information par et pour les luttes, Rennes et sa région

Peuples de l’eau contre armes de guerre

Lorient
Ecologies - Aménagement du territoire

Nous avons voulu prendre le temps, de retourner dans nos habitats, de laisser couler la stupéfaction, la rage, les cris, les pleurs. Puis d’écouter avec autant de rage et de stupéfaction, les commentateurs, les politiques. Il nous fallait ensuite lire le courage de tous ces témoignages, de toutes ces personnes qui ont pris la plume, le pinceau, l’appareil, pour archiver, retracer, illustrer, témoigner, ce que nous avons vécu ensemble à Sainte-Soline.

Nous les araignées des mers venues du pays d’Oriant, venues faire alliance auprès des outardes, des loutres, des anguilles, et bien d’autres encore, nous avions besoin de retrouver notre océan avant de nous exprimer sur ce moment ou les peuples de l’eau ont été pris au piège d’un Etat qui avait prémédité une répression militaire aux visées mortuaires.

REPRESENTER POUR TUER

Dès la semaine suivante, la déferlante médiatique a engagé son combat d’opinion publique, préparé d’avance par "les images dures" qu’anonçait le ministre de la police, comme on menace de mort. Les médias fustigent alors, « des casseurs, des anarchistes, des black blocks » qui désirent le chaos. On entend même sur certains plateaux où les fascisants s’invitent en tout aise « qui sont leurs élus ? Ils ne représentent rien » (alors même que des élus étaient sur place).

Oui, ces dizaines de milliers de personnes, ces outardes, ces loutres, ces anguilles, jusqu’aux verres de terres qui gémissaient à chaque tir de grenade faisant trembler le sol aux secondes près, oui, ceux-là n’ont jamais eu voix au chapitre de la représentation.

Pourtant nous sommes des millions, animaux autant qu’êtres humains, qui sentons là, la farce d’un tour de passe-passe politique qui dit : « circulez, il n’y a rien à voir ». Seulement, un trou de représentation aussi gros et aussi vide ne passe pas inaperçu. Ce trou symbolique de la taille de plusieurs terrains de football, érigé par les gendarmes comme une forteresse du néant étatique et auquel nous étions venus dire au revoir, celui-là ne représente qu’un intérêt particulier, qui nous prive, autant qu’il prive nos futurs d’un bien commun vital : l’eau.

Ce trou dont la finalité, une fois remplie, aura pour conséquence d’assécher les sols, de détruire les écosystèmes, de confisquer l’eau potable des 90% d’agriculteurs et des citoyens environnants qui ne participent pas à une production destinée au marché mondialisé de l’agro-industrie, ce trou-là ne représente rien d’autre que le vide béant d’un État à la déroute face au changement climatique et la révolte du peuple.

C’est pourquoi les araignées des mers se sont rendu sur place, dans ce lieu qui lui est hostile, pour soutenir ces absent·e·s de la représentation, et défendre l’urgence absolue d’un partage commun de l’eau, face aux sécheresses passées et à venir qui ne font qu’empirer.

HISTOIRE D’UNE BATAILLE QUI NE DIT PAS SON NOM

Nous rêvions d’un au revoir symbolique, d’une dance en ronde, entourant ce cratère insensé, pour lui dire que nous venions rendre la terre afin de laisser l’eau couler, qu’elle retourne aux sources, aux nappes, qu’elle retourne à la mer, sans qu’on nous dise "regardez ces ressources gâchées que nous pourrions stocker pour plus de profit" comme s’il était logique de croire que l’eau s’écoulant dans un fleuve était une aberration.

Ce que nous avons trouvé fut tout autre : là où en novembre nous dansions à travers des forces de l’ordre qui renvoyait une balle répressive et violente, la manifestation de ce 25 mars fut tout autre. Si pareillement, nous étions partis en plusieurs cortèges, l’absence de présence des forces de l’ordre tout au long de la marche laissa présager que nous nous dirigions vers un nouveau château-fort des temps modernes, et que la préfecture avait su tirer les leçons de ses échecs passés. Ce n’est qu’en arrivant aux champs où s’annoncait au loin la Méga-Bassine que l’ont compris. Des milliers de gendarmes, des barrière, des chars, une armée au complet, tenant une forteresse de terre écorchant l’horizon.

Ceux qui suivaient les loutres furent pris d’assaut immédiatement, ils eurent à braver le bombardement le plus intensif que l’histoire du maintien de l’ordre contemporain ait connu. Quant à ceux qui suivaient l’outarde pour briser le flanc gauche de cette forteresse du vide, ils furent innondés de gaz à la première tentative, et bombardés de grenades désencerclantes et assourdissantes à la seconde. Nous étions impuissant.e.s devant les armes, nous ne pouvions que battre en retraite, à la vue des camarades perdant connaissance, de ceux et celles assourdi·e·s, aveuglé·e·s, blessé·e·s aux jambes, etc.

Ce n’est qu’à ce moment de répit que vint la réalisation du carnage, lorsque nous vîmes le long du chemin boisé, au bord d’un champ de terre, les dizaines et dizaines de blessé·e·s soigné·e·s par des médics dépassé·e·s.

Ensuite, l’attente longue pour le SAMU devant la forteresse, la frustration se répand, un mouvement de foule soudain hésite, reprendre l’assault insensé ? Non, trop de blessés en attente nous dis-t-on, on arrête immédiatement ceux qui s’emportent, mais les gendarmes n’hésitent pas eux, et bombardent instantanément gaz et grenades, même dans la foule qui fait picnic ou sieste paisiblement. On attend encore, l’arrivée du SAMU, qui sous les ordres d’un commandement sans humanité, laisse les minutes coulés, laisse la mort s’immiscer.

LA VICTOIRE NE VIENDRA PAS DE LEUR GUERRE

Que retenir ? Le feu des camions brûlés ? les centaines de blessés ? la pompe sabotée sur le retour ? Les chiffres ahurissants ? les vies de jeunes mutilées ? Il n’y a là ni victoire, ni défaite, mais la seule démonstration d’un point mort historique, entre une société dont les institutions sont sourdes au péril encouru et prêtes à tuer pour l’ignorer, et son avenir qui se butte contre un mur militaire prêt à guerroyer ses propres citoyen·ne·s et tous.tes les vivant·e·s qui les accompagnent, jusqu’à la mort.

Nous ne pouvons parler de victoire, malgré la force du nombre, malgré la joie, le courage, la créativité, le désarmement, de ceux et celles qui défendent la remise en nature de ces champs vide et à sec. Nous ne pouvons parler de défaite, malgré les blessé·e·s, les traumatismes, l’encerclement de la bassine échoué et l’impression d’une guerre de l’eau inévitable qui nous attend face au cynisme et l’hypocrisie assassine des politiques qui "gouvernent".

Il nous faut trouver d’autres mots que victoire et défaite, que bataille et guerre, il faut que ces mots nourrissent les stratégies d’un vivant féroce qui saura défendre ces absents de la représentation sans tomber dans leur piège militaire qui vise à museler autant que tuer. Nous savons que nos collectifs y réfléchissent déjà, que leur créativité trouvera source, et fera germe pour les printemps à venir. De ce Sainte-Soline, notre force ne pourra que se relever. Nous sommes l’amour qui se répand tout autant que l’océan qui se défend. Nous sommes inarrêtables.

On ne dissout pas un mouvement, on ne contient pas un peuple qui se soulève.

Rendez-nous la mer - ar mor·Bro an Oriant

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