Plus qu’au prix des choses, il faut s’intéresser au pourquoi les choses ont un prix.

Le Black Friday, Noël, les gilets jaunes, le consommateur placé au centre du débat, au centre des préoccupations d’un monde qui détruit ses terres et ses hommes. Consommer du latin « consumere » : prendre complètement, absorber, détruire, perdre, affaiblir, user, miner, anéantir, épuiser. Car, oui certains épuisent et absorbent les choses et les idées, dans une lutte mortifère pour le pouvoir d’achat. A ce dernier, nous opposons le pouvoir d’agir, des luttes collectives pour des vies dignes, des richesses produites de manière souveraine par les travailleurs et les travailleuses qui décident par eux mêmes, pour eux-mêmes. Car « La Poste c’est nous ! ». Autrement dit l’institution appartient à ses salarié-es. Ce slogan n’est pas anodin car La Poste pourrait fonctionner sans ses cadres mais pas sans ses facteurs et factrices.

Derrière les commandes internet, dites « connectées », des femmes, des hommes, des objets. Déconnectées du monde des gens qui gèrent et acheminent les flux, ces commandes hors sol ont pourtant un impact sur la vie de millions voire de milliards d’êtres humains. Le consommateur croit vivre seul, au centre d’une toile qu’il se tisse parmi ses désirs dans lesquels il pioche pour se rassurer, pour s’assurer une zone qu’il croit confortable. Pourtant consommateurs et producteurs sont intimement liés, chacun d’entre nous arbore les deux visages, les deux faces de la même pièce. En consommant, nous nous absorbons nous même.
En ce week-end de Black Friday, paradis artificiel du consommateur d’abord états-uniens puis mondial, les facteurs et factrices sont à la peine. Une montagne de colis et d’objets pénètrent dans le centre de tri. Un dégueulis de choses, un tas informe de cartons et de plastiques encombre désormais les couloirs. Seulement tout ça, il faudra le charger sur les vélos et le distribuer à celui ou celle qui attend, impatient(e), un plaisir souvent éphémère qu’il croit tomber du ciel grâce à la magie d’internet. Le consommateur oublie que derrière ses commandes, il y a un service public, des hommes et des femmes qui lui apportent jusque dans son salon ses bibelots, ses vêtements et tous ces besoins artificiels assouvis en un claquement de frein. La grand top départ que représente le Black Friday avant la période de noël marque, pour le facteur, l’entrée dans une zone à haute intensité. L’excitation, l’énervement du quidam qui s’inquiète de recevoir ses cadeaux à temps mêlé au froid et à l’augmentation soudaine du nombre de paquets rend l’atmosphère difficilement respirable. Responsable de tous les maux, ce dernier fait office de bouc-émissaire. Pas assez productif pour le patron, trop lent ou responsable des couacs de la distribution pour l’usager-consommateur. Car malgré l’augmentation importante de la quantité d’objets à distribuer et ce sur une période très courte, La Poste n’emploie personne en plus. Les tournées sont presque doublées et ça, c’est au facteur ou à la factrice de l’assumer. Pas de main d’œuvre supplémentaire pour, soi-disant, que le Groupe La Poste continue à être rentable. Pour que les patrons puissent assurer leurs salaires confortables et l’État actionnaire puisse dégager des dividendes, ce sont les petites mains qui trinquent. Une augmentation considérable du travail de manière temporaire, sans augmentation de salaire.

En cette période compliquée, je me souviens alors de la lutte de l’année passée (de janvier à mai 2018), 140 jours de grève, de partage, d’enseignements et de lutte collective ou face au pouvoir d’achat, nous, facteurs et factrices, nous avons préféré le pouvoir d’agir. Je me souviens de ce texto reçu en octobre dernier où, avec les quelques sous restant de la caisse de grève, nous avons choisi de construire plutôt que de détruire. En effet, à la place de consommer individuellement les quelques euros de la caisse en les redistribuant, nous avons organisé une soirée, un moment festif et convivial, pour continuer à construire et à réfléchir sur notre intérêt collectif de facteurs et de factrices mais surtout d’hommes et de femmes. Pour opposer à l’intérêt des patrons et du Groupe La Poste, notre intérêt et notre force commune.

Le contexte capitaliste à La Poste

La privatisation du Groupe La Poste ne date pas d’hier, le contexte de lutte des facteurs et factrices s’inscrit donc dans un contexte, dans une histoire longue. Les offices des messagers royaux sont créés en 1576 par Henri III et marquent le début de la distribution de courrier pour les particuliers. En 1991, dans un contexte d’ouverture à la concurrence imposé par l’Union européenne et le traité de Maastricht, La Poste change une première fois de statut en passant de celui d’administration publique à celui d’entreprise publique avec, au passage, la suppression du statut de fonctionnaire dans les PTT. En 2010, La Poste prend le statut de Société Anonyme à capitaux publics ce qui constitue un pas supplémentaire vers la libéralisation des services de distribution de courrier et de colis. Bien que l’État reste toujours majoritaire aujourd’hui (environ 75% des parts et 25% pour la Caisse des Dépôts [1]), le capital de l’entreprise est ouvert aux actionnaires privés ce qui accroît la pression sur les salaires. Dans le but de montrer que La Poste est un groupe responsable, potentiellement vendable et qui sait rémunérer ses actionnaires, les dirigeants et l’État favorisent la rentabilité économique au détriment des salaires et du Métier. Le contexte actuel est donc celui d’une marchandisation progressive des métiers et des services de distribution, mais pas que. La notion de service public passe progressivement à celle d’un service privé et rentable, l’usager devient client. La Poste illustre à merveille l’adage capitaliste du « Mutualiser les pertes, privatiser les gains. » En effet, lorsqu’il s’agit de renflouer les caisses de l’entreprise, l’État, et donc nos impôts, interviennent. En revanche lorsque l’entreprise fait des bénéfices, ces derniers sont maintenus au sein de groupe La Poste pour le plus grand bonheur de ses dirigeants. Avec cette privatisation totale, le tout marchand s’impose. Il faut créer de la valeur et de plus en plus. La Poste est devenue le Groupe La Poste et diversifie ses services en jetant sur le marché objets connectés et relations humaines. La banque, l’immobilier, le courrier, les colis, la téléphonie, le numérique et désormais... le service à la personne. Avec son programme« Veiller sur mes parents », La Poste va jusqu’à vendre et rentabiliser une relation humaine auparavant gratuite. La relation entre le facteur et l’usager - ces quelques minutes où parfois s’échangent un coup de main, quelques mots, un café - deviennent valeur, vente, objectifs. Pour certains leur ultime relation humaine et quotidienne gratuite qui se retrouve vendue au marché.
Le facteur et la factrice, hommes et femmes à tout faire : aide pour remplir sa feuille d’impôts, recensement, recyclage du papier, permis de conduire, identité numérique pour la préfecture… le tout sans formation, sans augmentation de salaire et surtout sur le même temps de travail de 35h avec une tournée qui ne change pas voire qui s’allonge. Une charge de travail plus lourde pour le travailleur et la travailleuse et autant de nouveaux prix. De nouvelles transactions pour facturer des services auparavant gratuits pour la plupart. Un sou de plus qui s’envole dans la poche du capital et une baisse relative du fameux pouvoir d’achat puisqu’à salaire constant ce sont de nouveaux services qu’il faut payer.

Le contexte de lutte actuel à La Poste est aussi celui du Lean Management et de son leitmotiv, le « pas de pertes ». C’est celui de la division et de la rationalisation du travail, celui de la mécanisation et de l’uberisation. A La Poste, cette réalité se matérialise par la tournée « sacoche ». La factrice ou le facteur récupère sa sacoche déjà triée et il-elle ne peut plus adapter sa tournée à sa connaissance du terrain ou des gens, il-elle n’est plus qu’un distributeur. Cette méthode permet surtout au Groupe La Poste de réduire les emplois en rallongeant les tournées puisque n’ayant pas sa tournée à trier, le facteur-trice peut partir plus tôt. La chaîne de distribution est rentabilisée à son maximum en oubliant les conditions de travail, le facteur-trice sera désormais tout le temps dehors et travaillera seul(e) sans possibilité de nouer des relations avec ses collègues. Avec cette évolution, le Métier de facteur-trice ne sera bientôt plus que de venir chercher un sac et d’en distribuer le contenu. Pourquoi pas une paye au sac ? Récupéré directement à l’arrière d’un camion ? Grâce à une application sur laquelle on s’inscrirait ? En plus j’ai déjà un vélo ! Oui mais seulement, plus de droit du travail, plus de cotisation au chômage, à la retraite. Apporter son outil de travail et en assumer la réparation,... le retour du tâcheronnat grâce à des applications déjà existantes. « Mutualiser les pertes, privatiser les gains ». Est-ce l’avenir de la distribution du courrier et des colis ? Dans un monde où le consommateur a déjà son plateau repas livré à domicile par des coursiers tâcherons, le poids de la lettre paraît bien faible. Seulement, il faut en avoir les moyens.
Le nombre de postiers baisse de 10 000 personnes par an [2]. Pourtant, pas de plan social donc pas de médiatisation de cette double suppression de postes : suppression des emplois et suppression des bureaux de proximité. La nature de l’emploi change également dans l’entreprise puisqu’on observe une baisse du nombre de facteur-trices mais une augmentation relative du nombre de cadres. Cette augmentation des postes de cadres intermédiaires entraîne une division de la chaîne de commandement. La croissance de la hiérarchie éloigne le facteur-trice des décisions qui sont prises dans l’entreprise ce qui l’éloigne d’autant plus de la possibilité même d’autonomie dans son travail et ses prises de décisions. Les effets combinés de l’individualisation dans le travail, de l’isolement du facteur et de l’éloignement, voire de la déconnexion, des centres de décisions facilite d’autant plus les réformes du travail au sein de l’entreprise. C’est d’ailleurs aussi vrai pour les cadres de l’entreprise qui ne deviennent plus que des machines à rentabilité, entraînant burn-out et suicides parfois médiatisés. La tactique adoptée par La Poste est celle d’une réforme bureau par bureau plutôt que nationale comme l’a pu faire la SNCF. On voit d’ailleurs la différence en termes de traitement médiatique. Les salarié-es étant divisé-es, les luttes aussi. Il est d’autant plus dur de lutter que nous sommes divisés-es, bureau par bureau, tournée par tournée, ce qui limite considérablement le poids d’une lutte qui n’aurait d’autre choix que d’être nationale. Le contexte de lutte au sein du Groupe La Poste reflète des dynamiques plus larges sur le service public, le travail, la marchandisation des existences et la manière dont sont prises les décisions. Les enjeux, les débats, les revendications, soulevées et portées par la lutte dépassent donc eux aussi le métier de facteur-trice.

Les enjeux du conflit

Le premier de ces enjeux est celui du Métier. Dans une vision sociale d’abord, dans la relation avec certains usagers, une relation bienveillante et gratuite avec cette culture du « petit coup de main ». C’est parfois rentré dans le « chez-moi » de l’autre, comme le font beaucoup de métiers sociaux et tout simplement l’aider. Dans une vision géographique ensuite. Le métier de facteur-trice est aussi celui de la distribution, de la connaissance du terrain, des chemins, de son architecture, de ses gens... des endroits où il faut prendre le temps, de ceux où l’on peut se dépêcher, des arbres et des jolis jardins, des recoins et des raccourcis, de tout ce qui s’oppose à la mécanisation et à la marchandisation d’un service humain. La lutte contre « l’économie de la proximité » comme elle est nommée par le capitalisme est donc primordiale.
Le deuxième enjeu met en lumière la destruction des acquis sociaux par le capitalisme. Il s’agit de se battre pour défendre un statut déjà précaire : un contrat en CDI dans le meilleur des cas avec un salaire à peine au dessus du SMIC même après 40 ans d’ancienneté. Depuis la fin du statut de fonctionnaire avec la disparition des PTT’s, c’est la précarisation progressive des emplois qui est à l’œuvre. Dans tous les bureaux de Poste, ce sont les collègues intérimaires, saisonniers, CDD ou CDI GEL [3] qui sont légions. Or il est difficile de se mobiliser quand on est précaire et la précarisation s’accélère quand il n’y pas de mobilisation.On attend souvent, chez les patrons comme chez certain-es salarié-es, l’argumentaire suivant : « Les jeunes veulent des CDD car ils veulent de l’expérience, des expériences . » Cette phrase défend l’idée qu’une précarisation des contrats de travail serait bonne car elle favoriserait la mobilité, adage contemporain du capitalisme qui l’associe à la liberté. La pensée capitaliste s’appuie sur l’existentialisme pour faire accepter la précarité aux nouveaux venus dans l’aventure marchande. Le travail, le lieu où nous existons, l’endroit où nous sommes censés vivre pleinement notre vie. Pour cela, il faut des péripéties et une incertitude de chaque instant. C’est ce qu’offre l’entreprise, la précarité.
Un troisième enjeu de notre lutte postale est celui du service public ou du moins ce qu’il en reste. Cette lutte s’inscrit dans une lutte plus globale pour le maintient des services collectifs face aux suppression des emplois et à la précarisation au sein des institutions publiques avec, notamment, l’emploi massif des Services Civiques pour effectuer le travail de feu les fonctionnaires. Nous y défendons ici l’idée qu’il existe des services gratuits et des services payés par la cotisation sociale, en dehors du marché, et nous souhaitons faire vivre, par notre travail et dans la lutte, cette alternative. Dans notre lutte, nous avons d’ailleurs été rejoints par des collectifs d’usagers-ères des services publics, ce qui nous a aidé en termes de soutien et qui a permis d’élargir notre lutte.

Enseignements et stratégies

En se rappelant le conflit social de l’année dernière (janvier à mai 2018), on se souvient (pour les appliquer aujourd’hui) de ses victoires et de ses enseignements. Une victoire juridique face aux assignations en justice du Groupe La Poste pour présence illégale dans les bureaux, en nous accusant d’avoir soi-disant empêcher nos collègues de travailler. Une victoire financière aussi, grâce à la caisse de grève, nous avons tenu ! Cette solidarité n’est pas que financière car nous avons senti autre chose. Essayer de construire un autre système de solidarité, de produire un autre système de valeurs. Nous avons produit du sens dans l’action en acceptant des conditions porte-monétaires plus difficiles. Nous avons, par exemple, pu assurer une subsistance logistique grâce aux fruits et aux légumes donnés par les copains du coin, c’est l’occasion de les remercier.
Des enseignements, nous ne les retiendrons pas tous car ils sont nombreux, certains sont importants à rappeler. Le premier est illustré par nos victoires. Pour gagner la lutte, il faut des victoires juridiques et s’assurer une subsistance matérielle grâce aux solidarités déployées. Ceci pour tenir le marathon imposé par la direction, symbole du mépris et du refus d’entendre nos arguments. Sur les 140 jours de grève, il n’y a eu que quelques entrevues sporadiques avec la direction, uniquement car nous n’étions pas un syndicat constitué mais un Collectif de facteurs et factrices en grève. Pourtant soutenu par les syndicats SUD et CGT, nous n’avons pas eu voix au chapitre et nous avons dû subir des poursuites judiciaires pour nous décourager. Ne sommes-nous pas des êtres humains capables de réflexion autant, voire plus, que les patrons qui nous dirigent ? Nous en sommes persuadés. Ce mépris clair de la direction nous renforce dans cette idée. Le-la salariées ne peut pas connaître et analyser sa situation. Pour le bien de l’entreprise ou plutôt pour sa survie économique, le cadre sait mieux que le travailleur ou la travailleuse. Ce que dit implicitement ce discours tenu par la direction, maquillé sous des réorganisations soi-disant pour le bien-être des salarié-es, c’est qu’il n’y a pas d’alternatives possibles au modèle capitaliste. Nous ne voulons plus de ce paternalisme patronale !

Ils ont essayé de nous épuiser mais n’y sont pas parvenu grâce à notre solidarité et à notre ténacité.
Parmi les enseignements à retenir, il y a aussi celui de la communication. L’efficacité de notre action a été due au dialogue instauré avec nos collègues, y compris les plus réticents. Plutôt que de distribuer des tracts et d’envoyer des mails nous avons choisi le face à face. Nous avons fait des kilomètres et nous nous sommes levés tôt pour aller dans chaque bureau de Poste du département, expliquer nos revendications aux collègues. Par l’occupation des bureaux, nous avons bloqués ou retardé l’acheminement du courrier pour quelques minutes, quelques heures, quelques jours. Car oui, le blocage de l’économie est notre porte de sortie. Dans un contexte violent, il semble primordial d’aller vers la grève générale : bloquer les stocks et saboter les flux. Seule l’action de terrain le permet. Cette forme d’action permet aussi, face à certains tyrans locaux, directeur de bureau de Poste, la création de solidarité et de confiance entre les collègues pour s’opposer plus frontalement aux décisions arbitraires, pour reprendre la main sur son travail. Bâtir pour l’avenir, construire une base militante et solidaire entre facteurs et factrices et s’opposer ainsi aux intérêts du patronat et aux réorganisations à venir.
Un enseignement majeur est aussi celui de la structuration en collectif, en dehors des syndicats, nous laissant une liberté d’idées et d’actions importante. Des assemblées générales quotidiennes ont ponctuées notre lutte, soit plus d’une centaine de moments de discussions libres pour nous organiser entre nous. Ces AG, outre des débats sur des questions théoriques, nous ont surtout permis d’appréhender la logistique de la lutte et d’être dans le concret de l’action. Ainsi, les questions matérielles, financières, juridiques et démocratiques lors des négociations avec la direction ont rythmé nos discussions et nos prises de décisions.

En termes de stratégie, deux constats sont ressortis. Le premier a été la nécessité de sortir gagnant du conflit social nous opposant aux dirigeants (même locaux) du Groupe La Poste. La direction nous imposant de négocier non pas pour tous les bureaux de Poste d’Ille et Vilaine mais pour celui de Rennes Crimée (Henri Fréville), nous avons été contraint de limiter nos négociations à ce bureau uniquement. La stratégie adoptée par La Poste d’effectuer une réorganisation bureau par bureau sur l’ensemble de la France complique notre lutte. Même avec une tentative d’élargissement de la lutte d’abord à échelle de la ville du Rennes puis à échelle départementale, les dirigeants ont exigé de négocier bureau par bureau. Ceci montre une fois de plus la déconnexion entre la réalité des revendications et le lieu et la manière dont sont prises les décisions. Sortir gagnant pour le bureau de Rennes Crimée résulte donc plutôt d’une stratégie de long terme pour les facteurs et factrices grévistes. Cette stratégie a été décidée pour éviter de poursuivre la lutte uniquement à quelques un-es et d’épuiser l’ensemble de nos ressources mais aussi pour montrer à nos collègues les plus réticent-es que la mobilisation collective fonctionne. Face aux réorganisations qui arrivent, les solidarités créées et l’exemple par l’action que nous pouvons sortir gagnant d’un conflit seront des armes précieuses face à notre direction.
Le second constat stratégique concerne le terme actuellement très débattu de convergence des luttes. Cette convergence doit être avant tout logistique en termes d’appui aux conflits sociaux de l’ensemble des secteurs. Nous avons pu en faire l’expérience et c’est ce qui nous a permis de tenir aussi longtemps face au mépris des dirigeants du Groupe La Poste. La convergence des luttes ne se décrète pas. Elle est d’une part logistique et d’autre part ponctuelle et en perpétuel mouvement. Elle est faite de rencontres et de discussions dans l’action. Avec les cheminots, les étudiants, les personnels de santé et beaucoup d’autres qu’une distinction professionnelle ne saurait qualifier, nous avons bloqué ensemble et nous nous sommes rencontrés. Nous nous sommes aidé en bloquant les points stratégiques de chacun et tous ensemble. Ces journées et ces nuits ont été rythmées par des discussions et des actions qui ont crées des liens de solidarité. La convergence ne peut se décréter, elle se crée.

Contre l’anomie [4] que créé le marché et les stratégies de management développées par Le Groupe La Poste, nous opposons notre action collective et la construction de solidarité entre facteurs-trices mais aussi en dehors. Non pas par la lutte pour le pouvoir d’achat qui n’est qu’une marche morbide vers l’isolement de chacun et le pouvoir des plus riches mais par la lutte pour le pouvoir d’agir et de décider ensemble et de manière autonome la répartition des bénéfices. Lutter pour le pouvoir d’achat, comme le montre la réponse apportée par le gouvernement aux Gilets Jaunes, c’est lutter pour des miettes et c’est entretenir un système qui partout où il le peut créer de nouveaux prix. Plus qu’au prix des choses, il faut s’intéresser au pourquoi les choses ont un prix. Nous l’avons vu, la plupart des services sont marchandisés pour assurer la rentabilité du capital de groupes multi sectoriels en cours de privatisation comme c’est le cas pour La Poste et comme ça l’a été pour l’énergie, les télécoms ou les autoroutes. Les processus sont enclenchés pour l’éducation ou la santé et nous luttons et lutterons contre, à La Poste comme ailleurs. Luttons pour les services publics (cotisés ou gratuits) et pour la répartition des bénéfices vers les salaires, ainsi disparaîtront progressivement les prix et la question du pouvoir d’achat.

Notes

[3CDI GEL : Contrat à Durée Indéterminé dans un Groupement d’Entreprise Locale. Autrement dit, le salarié-e est employé en CDI par plusieurs entreprises en même temps même s’il effectue 100% de son temps de travail à La Poste. Son employeur est en réalité une boîte d’intérim. Il est impossible pour lui/elle de faire grève car son employeur n’est pas La Poste, il ne peut donc pas contester ses conditions de travail auprès des patrons postaux. On observe ainsi une déconnexion de plus entre le lieu où son prise les décisions pour le salarié-e et ses conditions concrètes de travail rendant toute possibilité d’agir limitée voire impossible.

[4Concept écrit et décrit par Emile Durkheim dans De la Division du travail social (1893) et dans Le Suicide (1897). Le titre de ce second ouvrage fait écho à certaines réalités du métier de facteur-trice et notamment à ses quotidiens difficiles. Sur ce sujet voir le reportage Une tournée dans la neige D’HÉLÈNE MARINI France vf 2016 coul 1 h 15 Première diffusion : LCP-AN, 19 février 2017 ©Zadig Productions, LCP-AN https://youtu.be/2lajfALvLB4

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