Weld El 15. Malheureusement l’acharnement préfectoral continue

WELD EL 15 est cette fois-ci convoqué devant le commission expulsion (la COMEX) le 10 février 2017 à 10h à la Cité Judicaire (salle 101).

Le MRAP 35 appelle à venir soutenir Weld El 15 lors de cette audience publique

Weld El 15, un combat en musique

Alla Edine Yacoubi, alias Weld El 15, est un rappeur tunisien qui doit son succès à son identité musicale et son combat pour la liberté d’expression.

Débutant à 15 ans, il s’est rapidement imposé sur la scène locale. Sa carrière professionnelle commence en 2009. Son rôle d’animateur dans une émission de rap sur Radio Libre à Tunis en 2011 et sa collaboration artistique avec des rappeurs étrangers contribue à sa notoriété bien au-delà du Magreb.

Symbole de la jeunesse tunisienne
Le 21 février 2012, Weld El 15 est arrêté pour consommation de cannabis et emprisonné pendant 9 mois. Durant sa détention, il écrit البوليسيةكلب "Boulicia Kleb" (les policiers sont des chiens), une chanson contre les méthodes des forces de l’ordre qui lui vaudra une nouvelle condamnation à 2 ans de prison ferme en première instance. La peine est commuée à 6 mois avec sursis en appel, mais le soulagement est de courte durée. Après avoir interprété un extrait de cette chanson lors d’un festival à Hammamet, en 2013, il est condamné à nouveau par contumace à 21 mois de prison ferme. Weld El 15 entre dans la clandestinité, mais après 4 mois de cavale, il décide de se rendre à son procès. Il est condamné à 4 mois de prison ferme avant d’être relaxé en appel.

Suite à ce long feuilleton judiciaire très médiatisé, le rappeur devient le symbole d’une jeunesse déçue du Printemps arabe et porte-parole du combat pour la liberté d’expression. Il est sélectionné pour le prix Sakharov en 2014 qui honore les défenseurs des libertés fondamentales. Il reçoit le soutien de nombreux artistes internationaux.

Un nouveau départ ?
C’est alors que des politiciens français lui proposent de venir en France. Weld El 15 débarque à Saint Malo en mars 2015, muni d’un visa « compétence et talents », un sésame que des milliers d’artistes étrangers rêvent d’obtenir. Un contrat est signé pour 5 ans avec une maison de production rennaise. L’avenir sourit enfin au rappeur qui fourmille de nouveaux projets artistiques.

Dès sa première présentation au guichet de la préfecture d’Ille et Vilaine, le ton est donné : tentative d’intimidation et menaces de la part du chef de service des étrangers. Weld El 15 comprend rapidement que le pays des droits de l’Homme est devenu une terre hostile aux étrangers. Il dépose sa demande de titre de séjour, puis attend ...Un an s’écoule, la préfecture ne répond toujours pas, malgré l’intervention de nombreux élus.

Maltraité en France comme en Tunisie
Alors qu’il a quitté la Tunisie pour composer librement en France, Weld El 15 se retrouve pendant de longs mois sans-papiers, privé de tous ses droits, contraint de vivre dans la plus grande précarité. Tous ses projets artistiques sont stoppés en attendant que la préfecture d’Ille et Vilaine daigne répondre à sa demande. Il se sent trahi, humilié et surtout révolté contre l’administration française qui l’a invité à venir en France, puis refuse de lui délivrer un titre de séjour acquis de plein droit avec le visa que ces mêmes autorités lui ont délivré.

Après de nombreuses relances, la réponse tombe le 8 avril 2015. C’est un refus de séjour assorti d’une OQTF (obligation à quitter le territoire français) justifiée par "sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public", en raison de 2 condamnations pénales dont le rappeur a fait l’objet fin 2015.

Cependant cette décision est annulée par jugement du TA de Rennes le 6 juillet 2016 : « Considérant, d’une part, qu’eut égard au caractère isolé du fait de violence sur autrui, à la nature de l’autre fait reproché à l’intéressé dont les peines de prison ont été prononcées avec sursis et en l’absence de condamnation ultérieure, le préfet d’Ille-et-Vilaine ne pouvait sans erreur d’appréciation considérer que le comportement de M. YACOUBI constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique ni même déduire de ce comportement une absence de volonté d’adhérer aux valeurs de la République et de participer à son rayonnement ; qu’il y a lieu, par suite, d’annuler le refus de titre de séjour litigieux et par voie de conséquence les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ».

Le tribunal administratif de Rennes enjoint à la préfecture de lui délivrer la carte de séjour "compétences et talents" dans un délai de 2 mois.

La préfecture d’Ille et Vilaine s’acharne
Cette dernière décision ne sera jamais exécutée, la préfecture préférant s’acharner à démontrer que le comportement du rappeur est incompatible avec les valeurs de la République.

Pour la seconde fois depuis son arrivée en France, Weld El 15 subit le 9 août une perquisition administrative dans le cadre de l’état d’urgence. Traité comme un terroriste, il est réveillé et maltraité par le GIGN qui saisit ordinateur, clé USB, téléphone...Il lui est reproché des « soupçons de sympathie avec des thèses djihadistes » en raison de ses ex-liens avec Emino, un autre rappeur tunisien qui a rejoint l’État islamique alors que Weld El 15 vivait déjà en Bretagne et la consultation de nombreux sites faisant l’apologie de Daesh. Une nouvelle fois convoqué en référé devant le TA, le rappeur s’est expliqué : « je prépare un album avec des titres pour dissuader les jeunes comme Emino de partir faire le djihad. Je fais mon boulot comme un journaliste, je consulte ces sites car je dois connaître ce que je combats ! »

Son matériel lui est restitué et aucune poursuite judiciaire n’est engagée. La préfecture décide alors de faire appel de la décision rendue par le TA de Rennes le 6 juillet 2016. L’acharnement préfectoral continue… Une nouvelle audience s’est tenue le 22 décembre devant la Cour d’appel de Nantes. Le délibéré a été rendu le 6 janvier 2017 confirmant la décision du TA de Rennes en obligeant la préfecture d’Ille et Vilaine a délivré à Weld El 15 son titre de séjour.

On se dit que cette fois-ci c’est fini, l’acharnement préfectoral va cesser et que le rappeur tunisien va enfin pouvoir se consacrer à sa musique et à sa vie de famille, car il est l’heureux papa d’une petite fille née le 12 janvier à St Malo.

La trêve sera de courte durée...Dès le 17 janvier, des gendarmes se présentent au domicile du rappeur pour lui remettre une convocation devant la COMEX (commission d’expulsion). Il est indiqué "cette procédure est motivée par le fait que cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat ou la sécurité publique" ! Une nouvelle fois la préfecture d’Ille et vilaine justifie cette tentative d’expulsion en invoquant sa supposée "adhésion à l’idéologie de l’état islamique" déjà infirmée par 2 fois par la juridiction administrative !

Le MRAP 35 dénonce l’acharnement préfectoral dont fait l’objet WELD EL 5 depuis son entrée sur le territoire français et les dérives de l’état d’urgence qui permettent de sursoir à l’exécution de 2 décisions rendues par la juridiction administrative.

Nous appelons à venir soutenir le rappeur tunisien lors de l’audience public qui se tiendra à la Cité Judiciaire (salle 101) de Rennes le 10 février 2017 à 10h.
Carole Bohanne - MRAP 35

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