme peu importe la marchandise ou le service vendu.

4) Bernard Friot et Frédéric Lordon

critique du « tout autonomie »

Nous parlons ici de la construction d’« à-côtés-du capitalisme », îlots de résistance et d’installation de vie avec d’autres manières de produire, de décider et vivre collectivement. Les ZAD peuvent ici servir d’exemple. Nous pensons avec Frédéric Lordon qu’on ne peut vivre sans institutions, aussi informelles et provisoires soient-elles (les règles que l’on se donne), un minimum de stabilité. Si toutes ces expériences sont nécessaires comme pratiques et construction d’un habitus communiste, il est douteux qu’elles puissent se généraliser par l’exemple, par archipellisation mimétique et qu’elles puissent ainsi assurer la division du travail nécessaire à un niveau de vie qui devra certes être diminué pour sortir du productivisme capitaliste écocide mais devra tout de même être suffisant pour que la proposition communiste soit désirable et vivable. L’idée est de décider collectivement à chaque échelon (local, régional etc.) ce que nous produisons : voulons-nous un énième iPhone ou concentrer la production notamment dans la production agricole biologique ?

Un autre penseur en vogue misait aussi sur cette archipellisation un peu magique :
Murray Bookchin : écologie radicale et municipalisme libertaire

« La « petite » transition croit pouvoir commencer au-dedans, s’y installer comme un germe qui va croître par son dynamisme spontané, pour finir par emporter le morceau. C’est typiquement ce qu’envisage Bookchin quand il imagine d’abord des îlots municipalistes isolés, puis qui vont pousser des synapses et former une série d’archipels, lesquels par croissance continue finiront par percoler à l’échelle de l’ensemble – et ce sera gagné ! » F. Lordon. [4]
L’auteur américain s’inspire de communes historiques comme La Commune de Paris de 1871, ses mandats impératifs, avec élus révocables et tournant. Partant du groupe, du quartier, doit finir par se créer des assemblées de ville qui pourront être reconnues par les institutions municipales officielles dont le conseil municipal validerait les décisions, tellement son système et ses idées auraient fait tâche d’huile, auraient convaincu. Sinon, il propose aussi de se présenter aux élections municipales afin de prendre le pouvoir dans cette institution pour ensuite n’appliquer que ce qui serait strictement proposé par les assemblées de base. Bref, on retrouve le principe fédératif avec la Commune des communes progressant « en parallèle » de l’État, où seraient mandatés des délégués des municipalités. Et ainsi à l’échelon régional et international. Il parle ainsi de « vider l’État », d’« un pays dans le pays » (F. Roméro). Contrairement à sa récupération citoyenniste par une « gauche » bourgeoise, Bookchin insiste sur la nécessité d’expropriation des capitalistes, de rendre la propriété publique pour une économie contrôlée par les citoyens via les assemblées, une « écologie radicale » sortant du productivisme. Il abhorre aussi toutes discriminations : de genre, ethniques etc. Sa proposition résolument anticapitaliste et progressiste peut être qualifiée de « communiste libertaire ».
Mais Murray Bookchin, semble prendre peu en compte les rapports de force contre le capital et l’État qui envoie sa police à la moindre sédition, comme pour la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Du moins dans un premier temps il se refusait à toute forme de violence potentielle puis finit par évoquer la possibilité de « former une milice pour remplacer la police et l’armée » selon Janet Biehl, sa compagne et exégète. De même, les forces économiques d’un capitalisme mondialisé risquent de n’être pas tout à fait d’accord ! Bref, sa proposition est intéressante mais ne peut faire l’économie d’autres formes de luttes : grèves sur le lieu de travail etc. J. Biehl elle envisageait un « État conçu comme allié, fixant le cadre ordonné dans lequel ces associations libertaires peuvent prospérer ». Ce qui pose la question de la prise du pouvoir d’État, des élections ou de l’assaut révolutionnaire.
Les caisses d’investissement et le salaire à vie (communiste) de Bernard Friot renommé Garantie Économique Générale par Frédéric Lordon...

L’idée est de n’être plus tributaire du marché de l’emploi, de devoir accepter n’importe quel boulot pour faire n’importe quoi, n’importe comment, produire des objets inutiles nuisant à l’environnement et aux droits humains. Sortir de la valeur d’échange pour privilégier la valeur d’usage (à quoi ça sert). Et donc recevoir un « salaire communiste », à la personne, dès 18 ans, à vie. Pour cela Friot propose l’extension de caisses de cotisation sur le modèle du déjà-là du régime général de sécurité sociale. Ainsi par exemple l’instauration d’une sécurité sociale de l’alimentation : une carte vitale permettant d’acheter auprès de producteurs conventionnés en agriculture biologique ou raisonnée. Socialiser la valeur produite en élevant progressivement le taux de cotisation dans les entreprises pour que les valeurs ajoutées cumulées soient redistribuées en salaires et investissements. Alors à différents niveaux se multiplieront les caisses d’investissement : local, régional, national. Les collectifs de travailleurs auront la propriété d’usage non-lucrative de leur entreprise et participeront avec les autres citoyens à orienter l’investissement. Les différents projets économiques seront soumis à des jurys et seront financés par subvention plutôt que par le crédit qui endette, aliène. Les travailleurs, pourront monter en qualification auprès de jurys de qualification, ce qui pourra augmenter leur salaire, sans que l’on puisse dépasser une échelle de 1 à 3, soit 1700 € minimum et 5000 € maximum.
Tout cela est très sympathique sur le papier mais notamment du fait du réchauffement climatique nous n’avons plus le temps d’attendre... De plus, cette vision expropriatrice et de souveraineté des travailleurs est peu présente dans les pratiques des grandes centrales syndicales qui, inlassablement, continuent à défensivement négocier le « moins pire » entre « partenaires sociaux ». Même si lui y croit, la vision offensive pour de nouveaux droits de Friot est encore très loin d’animer les syndicalistes même de la base et travailleurs qui réclament le plus souvent de meilleurs salaires et conditions de travail. Friot fustige régulièrement l’« étapisme » (vieille téléologie marxiste) : d’abord la « prise du pouvoir d’État », puis le « purgatoire » du socialisme et enfin le « ciel communiste » grâce au dépérissement de l’État. Peut-être bien, mais lui aussi semble empli de croyance incantatoire car tout son système est conditionné à la validation dans le droit grâce à un travail législatif dans les institutions de l’État bourgeois, ainsi qu’à des luttes héroïques sur le front syndical pour petit à petit élever les taux de cotisation. Sinon, il est fort à parier que l’État du capital ne laissera pas faire par exemple la prise de propriété d’usage des entreprises par les « travailleurs associés » mais enverra bien sa police ! L’application de son système nécessiterait pour arriver avant que l’on soit tous morts, crise climatique aidant, un bouleversement macro-social et donc macroéconomique gigantesque… Ce qui pose la question de la nécessité d’une grève générale expropriatrice d’ampleur, d’un « « 1936 accompli » - les urnes, une mobilisation de masse qui tienne les élus par le col et, cette fois, la révolution sociale » ? Ce qui impliquerait des complicités dans l’appareil d’État, un gouvernement social-démocrate (au sens de renverser le capitalisme dans les institutions du capital, son État etc.) ! Ceci d’autant plus que les deux auteurs se proposent d’étendre le plus possible la gratuité par l’extension des services publics.
Certaines critiques de son système portent sur sa préservation de l’économie de marché et donc de la concurrence. Qu’arrivera t-il aux entreprises en difficulté ne récoltant pas les investissement nécessaires ? De plus, la corruption ne risque t-elle pas de gangrener les différents jurys et la « lutte des places » de faire rage ? Friot et Lordon reconnaissent ces risques de prises de pouvoir bureaucratiques et affirment la nécessité de mandats impératifs tournants, de « contrôle etc. Ils sont aussi lucides sur les inégalités, jalousies et dominations qui ne seront que limitées, sur les difficultés intrinsèques à composer avec des subjectivités individualistes voire égoïstes issues de l’ethos capitaliste. Leur proposition de système résumé ici à la hache a au moins le mérite de ne pas se payer de mots et d’illusions en anticipant les difficultés et biais inhérents à toute institution humaine. Ceci, en limitant au maximum la centralisation, en privilégiant l’autonomie locale autant qu’il est possible, mais sans faire l’économie d’une proposition macroéconomique suffisamment puissante pour assurer une division du travail à même de garantir un niveau de vie en deçà duquel leur proposition communiste ne serait pas désirable. Lordon particulièrement met en avant la nécessité pour un mode de production de pouvoir produire ses propres moyens de production. (4) Ce qui, aussi estimables et nécessaires qu’elles soient, les expériences de ZAD ne peuvent réaliser, nécessitant d’être « branchées sur l’extérieur » comme il le répète fréquemment. Pour les deux auteurs, l’économie de marché est un moindre mal et la monnaie sera toujours nécessaire. D’autres institutions subsisteront avec de tous autres contenus comme de nouvelles formes : un « État » [5] communiste et une police - aussi désarmée et plus informelle soit-elle. Car Lordon explique qu’il est aussi absurde de dire que l’homme est anthropologiquement bon ou mauvais. [6]

Dans une troisième et dernière partie nous verrons comment toutes ces visions du communisme ou écosocialisme pourraient se combiner et avancerons quelques pistes d’organisation et de pratiques militantes comme la nécessité d’un syndicalisme « politique » révolutionnaire que nous n’avons fait qu’effleurer ici.

Pour approfondir le sujet :

Un auteur essentiel :

Notes

[1Alain Badiou et Marcel Gauchet, Que faire ? : Dialogue sur le communisme, le capitalisme et l’avenir de la démocratie. Philosophie magazine éditeur, 2014, Paris

[2Michael Löwy, Qu’est-ce que l’écosocialisme ?, Temps des cerises, 2020, Montreuil

[3Karl Marx, Le Capital, Critique de l’économie politique (4e édition allemande), Livre 1er, Le Procès de production du capital (trad. Sous la direction de J.P. Lefebvre), Paris, Messidor/Éditions sociales, 1983, p. 488-489.

[4Frédéric Lordon, Figures du communisme, La Fabrique éditions, 2021, Paris

[5Frédéric Lordon, Bernard Friot, En travail. Conversations sur le communisme, Entretiens, La Dispute, 2021, Paris, p. 87 : « Par État, il faut entendre : un ensemble de fonctions collectives, 1) rendues effectives par l’autorité, c’est-à-dire la puissance, du collectif, dont elles sont investies ; 2) déployées sur une multiplicité d’échelles territoriales, dont une échelle macroscopique. Cette échelle macroscopique articule toutes les autres. Elle définit par cette articulation une communauté politique déterminée, c’est-à-dire finie et distincte. Dire qu’elle est « macroscopique » donne une indication de taille : suffisamment vaste pour soutenir le niveau de division du travail adéquat à nos normes de vie matérielles, même révisées. »

[6Ibid. p. 236.

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