Harz-labour n°26 : L’écologie contre le capitalisme

Nous publions le vingt-sixième numéro de Harz-labour. Au sommaire : La catastrophe écologique et ses causes, l’histoire et l’actualité de la Zad de Notre Dame des Landes, ainsi que les bonnes feuilles du "Vertige de l’émeute" de Romain Huet, qui sera présenté ce dimanche 1er décembre à la Maison de la Grève. Ce numéro de Harz-labour a été distribué à plusieurs centaines d’exemplaires à Rennes, lors de la marche pour le climat du vendredi 29 novembre. Il est aussi disponible à la Maison de la Grève.

L’écologie contre le capitalisme.

« C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. »
Georges Bernanos

A chaque nouveau rapport des spécialistes sur le changement climatique et ses conséquences, la catastrophe présente et à venir se confirme, et l’alerte lancée par la jeunesse à propos du futur de la planète n’en devient que plus légitime. Les disparitions d’espèces animales, les inondations, les sécheresses, les décès liés aux canicules sont déjà une réalité, et nous devons nous préparer à ce que des îles soient englouties, des bactéries jusqu’alors retenues dans la calotte glacière libérées, et les terres situées au niveau de l’équateur tout simplement inhabitables.

Cette situation est essentiellement le résultat d’une émission trop importante de CO2 par les êtres humains, liée à la sur-utilisation des combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz). Cette surproduction d’énergie est à la fois ce qui a permis au monde moderne d’exister, et ce qui risque de nous détruire. Parallèlement, tout prouve que les solutions vendues pour continuer à produire autant en émettant moins de CO2 sont des leurres. Le recours au nucléaire est insoutenable, en raison des risques d’accidents, des 240 000 ans nécessaires à l’élimination des déchets, de la dépendance au lithium, à l’électricité et à l’eau, et du fait que la stabilité des centrales est peu compatible avec les variations du climat, les tempêtes et les sécheresses. Aussi, rappelons que la France ne produit pas d’uranium, et l’extrait du Niger. Alors que les Nigériens ont un mal fou à obtenir des visas pour la France, le pays est occupé depuis des décennies par l’armée française, sous des prétextes divers et variés. Les pro-nucléaires n’ont pas de solution, ni s’agissant de l’extraction, ni pour l’élimination des déchets. Ils se cantonnent à ce qui se passe entre les deux, et leur opinion technique est donc sans intérêt.

Quant à elle, l’extraction du gaz de schiste, promue pour tenter de faire baiser les émissions de CO2, nécessite l’acheminement d’eau et de camions (et donc l’utilisation de pétrole), et a déjà déclenché plusieurs tremblements de terre lors du processus de forage. Quant à la construction d’éoliennes, elle nécessite cent fois plus de métal que les centrales électriques classiques, ainsi que la production de batteries pour stocker l’énergie … Qu’on s’en inquiète ou qu’on s’en réjouisse, il faudra produire moins d’énergie, et vivre autrement.

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »
Kenneth Boulding

Le réchauffement climatique est le résultat d’un mode de production, de la nécessité de produire toujours plus pour maintenir le taux de profit des entreprises. Depuis plus de 50 ans, le Produit Intérieur Brut est basé à 100% sur la consommation d’énergie, qui dépend à 85% des énergies fossiles. Dire que le réchauffement climatique est lié à l’activité humaine est vrai, mais cela manque de précision. La destruction de l’Amazonie résulte des incendies liés au réchauffement climatique, mais aussi, de Bolsonaro (président brésilien d’extrême-droite) à Morales (ancien président bolivien de gauche), en passant par Macron, au même fanatisme du productivisme et de la croissance à tout prix. Dans toute une partie de l’Amazonie, de larges pans de la forêt sont brûlés pour que les terres soient transférées à l’agriculture productiviste, et le désastre écologique ne se résume pas aux changements climatiques. La mise en danger de la biodiversité entraînée par l’usage de pesticides et par le développement d’OGM est un exemple. La pollution des océans par la production d’emballages, par les transports, ou par la pêche productiviste en est un autre. Ce sont des modes de production qui sont en cause, et non la simple activité humaine.

« Qui aurait été assez insensé pour croire que le recyclage aurait pu arrêter Hitler, que le compostage aurait pu mettre fin à l’esclavage ou nous faire passer aux journées de huit heures, que couper du bois et aller chercher de l’eau au puits aurait pu sortir le peuple russe des prisons du tsar, que danser nus autour d’un feu aurait pu nous aider à instaurer la loi sur le droit de vote de 1957 ou les lois des droits civiques de 1964  ? Alors pourquoi, maintenant que la planète entière est en jeu, tant de gens se retranchent-ils derrière ces « solutions » tout à fait personnelles  ? »
Derrick Jensen

Souvent, les discours gouvernementaux tentent de nous faire croire que nous serions tous responsables et à égalité face au changement climatique. C’est d’abord oublier que ce sont les plus pauvres qui vivent dans les zones les plus polluées et qui sont les plus exposés à la pollution dans leur travail. En outre, endurer la canicule au milieu du béton ou en bord de mer n’est pas la même expérience. En masquant les inégalités face au réchauffement climatique, et en diluant les responsabilités face aux causes, les gouvernements tentent de faire oublier que la pollution est organisée par quelques uns, ceux qui détiennent les moyens de production, et les utilisent en fonction de leurs intérêts.

« L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’État, je suis le peuple.”  »
Friedrich Nietzsche

Il n’y a rien à attendre des institutions étatiques, dont la raison d’être est de faire perdurer les choses telles qu’elles existent. Les mairies des grandes villes ne sont pas non plus nos alliées. A Rennes et en banlieue, nous n’oublions pas les interdictions de manifester dans les centre-villes pour que continue un commerce qui épuise les êtres humains autant que la nature, comme les subventions aux entreprises polluantes ou le soutien au développement des grandes surfaces. Dans ce contexte, rendre une rue piétonne ou mettre des produits bios dans les cantines ne peuvent être vues que comme des mesures cosmétiques et électoralistes.

Une politique écologique n’est pas compatible avec le développement de la métropole. Nous ne sommes pas trop nombreux, et nous ne manquons pas de place, mais la ville concentre un mode de développement prédateur. Elle ne s’étale que sur 2 % de la surface de la terre, mais abrite la moitié de la population, consomme les trois quarts de l’énergie produite, et rejette 80 % du CO2.

«  Tout est mensonge. Seule est la vraie vie. »
Irène de Grandpré

Le greenwashing des entreprises est aussi un leurre. L’origine de l’expression « développement durable », est dans le rapport Brundtland de 1987, proposant de résoudre les problèmes écologiques et climatiques par la croissance économique. Pourtant, depuis les années 90, les dommages écologiques n’ont fait que s’accélérer, en raison précisément de la course à la croissance économique. Ces trente dernières années, les politiques de développement durable, dans les entreprises, les administrations, à l’échelle des collectivités territoriales ou des États, ont démontré leur complète incapacité à diminuer notre empreinte carbone et nos impacts environnementaux. Cela n’est pas surprenant, puisque le volet environnemental passe systématiquement après l’enjeu premier des organisations : développement et compétitivité.

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience »
René Char

Dans ce contexte, les entreprises capitalistes responsables du désastre en cour tentent de sauver leur image. Nous n’avons pas à nous laisser attendrir par les entreprises soutenant les grèves pour le climat, par les Fondations fondées par des grands patrons pour faire semblant de soutenir Greta Thunberg, ou par l’escroquerie du groupe Biocoop : 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaire en 2018, une minorité seulement de magasins – les moins rentables - sous le statut de coopératives, et le développement d’une société de transport de marchandises en camions … C’est une lutte ferme qu’il faut mener, contre l’économie et ses militants.

« Il faut apprendre à voir loin (…) Vouloir libère.  »
Friedrich Nietzsche

Pour accroître la puissance de notre mouvement, nous devons continuer, comme nous le faisons depuis des mois, à alerter sur le désastre à venir, mais aussi sur celui en cours. Si nous avons des raisons d’être inquiets, et de l’affirmer avec force, nous devons affirmer avec la même détermination notre croyance dans une autre manière de vivre, à défendre ici et maintenant. Aussi, nous ne pouvons pas limiter notre action à la production de discours, et nous devons continuer les actions directes contre le capitalisme global, là où nous le pouvons. Les blocages de grandes surfaces sont un exemple parmi d’autres. Enfin, l’ancrage local est important.

« Il n’y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c’est entendu, mais il y a encore de l’espace. » Georges Bernanos

Il ne s’agit pas de se satisfaire d’une expérience personnelle, d’une production locale, mais de développer des prises sur le monde. A Notre-Dame-Des-Landes, quarante ans de lutte et des modes d’actions sans cesse renouvelés ont mis en échec l’État et les entreprises qui voulaient détruire les terres et la biodiversité pour construire un aéroport. Depuis, des modes de production alternatifs, dont la permaculture, s’élaborent, pendant que se pense la solidarité avec les autres luttes (celles des Gilets jaunes, ou les manifestations contre les violences policières, par exemple), la mise en commun d’une production agricole sur des piquets de grève ou dans des soirées de soutien, le partage d’expériences victorieuses, les réflexions stratégiques, etc. Car nous devons, à partir d’expérience locales, mener un combat contre un désastre global.

« ’’La révolution ou la mort’’, ce slogan n’est plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle. Ceci s’applique aux périls de l’espèce comme à l’impossibilité d’adhésion pour les individus. Dans cette société où le suicide progresse comme on sait, les spécialistes ont dû reconnaître, avec un certain dépit, qu’il était retombé à presque rien en mai 1968. Ce printemps obtint aussi, sans précisément y monter à l’assaut, un beau ciel, parce que quelques voitures avaient brûlé et que toutes les autres manquaient d’essence pour polluer. Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n’oubliez jamais que c’est la faute du gouvernement. La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps.  »
Guy Debord

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