Que s’est-il passé dans le CRA de Rennes dans la nuit du 10 mai ?

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Une partie du centre de rétention administrative de Rennes a été abîmée par des incendies volontaires provoqués par des sans-papiers en colère dans la nuit de jeudi à vendredi. Ils s’opposaient à l’expulsion en pleine nuit d’un jeune Marocain de 18 ans.

Une dizaine de personnes se sont rebellées dans la nuit du jeudi 9 mai au vendredi 10 mai dans le centre de rétention administrative (CRA) de Rennes, à Saint-Jacques-de-la-Lande. Les sans-papiers en colère s’opposaient à l’expulsion en pleine nuit d’un jeune Marocain. Pour exprimer leur colère, les émeutiers ont mis le feu à des matelas et à du linge dans deux bâtiments du CRA. D’autres ont réussi à monter sur les toits.

"Les policiers sont arrivés au milieu de la nuit pour emmener le jeune homme", raconte Alice Lukacs, intervenante juridique à la Cimade - qui est autorisée à assister les sans papiers dans le CRA de Rennes. "Nous sommes en plein ramadan, alors beaucoup de personnes étaient debout pour la prière de nuit. Il était environ 4h du matin".

Selon Alice Lukacs, la révolte a eu lieu parce que le jeune expulsé n’avait pas été prévenu de son éloignement forcé.

En règle générale, les personnes en centre de rétention sont prévenues de leur vol retour, au moins 24h à l’avance, via des tableaux d’affichage. "Ils peuvent ainsi se préparer à partir ou préparer leur recours. Mais à Rennes, contrairement au Mesnil-Amelot par exemple, il n’y a pas ce système d’affichage", continue Alice Lukacs. "Dans le cas de cette expulsion, le jeune Marocain était face à son ’premier vol’. Il était en CRA pour la première fois".

En cas d’expulsion "surprise", les associations parlent de "vols cachés".

"Aucun blessé"

Le jeune homme a bien été expulsé vers le Maroc. "Il était en rétention depuis 60 jours. Je pense qu’il ne s’y attendait pas. Il pensait réussir à revoir un juge" [1], continue l’intervenante juridique de la Cimade.

Selon Ouest-France, vers 4h30, les risques d’incendie ont été définitivement écartés. "L’intervention des forces de l’ordre n’a fait aucun blessé, les fonctionnaires ont fait attention de n’avoir aucun contact physique avec les hommes qui se rebellaient", peut-on lire dans l’article.

Les locaux abîmés – et inutilisables- ont été fermés. Trois personnes ont été transférées dans d’autres CRA.

La capacité d’accueil du centre de rétention de Rennes est maintenant de 25 au lieu des 46 habituels (dans la zone réservée aux hommes).

Une enquête a été lancée pour identifier les auteurs des dégradations. Les autorités procèdent actuellement au visionnage des vidéo-surveillance du centre pour mettre un nom sur les meneurs - qui risquent des peines de prison [2].

Ce n’est pas la première fois que le CRA de Rennes subit des tensions et des émeutes. En janvier 2018, une révolte avait déjà éclaté pour les mêmes raisons : l’expulsion manu militari d’une personne sans affichage préalable de son départ.

Selon France 3, depuis le 1er janvier 2019, 20% des migrants placés en rétention à Rennes y avaient déjà fait un séjour auparavant. Seul un dixième de ces retenus a finalement été expulsé du territoire français.

P.-S.

Repris de www.infomigrants.net. La note 2 a été ajoutée.

Notes

[1Après 48h en CRA, les personnes retenues doivent avoir accès à un juge des libertés et de la détention. Ce juge peut ordonner une remise en liberté ou maintenir le placement en rétention pour 28 jours supplémentaires. Une nouvelle audience est prévue à nouveau 30 jours plus tard (à 60 jours de rétention), et à nouveau 15 jours après (à 75 jours de rétention). En France, la durée maximale en CRA est de 90 jours.

[2Trois personnes ont depuis été condamnées à des peines allant de 1 an à 2 ans fermes.

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