Allan Lambin, mort au commissariat de Saint-Malo le 10 février 2019

Saint-Malo
Politiques sécuritaires - Surveillance Répression - Justice - Prison

Ce samedi 13 juin, 150 personnes se sont rassemblées devant la porte Saint-Vincent, entrée principale de Saint-malo intra-muros, pour manifester contre le racisme et les violences policières. Parmi les nombreuses prises de paroles, on a pu entendre les témoignages de Gilets jaunes, de proches de Babacar Gueye, tué par la BAC de Rennes en décembre 2015, et ceux d’Allan Lambin, mort au commissariat de Saint-Malo, dans la nuit du 9 au 10 février 2019, suite à une interpellation particulièrement violente. Nous nous sommes entretenus avec Franck Lambin, son père, et Emmy Triquet, sa petite-amie.

Bonjour et merci à vous d’avoir accepté de répondre à nos questions. Vous pouvez-vous nous expliquer ce qui est arrivé à Allan, dans la nuit du 9 au 10 février 2019 ?

Emmy Triquet : Allan et son papa avaient passé le week-end à Dinard, pour un tournoi de billard. Ils avaient passé un super moment, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, suite au décès de la maman d’Allan. Puis à la fin de ce tournoi ils ont repris la route, Allan a glissé dans un fossé, à environ 30 kilomètres/heure.

Franck Lambin : La police est arrivée avec les pompiers, sans qu’on ne demande rien à personne. Ils étaient arrogants, agressifs, ont provoqué. Puis les choses se sont envenimées, et on en est venu à la violence policière. Ils ont frappé mon fils, m’ont tabassé moi, qui me suis allongé auprès de mon fils pour essayer de le protéger. J’ai reçu plusieurs coups dans la tête, suite à ça je n’ai pas vu de l’œil droit pendant un mois. Puis ils nous ont amenés au commissariat de Saint-Malo, où mon fils est décédé.

Emmy Triquet : Ils étaient violents et menaçants, dès le début. Il y a eu des coups sur Allan. Il a eu plusieurs policiers sur son corps, dont un lui a écrasé le thorax avec son genoux. Les témoins ont dit qu’Allan avait hurlé à trois reprises durant l’interpellation. Les policiers disent que c’est faux. Ça s’est passé devant des témoins, des amis d’Allan et Franck. Les flics nient que c’était une interpellation violente, mais quand Allan s’est relevé il était vide, hagard, blessé, il est parti sans regarder son père, sans dire « bonne nuit papa, je t’aime ». Ça n’était jamais arrivé, ça ne serait jamais arrivé en temps normal, ça prouve qu’il était déjà très mal. Et c’est la dernière fois que Franck a vu Allan vivant.

Franck Lambin : On a été tabassés, je n’ai pas vu de l’œil droit pendant un mois. Au commissariat ils m’ont éclaté la main à quatre reprises, parce que je voulais aller voir mon fils dans sa cellule.

Emmy Triquet : Et après les violences ils sont restés en garde à vue, sans surveillance. Allan a vu le médecin pendant environ une minute. Il est resté sans surveillance pendant plus de deux heures.

Et quelles sont les causes exactes du décès d’Allan ?

Franck Lambin : Le médecin du Samu qui est intervenu pour tenter de réanimer Allan a dit qu’il était mort d’une hémorragie. Si le Samu était intervenu plus tôt Allan serait encore vivant, mais les flics n’ont pas fait leur boulot. Depuis, une expertise médicale a établi que l’accident de voiture n’est en rien responsable du décès d’Allan. Mais il a été frappé et écrasé par les flics, puis il est resté deux heures sans surveillance.

Emmy Triquet : Les flics ont fait croire qu’ils étaient passés toute les vingt minutes, pour vérifier qu’il dormait. S’il y avait au moins eu une surveillance Allan serait avec nous aujourd’hui, et on ne mènerait pas ce combat. Or, après avoir été violents lors de l’interpellation, ils n’ont même pas surveillé l’état d’Allan, et il n’est plus avec nous aujourd’hui.

Franck Lambin : Les policiers ont menti dans les rapports de surveillance. Ils ont fait croire qu’ils ont surveillé l’état d’Allan, ils ont écrit qu’ils avaient constaté qu’il était en train de dormir, alors que sur les vidéos on voit qu’Allan est à genoux par terre. On a jusqu’à aujourd’hui porté six ou sept plaintes, pour des faits de violences policières, de non assistance à personne en danger, pour faux et usage de faux, et pour dissimulation de preuves auprès de l’IGPN. Pendant un an et demi les vidéos de la garde-à-vue ont été dissimulées. Et on a aussi porté plainte contre le médecin.

Contre le médecin qui a autorisé la garde à vue, c’est ça ?

Franck Lambin : Oui, celui qui a autorisé la garde-à-vue après avoir vu Allan pendant environ une minute, selon ses propres propos.

Emmy Triquet : Il faut aussi raconter que Franck n’a été prévenu que le lendemain de la mort d’Allan, et qu’il a même dû entendre les rires de quelques policiers.

Franck Lambin : Je ne sais pas s’ils arrivent à se regarder dans une glace. Qu’on me dise que mon fils est parti, pendant qu’ils font des blagues à côté de moi ... Je suis ici contre la violence policière gratuite. J’irai jusqu’au bout, de toute façon. Ils paieront.

Avez-vous rencontré d’autres familles qui ont vécu des choses similaires ?

Franck Lambin : La famille de Babacar Gueye, qui a été tué par la BAC à Rennes, en décembre 2015. Je reste fidèle à mon combat. Le cas d’Allan doit servir d’exemple. Et je pense que si les autres familles de victimes de la police se plaignent c’est qu’elles ont des raisons de le faire. Tout cela doit servir d’exemple, la police n’a pas tous les droits.

Emmy Triquet : Notre combat est plus que normal. Et comme Franck sait si bien le dire, on ira jusqu’au bout.

Et quand on voit ce qu’il se passe dans le monde, la révolte aux États-Unis, les manifestations dans de nombreux pays contre le racisme et contre les violences policières, ça vous donne de l’espoir ? De plus en plus de gens n’associent plus le travail de la police à la protection des citoyens, mais la voient comme une bande parmi d’autres…

Franck Lambin : De toute façon je suis obligé de vivre avec l’espoir. Si je n’ai pas de médicaments je suis mort. Si je n’ai pas d’espoir je suis mort. Le dernier tatouage de mon fils c’était « Hope », « Espoir » en anglais. Je suis obligé. La dernière fois que j’ai franchi la porte Saint Vincent, c’était avec mon fils.

Emmy Triquet : C’était compliqué pour nous de nous déplacer jusqu’à Saint-Malo, étant donné que c’est ici qu’il est parti.

Vous souhaitez ajouter quelque chose ?

Franck Lambin : On ira jusqu’au bout. Je prends des médicaments tous les jours pour essayer de me mettre debout, et jusqu’au bout je prendrai ces médicaments pour mon fils, et pour avoir le dernier mot. Je ne pardonnerai jamais.

Emmy Triquet : Et puisqu’on est à Saint-Malo, où les choses se sont passées, je tiens quand-même à dire qu’il est temps de se bouger contre les violences policières, parce que c’est votre police qui assassine. On sait que les policiers violentent, il y a eu un mort, mais on a reçu d’autres témoignages de violences à Saint-Malo. On devrait être beaucoup plus pour lutter contre les violences policières.

P.-S.

Entretien initialement publié sur Lundimatin : https://lundi.am/Allan-Lambin-mort-au-commissariat-de-Saint-Malo-le-10-fevrier-2019

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