Conférences sur la révolution allemande 1918-1923

Deux conférences sur la révolution allemande à l’Université Rennes 2 : le vendredi 29 septembre à 18h et le samedi 30 septembre à 14h, dans l’amphi L1

« La bataille qui a été livrée en Allemagne entre 1918 et 1923 a façonné notre passé et pèse sans doute sur notre présent.
Elle concerne aussi notre avenir. De 1918 à 1923, dans l’Allemagne des révolutions, la lutte n’est pas tous les jours combat de rues, assaut de barricades, ne se mène pas seulement à la mitrailleuse, au mortier et au lance-flamme. Elle est aussi et surtout le combat obscur dans les usines, les mines, les maisons du peuple, dans les syndicats et dans les partis, dans les meetings publics et les réunions de comités, dans les grèves, politiques et économiques, dans les manifestations de rue, la polémique, les débats théoriques. Elle est un combat de classe, et d’abord un combat au sein de la classe ouvrière, dont l’enjeu est la construction en Allemagne, et dans le monde, d’un parti révolutionnaire bien décidé à transformer le monde. La route qui conduit à cet objectif n’est ni rectiligne, ni facile, ni même aisément discernable. Entre ‘‘gauchisme’’ et ‘‘opportunisme’’, ‘‘sectarisme’’ et ‘‘révisionnisme’’, ‘‘activisme’’ et ‘‘passivité’’, les révolutionnaires allemands auront beaucoup peiné, en vain, pour tracer leur voie vers l’avenir, pour découvrir, tant au travers de leurs propres expériences, négatives, que dans l’exemple victorieux de leurs camarades russes, les moyens d’assurer la prise du pouvoir par la classe ouvrière dans leur pays ».

Pierre BROUÉ, La révolution en Allemagne 1917-1923, 1971, p.5

On aurait pu attendre un an, pour le centenaire. On aurait pu commencer par le début, enfin par ce qui vient chronologiquement avant, la révolution russe de 1917. Mais on ne tient pas trop à ces choses bien réglées, ces commémorations mécaniques qui s’imposent à chaque anniversaire à chiffre rond. On veut parler de la révolution allemande, alors on le fait à l’occasion des 98 ans et 10 mois de son commencement.

On pourrait dire de nous que nous sommes une sorte de génération perdue, arrivée alors que la défaite du mouvement révolutionnaire paraît insurmontable. Nous sommes arrivés dans ce monde alors que l’imaginaire même d’une révolution émancipatrice mettant à bas le pouvoir semblait rangé dans les archives du XXe siècle. Une époque où même les mots du combat révolutionnaire sont tellement meurtris qu’il nous paraît difficile de les réutiliser. Pourtant, ce que l’on appelait autrefois la « Question Révolutionnaire » n’a pas perdu de son actualité.

Alors que le sentiment d’asphyxie des espoirs d’émancipation se fait de plus en plus pressant, il nous paraît crucial de revenir sur ces quelques expériences de révolution qui ont allumé au cours du XXe siècle des lueurs d’espoir aussi éphémères que salutaires. Un historien allemand, Dan Diner écrivait « La conscience de l’époque est forgée par une mémoire marquée du sceau des cataclysmes du siècle […] Pour ceux qui n’ont pas choisi le désenchantement résigné ou la réconciliation avec l’ordre dominant, le malaise est inévitable. C’est probablement sous le signe d’un tel malaise que se place aujourd’hui l’historiographie critique. Il faut essayer de le rendre fructueux ». Pour nous ce malaise se ressent en ce sens que, même si nous ne nous réclamons pas les enfants du mouvement ouvrier et que nous affirmons que la gauche est morte, il nous faut revenir sur l’héritage des aspirations révolutionnaires du XXe siècle, que nous portons en nous, bon gré mal gré. Nous devons revenir sur ces mythes, avec le double regard de l’historien critique et celui du révolutionnaire qui cherche dans le passé une inspiration pour les combats présents, selon une approche inspirée par ce qu’Enzo Traverso proposait : « Pour historiciser la révolution, il faut sortir des mythes. Mais il ne suffit pas non plus de les évacuer. Il faudrait plutôt les étudier, les analyser et les expliquer, car ils peuvent aussi se charger d’une force extraordinaire ». Enfin, pour « larguer les amarres » et en finir avec « la rivalité entre les révolutionnaires et la gauche », nous avons donc besoin de comprendre les raisons de la défaite ouvrière, d’en tirer des enseignements pour aujourd’hui, de saisir les lignes de force de ces moments où le monde est sur le point de se renverser et d’en retrouver le souffle pour sortir de l’isolement et la sensation d’égarement qui nous pèse.

La révolution allemande de 1918 à 1923 figure au sein de ce panthéon restreint des révolutions dont nous tirons un héritage constitutif de notre pensée. Elle fait partie de ces quelques moments où la possibilité de pouvoir reprendre en main soi-même son existence en dehors du règne de l’économie et du pouvoir constitué était devenu tangible. Inclassable selon cette différenciation bancale entre révolutions spontanées (dont l’archétype est la révolution française) et les révolutions préparées qui s’apparentent très fortement à des coups d’état (révolution d’octobre 1917 par exemple), elle vient donner un nouveau souffle à la question des formes de la révolution sociale à travers l’organisation en conseils d’ouvriers, de soldats, de paysans ou de marins et celle de l’armée rouge des chômeurs, formes qui laissent imaginer autre chose que le modèle du parti centralisé et hiérarchisé d’inspiration bolchevique. Mais peut-être plus encore, cette tentative révolutionnaire est une de ces bifurcations clés qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Le moment où la révolution commencée en Russie en 1917 aurait pu s’étendre à l’Europe entière, abolir les classes et donner au communisme un autre visage que celui de la tyrannie stalinienne. Daniel Bensaïd, dans un entretien sur l’URSS rappelle parfaitement cette importance de la révolution allemande dans la détermination de la direction que le mouvement révolutionnaire prit après 1917 : « après les journées de juillet, quand on regarde ce qu’était la situation en 1917, finalement on n’imagine pas une solution du genre démocratie tranquille à l’anglaise entre gens bien élevés. Mais c’était ou la révolution ou la contre-révolution. L’idée c’était ‘‘on peut tenir, notamment s’il y a un relais de la révolution’’, notamment en Allemagne. Et la crise révolutionnaire en Europe a lieu, si on regarde les conseils ouvriers en Italie entre 1918 et 1920, les conseils ouvriers de Bavière, la révolution hongroise… Cette opportunité a existé en gros dans la séquence 1918-1923, jusqu’à l’échec de l’insurrection de Hambourg et la fin de la vague révolutionnaire en Allemagne. D’où une des clés finalement qui n’est pas en Union Soviétique, elle est dans l’examen critique de la révolution allemande elle-même, de ce qu’ont été ses possibles à tel moment etc ».

Comme beaucoup d’autres avant nous, et notamment au sein des courants dits « d’ultragauche » ou la relecture critique de la révolution allemande est une discipline imposée, c’est à cet exercice que nous nous sommes livrés. Nous souhaiterions aujourd’hui en partager les résultats partiels au cours de 2 séances

Vendredi 29 septembre , 18h :
Séance introductive : Finir la guerre, prendre les armes

Samedi 30 septembre 14h :
1 - 1918-1919 : SPARTAKISTES DANS LES RUES DE BERLIN
2 – 1920-1921 : L’ALLEMAGNE S’EMBRASE
3 - La Révolution en cavale : autour de Max Holz
Conclusion et discussion

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