« C’est sans doute un problème de perception »

Le 13 février dernier Serge Bourgin, secrétaire départemental adjoint de Sud PTT 35, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Rennes. Il est accusé de diffamation et d’outrage à l’encontre du policier Jean-Luc Mauny, chef de la SIR (Section d’Intervention Rapide) et de la CDI (Compagnie Départementale d’Intervention). Les faits remontent au 16 novembre 2017 à Rennes, lors d’une manifestation contre les ordonnances Macron organisée par la CGT, FO et SUD. Au cours du défilé, alors que la section d’intervention remonte le cortège au pas de charge, Serge Bourgin s’empare d’un mégaphone et averti les manifestants « Voilà Jean-Luc Mauny, chef de la SIR, c’est celui qui a éborgné Jean-François Martin le 28 avril 2016, il a à son actif de nombreux blessés dans le camp des manifestants et fait de la provocation sans arrêt... ». Le syndicaliste faisant alors référence à l’étudiant rennais qui avait perdu un oeil lors d’une manifestation contre la loi travail. Le policier estime alors que le syndicaliste l’a pris à partie et diffamé « à l’aide d’un mégaphone », il porte plainte le jour même.
Le syndicat SUD PPT 35 avait averti que ce procès s’annonçait très politique, nous nous sommes rendus à l’audience pour en avoir le coeur net.
L’accusé ainsi que les témoins cités à la barre ont mené une véritable charge contre la politique du maintien de l’ordre à Rennes et l’attitude de cette compagnie d’intervention depuis les manifestations contre la loi travail. Le tribunal, soucieux de son objectivité, semblera quelque peu désarçonné et pris en étau entre d’une part un discours syndical d’un nouveau genre et de l’autre un policier aussi susceptible qu’indisposé à reconnaître la moindre critique.

Bien que l’infraction dont il est question concerne une déclaration de 30 secondes faite au mégaphone au cours d’une manifestation, l’audience, elle, s’est étirée sur plus de trois heures. Les débats juridiques ont d’abord porté sur ce qui pourrait permettre de distinguer l’usage légitime de la liberté d’expression de la diffamation et de l’outrage dans l’espace public, puis s’est engagé une tentative de dialogue entre les parties : syndicat d’un côté, police de l’autre. Le but était de comprendre si Serge Bougin a eu raison ou non de tenir pour responsable le plaignant et sa brigade d’avoir, le 28 avril 2016, éborgné un étudiant, blessé un certain nombre de manifestants et de s’être adonné à des provocations.
L’audience à peine commencée, le président du tribunal juge ces propos très graves, on reproche à ce syndicaliste d’avoir accusé nommément Jean-Luc Mauny. Serge Bourgin, qui a plus de 30 ans de manifestations et de grèves à son actif, ne compte pas se laisser intimider par cette plainte et cette convocation au tribunal. Il dit se sentir responsable du déroulé des manifestations qu’il organise. Au vu des nombreux blessés qu’il a recensé avec son syndicat pendant la lutte contre la loi travail (255 dont 54 hospitalisations), il estime que la question du maintien de l’ordre est une question d’ordre politique.

Serge Bourgin assume ce qu’il a dit, même s’il convient avoir, dans la précipitation, commis un léger raccourci. Il concède que pour être juste, il manquait un mot à ses déclarations : il aurait dû dire « Jean-Luc Mauny a fait éborgner » plutôt que « Jean-Luc Mauny a éborgné ». Pour étayer son propos le syndicaliste prend un exemple : « C’est comme lorsque Jean-Yves Le Drian dit : Bachar Al Assad massacre son peuple. On sait bien que ce n’est pas Bachar tout seul qui descend dans la rue massacrer la population. On devrait plutôt dire : Bachar fait massacrer son peuple ». Feignant de ne pas avoir saisi la nuance, la cour s’offusque que le policier puisse être comparé au dictateur syrien. Serge Bourgin reprend et s’applique à démontrer la logique de son raisonnement : « c’est comme lorsque le préfet Jean-Emile Vié dit qu’il a demandé l’autorisation de tirer sur les émeutiers en 68, il aurait du dire " de faire tirer sur les émeutiers " ».

Le syndicaliste en convient, s’il a saisi son megaphone dans la précipitation, c’est qu’il a craint que la section d’intervention charge le cortège sans prévenir : « Compte-tenu de l’histoire de la SIR à Rennes, mon intervention visait à informer mes collègues syndicats et les manifestants pour qu’il n’y ait pas de violence. » C’est d’ailleurs ce que la SIR a fait juste après. Pour le chef de la police, il n’y a pas vraiment eu de "charge", il préfère parler d’un « bond de 10 mètres » en réaction à un « problème de fragmentation du cortège ». Le juge, quant à lui, refuse que les manifestants aient pu se sentir menacés par les manoeuvres policières. Dialogue de sourd :

Le juge : Il n’y a pas de mouvement surprenant, c’est objectif...alors c’est permis de dire n’importe quoi ?
Serge Bourgin : Moi j’ai des responsabilités syndicales quand on voit des mouvements policiers on…
Le juge : Ça s’appelle de l’apaisement d’accuser un homme d’avoir éborgné d’autres hommes ?
Serge Bourgin : J’explique la dangerosité qu’il peut y avoir.

Lire la suite sur : https://lundi.am/C-est-sans-doute-un-probleme-de-perception

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