« Gros, c’est la puissance, rien que la puissance »

1 complément

Nous y sommes, 12 septembre 2017. Des milliers de personnes se retrouvent dans les rues de Rennes/Roazhon à l’appel du mouvement social. Partout dans l’Etat français, des cortèges de taille conséquente. Ici ou là, déjà quelques moments tendus dans les manifestations mais globalement, un mouvement qui a su se situer dans le temps. Cette manifestation n’est que la première conséquente depuis la fin du mouvement social de 2016 contre la loi « travaille ! ».

C’est en échangeant avec quelqu’un.e.s après la manifestation qu’émerge l’idée d’un texte. Une envie de poser quelques idées, attentes, stratégies et analyses pour les semaines à venir. Celui-ci se veut une adresse aux personnes qui fréquentent les cortèges de tête et à celles et ceux qui l’animent.


Aze emaomp. D’an 12 a viz Gwengolo 2017. Miliadoù a dud en em gav e ruioù Roazhon da heul galv an emsav sokial. Ambrougadegoù a benn partout er stad gall. Paneve un nebeut a brantadoù stegn e manifestadegoù zo amañ pe a-hont e c’helljemp lavarout eo deuet da benn an emsav da lec’hiañ ar prantad-se er red-amzer. Ar manifestadeg-se n’eo nemet an hini kentañ bras abaoe fin an emsav sokial diwezhañ a enep al lezenn « labour ! ».

An destenn-se a zo bet soñjet a drugarez da gaozioù gant tud zo dre ober ur bilañs dac’h/deus ar vanifestadeg. Ganeomp ez eus ur c’hoant skrivañ ezhommoù, ideoù, soñjoù, strategiezhoù pe prederiadennoù evit ar sizhunioù a zeu. An destenn-se a zo ur c’homz dac’h/ouzh ar re a ya e penn an dibunadeg hag ar re a lak buhez enno.

Quelques considérations
pour que notre automne
soit aussi déter que la rentrée

[texte bilingue breton-français/version en breton au bas de l’article]


« La puissance, que la puissance. J’ai pas connu la défaite depuis mon existence »


Nous sommes plusieurs générations à se côtoyer dans ce cortège de tête, principalement politisé.e.s dans un espace temps qui s’étale du début des années 2000 jusqu’à la dernière loi « travaille ». Certain.e.s d’entre nous ont connus des mouvements qui se sont terminés sur un cri de victoire de la part de leurs leaders médiatiques (CPE/Loi égalité des chances-2006). D’autres n’ont connus que des « défaites » selon les standards habituels des organisations de gauche. Un grand nombre d’entre nous ne veut plus rentrer dans ces catégories, et s’extraire de se rapport démotivant à la politique. En ligne de mire, que nous ayons l’impression de la puissance, que la puissance, que nous puissions déclamer qu’on a pas connu la défaite depuis notre existence.

« Ça revient plus fort, j’suis toujours le même »

Alors face à ce constat se répand l’envie de s’affirmer comme une force en gestation, en période de construction, qui se bonifierait avec les années. Une force qui saurait s’affranchir de l’agenda de l’ennemi, ou du moins, qui tenterait d’en sortir au maximum. Ne soyons pas dupe, nos irruptions collent avec les attaques du camp adverse. Nous n’avons pu mener d’offensive conséquente entre les deux principales attaques sur le code du travail Et pourtant, cette date du 12 septembre est déjà en décalage avec le non-calendrier parlementaire de cette attaque en règle du Capital. Allons plus loin dans l’idée, et sachons proclamer que ces événements politiques que sont la grève, les manifestations, les blocages,etc ne sont que la prolongation de notre force commune, construite au gré des années. Que l’on puisse enfin dire que ça revient plus fort, qu’on est toujours les mêmes.

« Pour qu’j’arrête, faut qu’on m’tranche les cordes vocales »

Dans le même ordre d’idée, fixons nous des horizons communs et développons une stratégie à même de nous renforcer. Demander le retrait des ordonnances est un minimum syndical, et c’est bien là sa principale faiblesse. Nous ne sommes pas un syndicat, et nous n’avons pas vocation à nous restreindre au minimum. Des objectifs plus flous, mais aussi finalement plus stimulants et atteignables sont possibles. Que cette séquence politique qui se profile soit l’occasion que nous soyons rejoint. Que nous soyons rejoint grâce à nos initiatives et actes à même de prouver que nos désirs politiques sont souhaitables et pour partie réalisables. Que nos valeurs, idées ou encore horizons communs affichés ne sont pas seulement des positions séduisantes mais des réalités expérimentables. Que nous puissions propager nos analyses. Que notre force se renforce. Que des liens nouveaux se tissent. Et que nous puissions affirmer que Pour qu’j’arrête, faut qu’on m’tranche les cordes vocales !

« j’arrive, 2017, on reprend les hostilités »

De manière concrète, cela passe par un questionnement sur nos formes de lutte, sur ce qu’on propose à celles et ceux tenté.e.s de nous rejoindre. Que serait une force révolutionnaire qui ne serait à même d’accueillir en son sein que des amoureuses et amoureux de moments conflictuels de haute intensité ? Qu’est-ce qu’une force révolutionnaire incapable de penser son dépassement ? Une force qui ne pense pas aux émotions ressenties par tout un chacun lors de moments collectifs ? Ce qui s’esquisse en réponse à ces questionnements, c’est le souhait d’une force qui soit la plus inclusive possible dans sa forme. Une force à même de dégager une ambiance joviale par son intervention (artifices, couleurs, musique, humour, bienveillance, protections,...). Une force proposant un cadre propice à la rencontre par le biais de bouffes collectives par exemple. Une force aux cortèges rassurant par la qualité de son auto-défense. Une force qui sait reprendre les hostilités tout en analysant la pertinence de ses modes d’actions. Une force qui ne s’enferme pas dans une caricature d’elle-même. Une force sûre d’elle-même en somme, capable de déjouer les pronostics et de choisir ses propres moments. C’est ainsi que notre cortège de tête du 12 septembre rennais a été coloré et joyeux par ses banderoles, ses habits, sa cantine ou encore sa musique, en même temps que notre cortège était prêt à faire face à l’ennemi tout en ne lui laissant aucune excuse justifiable pour gâcher notre rentrée. En somme, nous avons su déployer une intelligence collective entre les acteurs et actrices du cortège de tête. A celles et ceux qui en doutais, nous pourrons ainsi leur répondre j’arrive, 2017, on reprend les hostilités !

Le chemin est long, on compte plus d’ennemis que d’alliés

Chaque période d’intensité politique nous coûte toujours plus ou moins. À notre échelle locale, nous avons un certain nombre de compagnon.ne.s empêché.e.s par la répression. Depuis deux ans et l’État d’urgence au moins, « ils ont voulu [nous] boycotte sans y arriver ». Aujourd’hui, on ressurgit avec encore plus d’expériences, d’avantages de connaissances sur la justice et ses rouages, d’avantages d’expertises sur ce qui nous soigne et nous protège, d’avantages d’amitiés, de partages et de liens aussi. 2017 n’est ni un début, ni une fin, le simple prolongement de notre offensive politique commune pour tenter de faire face à nos ennemis et propager notre révolte. « Le chemin est long, on compte plus d’ennemis que d’alliés », mais à la fin il ne restera que la puissance, « Gros, c’est la puissance, rien que la puissance, respecte le protocole, gros y’a pas d’secret ». PAW PAW

Un.e du cortège de tête dans sa version bretonne

Un nebeut sonjoù
evit ma vije ken mennet hon diskar-amzer
hag an distro 
 !


« La puissance, que la puissance. J’ai pas connu la défaite depuis mon existence »


Meur a rummad zo oc’h en em gavout e penn an dibunadeg, politikaet en ur mare a ya etre penn-kentañ ar bloavezhioù 2000 hag al lezenn « labour ! » diwezhañ apeupre. Lod ac’hanomp a anavez emsavadegoù a oa aet ar maout ganto hervez pennoù bras mediaioù an emsavadegoù-se (CPE-2006). Lod all n’hor boa anavezet nemet emsavadegoù disc’hraet hervez standardoù aozadurioù an tu kleiz. An darn vrasañ dac’h ouzhomp ne fell ket dezhañ mont gant ar c’hategorioù-se ken ha tremen hebiou evit non pas bezañ dilusket gant ar politik. En aplit, klask santout eo ar galloud ganeomp, ar puisañs nemetañ, evit ma c’hellimp distagañ n’eo ket bet anavezet an drouklamm ganeomp abaoe penn-kentañ hon buhez.

« Ça revient plus fort, j’suis toujours le même »

Fas ar c’hoñstad-se e teu ar c’hoant lakaat war wel omp un nerzh war greñvaat hag a vije gwelloc’h-gwellañ a drugarez d’ar bloavezhioù. Un nerzh a vije gouest tremen hebiou deiziataer hon enebourien, pe d’an nebeutañ, un nerzh a glaskje mont kuit dac’h/deus an dra-se ar muiañ. Arabat lonkañ soñjoù alato ! Pa’z erruomp e teu tagadennoù ar c’hamp enebet er memes koulz ivez. Etre an div dagadenn a-enep ar c’hod labour n’oamp ket deuet da benn d’aozañ argadegoù a-benn. Ha koulskoude e c’hellomp notenniñ eo d’an 12 a viz Gwengolo dilec’h e-kenver an non-deiziataer parlamant a ya gant tagadennoù ar C’Hapital. Deomp pelloc’h war an tachenn-se ! Distagomp eo an harz-labour, ar manifestadegoù, an harpoù hag all hag all un doare da astenn hon nerzh boutin, savet a drugarez d’ar bloavezhioù. Evit ma c’hellomp lavarout e teu kreñvoc’h en dro, hag ar memes re.

« Pour qu’j’arrête, faut qu’on m’tranche les cordes vocales »

Hag er memes koulz ne vije ket fall tapout palioù boutin hag ur strategiezh evit m’en em greñvimp. Goulenn digant ar stad ma vije tennet kuit an ordrenañsoù a zo an nebeutañ sindikal. Aze emañ an dalc’h justamant ! Ni n’omp ket ur sindikad hag hon palioù deomp-ni n’eo ket moaniañ alato ! Palioù ledanoc’h met palioù broudusoc’h hag aesoc’h da dapout a zo ! Klaskomp e teu ar mare politik-se da vezañ ur prantad evit ma teuje tud nevez ganeomp. Klaskomp kejañ gant tud nevez a drugarez d’an intrudu e kinnigomp evit ma vije hor c’hoant politik hetapl ha brav da sevel. Hon ideoù, soñjoù ha palioù boutin a zo dedennus met estreget dedennus int ! Kement ha ma c’hellimp brudañ hon ideoù ! Kement ha ma kreñva hon nerzh ! Kement ha ma savimp liammoù nevez ! Kement ha ma c’hellimp lavarout evit ma chomin a sav e rankeer troc’hañ va c’herdin !

« j’arrive, 2017, on reprend les hostilités »

Evit ma vije disachet tud gant hon nerzh e rankomp en em c’houlenn diwar-benn hon doare da stourm. Petra a vije un nerzh dispac’hel ne zisachje nemet karantezigoù mareoù puilh ar bec’h ? Petra e vije un nerzh dispac’hel dikapabl soñjal en em dremen hebioù ? Un nerzh ne sant ket ar fromoù a dremen dre gorf ar re a gemer perzh er mareoù a-stroll ? Dre ar goulennoù-se e teu ar c’hoant sevel un nerzh a zo da burchu posubl en e zoareoù. Un nerzh a zigas un aergelc’h bourrus dre ober (artifisoù, livioù, sonerezh, farsadennoù, benivolañs, diwallerezhioù hag all hag all). Un nerzh a ginnig ur framm mat evit en em gavout dre zebriñ asambles da skouer. Un nerh a sav dibunadegoù dinec’hus a drugarez d’en emzifenn. Un nerzh a oar penaos krog en dro gant e argadennoù en ur em em soñjal war e vod d’ober. Un nerzh n’eo ket ur bentadenn e-unan. Un nerzh leun a hardizhañs kad da dremen hebioù ha choaz e brantadoù e-unan. Setu perak e oa d’an 12 a viz Gwengolo hon dibunadeg e Roazhon ken livet ha lusket gant e vanderolennoù, e wiskamantoù, e gantin pe e vusik ha ken gouest respont d’an enebourien ma vije tantet ober pri gant hon distro ! Da lavaret eo hor boa displeget ur spered a-stroll etre aktourien penn an dibunadeg. Ha ma vije ket kredet ganeoc’h e c’hellimp respont dezho e erruomp, 2017, an argadennoù e adtapomp !

Le chemin est long, on compte plus d’ennemis que d’alliés

Bep a vare politik puilh e koust muioc’h pe mui. Amañ hon eus un nebeut kompagnuned ampechet abalamour ar grougadeg. Abaoe daou vloaz ha Stad ar zifrae e fell dezho boikotiñ ac’hanomp hep dont a benn. Hiriv e teuomp en dro gant muioc’h a skiantoù war ar justis hag e amerdamanchoù, muioc’h a skiant-prenet war dibarañ ha diwall, muioc’h a vignoniezh, liammoù hag a bartajoù ivez. N’eo ket an deroù, nag ar fin 2017 met kentoc’h heuliadenn hon argadeg politik boutin evit ma c’helljemp retañ fas dac’h hon enebourien ha ledanañ an dispac’h. Hir eo an hent ha muioc’h a enebourien a zo e-kenver ar gevreded met er fin tout ne chomo nemet ar galloudegezh, paotr ‘ta, ar galloudegezh eo, ar galloudegezh nemeken a zouj dac’h ar reizhoù paotrig ‘ta, n’eus ket a sekred !

. PAW PAW

Un dac’h penn an dibunadeg en e vod brezhon

P.-S.

La playlist de la manif a fait effet, MHD dans les enceintes ca le fait !

N’eo ket bet troet an istitloù, ken kas ma vije ket gwelet al liamm etre an titloù ha MHD.

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  • Le 14 septembre 2017 à 14:10, par bézèdach

    Hopala ! War a seblant ez eus brezhonegerien ba’ penn an dibunadeg :) Trugarez vras evit an troidigezh.

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