Contre la Révolution des Hommes-machines

Adresse à toustes celleux qui veulent aimer la lutte

L’époque est triste.
Un fin voile gris couvre nos relations, nos mondes et nos futurs.
De l’anxiété généralisée à la pollution de l’air, l’atmosphère est au renfermement.
Et le coronavirus vient couronner le tout.
Repli sur soi, repli sur sa famille, repli sur son pays. Repli écologique même diront les cons.
Enfermé le temps s’allonge, on y peut alors voyager.
Mais quel voyage !
Celui du naufrage d’une vie ? D’un amour ? D’un rêve ? De tous les rêves ?
A nombre d’entre-nous le monde capitaliste n’offre qu’échec après échec,
Souffrances après souffrances.
D’habitude la dure répression de nos luttes fait baisser les yeux.
On n’a même plus le temps de s’intéresser au futur tant le présent se fait pressant.
Sauf,
En ce moment de flottement.
Le présent s’étire, le passé revient et le futur se fait attendre. Désirer.
...
Alors, dans le vide, la Machine se révèle.
Celle qui toujours nous pousse, nous donne la force, l’efficacité.
Celle qui porte le drapeau rouge de la Révolution.
Qui le hisse au sommet quand plus aucun corps humain n’a la force d’y grimper.
Et le fait voler au vent.
...
Mais le présent s’étire, et le cadre se distord.
Le sommet n’est pas celui qu’on croyait.
Il est une pile de corps, ceux des camarades.
Piétiné.es par la Machine.
Agressé.es, humilié.es, harcelé.es, moqué.es, dénigré.es, suicidé.es.
Car l’usine militante ne fabrique pas la Révolution sans y sacrifier de la matière première.
De la matière humaine.
De l’amour.
Et l’Homme-machine ne monte pas seul son drapeau en haut.
Il y est porté par tous ces bras invisibles qui l’ont confondu avec l’idéal qu’il leur a vendu.
Et lui, fier d’avoir tant lutté, l’a oublié. Les a oublié.
Alors il parle, en agitant le drapeau, en agitant les bras, en agitant les mains.
Il communique même, on pourrait le téléviser tellement il est convainquant.
La foule qui le voit sur son sommet n’a pas réalisé la nature du sommet.
Toustes sont très impressionné.es, « le monde va changer de base ».

Mais le présent s’étire, le cadre se distord et la scène paraît de moins en moins désirable.
Et l’homme du présent découvre avec horreur la Machine du futur.
Et la Machine du futur révèle la Machine du présent, et du passé.
Elle est là, elle a toujours été là.
Sous les chairs, sous les muscles, elle s’est mélangée aux os.
Elle enserre le cœur dans une armure d’acier.
Et tous les malheurs du monde peuvent glisser dessus.
Et les pleurs et les peurs, et l’amour et l’empathie, rien ne passe sous la carapace.
Mais l’armure d’acier est aussi une cage grise.
Et le voile gris du monde ne cherche même pas à pénétrer dedans.
Car il y est depuis le début, depuis la naissance et le genre,
Il est au cœur de l’Homme-machine.
Et le cœur s’y noie.
...
Chairs amies,
Vous qui ne lui importez pas plus que la force des bras que vous aurez à sacrifier sur son édifice,
Regardez-le, regardez-le bien.
Du plus haut sommet le plus beau drapeau les plus belles paroles vous appellent.
Refuser sa Révolution, c’est retourner à une vie de souffrances sans fin.
Y aller, c’est venir voir et vaincre, mais vaincre les autres plus que vaincre le système, ou tomber.
Mais alors quel choix pour construire le monde de demain ?
Détruire le Monde-machine, oui,
Extraire et redistribuer pièce par pièce chaque engrenage.
Jusqu’à l’essence même du capital.
Et dans le vide ainsi obtenu,
Planter des graines de vie.
Mais aussi, et surtout,
Détruire l’Homme-machine.
Extraire et redistribuer pièce par pièce chaque engrenage.
Jusqu’à l’essence même du genre.
Et dans le vide ainsi obtenu,
Planter des graines d’amour.
Car ni l’Homme ni la Machine n’est à garder.
Il est même probable que les deux ne soient pas dissociables.
...
Contre le pouvoir des hommes, contre le pouvoir des machines,
Contre leur monopole révolutionnaire,
Remplaçons ce sommet où tous cherchent à monter par un grand trou.
Que chacun de ces ambitieux y tombe tour à tour.
Et qu’alors, au fond, encerclé de toute part par les rêveureuses piétiné.es,
Sous les chaudes étreintes de nos corps en souffrance mais pourtant plein d’amour,
L’Homme-machine ne puisse échapper à sa délivrance.
Le communisme c’est maintenant on n’attend plus l’grand soir,
Aujourd’hui c’est tout son pouvoir, tout son être qu’on auto-réduit.
Que chacun.e s’empare d’un rouage, fasse sien un savoir.
Que la concentration technique de l’Homme-machine se dissolve dans la force du collectif.
Qu’il n’y ait plus de sommet ni de trou, mais bien un grand cercle,
Où toustes côte à côte affectueusement se sourient.

Quant à la dépouille de celui qui agitait si bien le drapeau, qui agitait si bien les mots,
Et qui grimpait sur nos corps en portant la Révolution sur son dos,
Son sort ne dépendra que du cœur prisonnier de ses rouages.
Qu’il accepte la libération de notre luddiste pillage, nous lui donnerons toute notre camaraderie.
Qu’il se débatte et résiste, cachant sous de fausses nécessités techniques son goût du pouvoir,
C’est en fumée qu’il partira car nous danserons autour de son feu de joie.
...
Hommes-machines, vous voila prévenus,
Qu’aucune de vos mains avides ne s’avise de garder le drapeau de la Révolution,
Qu’aucun de vos discours si pleins de raison et si vides d’amour ne vienne couvrir nos cris.
Qu’aucun de vos gestes mécaniques ne reproduise sur nous les prédations que vous prétendez combattre.
Si vous ne pouvez cesser d’être des hommes, cessez au moins d’être des machines.
Oui, démontez la Machine et émasculez l’Homme, acceptez le poids du genre passé sans en faire objet de fierté.
Oubliez votre virilité, abandonnez vos conquêtes, goûtez la compassion, le soleil, le pain et le temps de vivre,
Car sans vie sincère, il n‘y a pas de collectif solide, il n’y a pas de lutte heureuse, ni même victorieuse.
Aidez-nous, aidez-vous, les rêves sont plus beaux dans des fleurs que dans des flaques de sang,
L’amour se sent mieux dans l’étreinte d’un.e camarade que dans le plus illustre texte d’appel,
La Révolution doit du prolétariat être la farandole, ou n’être pas.
...
Sinon,
Parce que nous croyons au collectif, au collective,
Nous ne vous laisserons plus courir seul devant, grimper seul en haut, vous battre à notre place.
Pour changer la vie, des têtes doivent tomber, les dominé.es doivent retrouver leur force,
Vous nous l’avez tant répété que maintenant il n’est plus temps de l’oublier.
Et ce qui doit être fait sera fait ensemble.
Que vous le vouliez ou non, nous nous battrons côte à côte.
Oh oui vous qui espérez grimper, un à un nous vous ferons tomber,
Notre Révolution n’a de place que pour toustes.
Partagez-nous les rouages qui vous enserrent, laissez-nous les voler,
Ou sans tarder fuyez notre horde adelphe, fuyez notre amoureuse anarchie.
Car à la violence de la raison nous préférons la violence du cœur,
Et notre cœur est gros comme le monde.

"Si je ne peux pas danser alors ce n’est pas ma Révolution"
Emma Goldman


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