Récit et questionnement sur la manifestation des gilets jaunes à Rennes

1 complément

Je suis allé à la manifestation en centre ville à 11h au départ de république, on se déplace très vite devant la mairie où nous attendons d’autres groupes de gilets jaunes, en retard car ils reviennent d’autres actions plus tôt dans la matinée. Première réaction, pour nous habitué.e.s des mouvements sociaux « classique » : ce n’est pas du tout la population habituelle, nous n’avons pas nos marques. On sent une détermination, un ras-le-bol général. Un mouvement de certain.e.s gilets jaunes vers l’entrée de la mairie va pousser les quelques forces de l’ordres présentes à la faire évacuer et fermer les portes. On immortalise le moment en photo !

C’est partit, on redescend à République avec beaucoup de « Macron Démission » et de « Les Rennais avec nous » ! Avec quelques camarades on se reconnaît, des habitué.e.s des luttes, on se demande ou en est le mouvement, on décide de tester des slogans : « Rennes ! Debout ! Soulève toi ! », ça passe ! On comprend vite qu’on va rejoindre les camarades syndicalistes rassemblé.e.s devant la préfecture, on se dit que là-bas il faudra faire du lien, ce sera peut-être aussi l’occasion de lancer des slogans anticapitalistes, on aura plus d’écho ! En attendant, dans la rue beaucoup de soutient, des klaxons, des vitres qui s’ouvrent, des applaudissements, on lance des « Ne nous regardez pas rejoignez nous ! ». On arrive à la préfecture « Tous ensemble Tous Ensemble Eh eh », les discussions commencent entre les leaders des syndicats et la tête du cortège des Gilets Jaunes. Les syndicalistes assurent : « on est avec vous » une petite partie des gilets jaunes ne veulent pas des syndicats et partis politiques et le font savoir. Le reste du cortège scande « Tous ensemble Tous ensemble » et ce sera la réponse de la majorité du cortège a chaque fois que des tensions se feront sentir entre gilets jaunes et syndicalistes. La CGT commence ses discours .. les gilets n’attendent pas on repart en manifestation dans le centre ville « Et le centre ville il est a qui ? Il est à nous ». Les leaders de la CGT après quelques secondes d’étonnement emboîtent le pas après que toute la base ait suivi les gilets jaunes. Moins de paroles, plus d’action ?

On retourne place de la mairie où l’on fait une haie d’honneur aux gens qui passent :un gilet jaune et un leader de la CGT qui marchent ensemble sont applaudis ! C’EST BEAU !

On redescend vers République on commence à lancer des « de l’argent il y en a dans les poches du patronat » repris par une partie du cortège mais le « Ah anti anticapitaliste » est trop précoce. A l’approche du centre commercial Colombia « De l’argent il y en a dans les caisses du colombia » mais l’idée ne saisi pas le cortège de rentrer y faire un tour. On file direction l’hôtel de police où on croit que les gendarmes nous attendent mais pas du tout, ils étaient juste là par hasard, des sourires sont échangés. Moment bizarre, comme une impression de ne pas être si dérangeant que cela ..

On fait demi tour : direction la gare. Au milieu du parcours la tête de cortège s’arrête, il a apparemment été décidé par une minorité que les gilets rouges avaient le droit de continuer que s’ils mettaient un gilet jaune ! Incompréhension du reste du cortège qui scande « tous ensemble tous ensemble » on repart direction la gare où l’on ne s’arrête pas, on file voir les camarades qui bloquent le centre des finances. Applaudissements puis slogans anti-syndicalistes encore une fois par une minorité à laquelle le reste du cortège répond encore une fois « tous ensemble tous ensemble ». Ensuite une dame prend la parole pour dire qu’elle est syndicaliste et que ça fait 2 semaines qu’elle bloque ! Je comprends dans les échanges que ce qui dérange une minorité n’est pas le fait d’avoir des syndicalistes mais le fait de l’afficher, la peur de la recupération. Une marseillaise est lancée, on décide que c’est le bon moment pour s’éclipser et reprendre des forces pour le deuxième rendez vous des gilets jaunes à 14h !

Nous voila de retour place de la mairie où de nouvelles têtes font leur apparition par rapport à la manifestation du matin ! Cette fois-ci on part en direction de Saint-Anne, le centre ville est a nous, mais que faire ? Nous marchons bien trop tranquillement à mon goût, comme le matin nous sommes massivement applaudis et soutenus par les passants. Je tiens d’ailleurs à faire passer un message, d’après un travailleur de la ville de Rennes (qui travaille en gilet jaune alors forcément ça crée des liens) son chef « c’est un con » et je ne suis pas trop étonné. On l’a cherché mais malheureusement on ne l’a pas trouvé !

Après quelques temps dans le centre ville on se pose devant le parlement de Bretagne, après un moment de flottement et une marseillaise peu suivie, on file direction la Visitation où on scande « Macron démission ! Stop a la consommation », certaines boutiques se ferment, mais relativement peu ! Ce qui renforce mon impression que cette manifestation n’est que peu dérangeante. On file ensuite direction le colombia en passant par la caserne où les pompiers sont applaudis et appelés à nous rejoindre. Nous passons aussi par le centre des finances toujours bloqué par d’autres gilets jaunes. Arrivé à Colombier on est applaudi par pas mal de personnes. On passe le marché de Noël et au moment d’arriver dans le Colombia les portes se ferment devant nous, on investi donc l’étage, la sécurité décide finalement de nous laisser passer et on rentre au slogan de « on est pas des casseurs » auxquels on essaye de répondre « c’est nous les casseurs vous voyez qu’on fait pas peur » mais le slogan n’est pas repris ! Une partie des commerces sont fermés, on fait le tour et on sort. Encore une fois cette impression que l’on gêne que très peu. La foule scande aussi « Soutient à Paris » assez fréquemment alors que l’ambiance de Rennes est calme et loin d’être insurrectionnelle comme dans la capitale. On retourne ensuite à République où le chant des partisans est chanté par quelques personnes puis à la mairie. Je décide de quitter le cortège ne voyant pas d’autres perspectives inintéressantes à cette manifestation.

Bilan et réflexion de cette journée de manifestation :

- Les gens sont déterminés.e.s, on sent le ras le bol général.

- Il est urgent d’avoir des objectifs commun. 5 h de manifestation dans le centre ville sans présence policière, on aurait pu (dû ?) ouvrir des perspectives intéressantes : occupation de lieux, blocage de centre commercial, assemblée populaire pour réfléchir aux actions... On était plusieurs centaines sans présence policière, on aurait pu occuper, bloquer à peu près tout ce qu’on voulait. Pour combien de temps, je ne sais pas mais il faut le tenter ! Dans ce cortège il y a de la place pour pleins d’initiatives alors organisons nous pour apporter nos idées !

- On sent aussi un flottement autour des idées que défendent les gilets jaunes rennais Il y avait clairement un petit groupe antisyndicaliste qui a l’air très actif sur les blocages, antisyndicalisme d’extrême droite ? Je ne peux pas l’affirmer mais l’important c’est qu’il y avait une large majorité du cortège qui n’était clairement pas d’accord avec cela, elle était plutôt proche d’idées progressistes ou non politisé !

- Attention aux divisions, que ça soit entre syndicalistes et non syndiqué.e.s ou entre « violents-tes » et « non violents-tes ». Il y a clairement une volonté de rester pacifique, de ne pas déranger. Pourtant je ne pense pas être le seul à avoir eu cette impression d’être dans une manifestation passive . Combien de temps avant que les gilets jaunes en aient aussi ras-le-bol des manifestations passive ? Il faudrait aussi veiller à ce que les différentes formes d’actions ne divisent pas le mouvement.

- A l’heure où on entendait dans le cortège des « la police avec nous » je n’ai pas osé scander (et c’est surement une erreur) « Babacar on oublie pas, on pardonne pas » le cœur y était. N’étant pas présent à l’hommage je tiens a affirmer ma solidarité avec la famille, les amis.es, l’entourage de Babacar. En espérant que les liens que nous tissons entre les différentes luttes nous amèneront à la victoire pour Babacar, pour les Gilets Jaunes et pour tous-tes les autres.

un gilet jaune ..

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par une administratrice du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Le 3 décembre 2018 à 11:50, par Zazaz

    Je vous tire mon chapeau d’être venus en gilet jaune, je n’ai pas été jusque là.
    C’est vrai que c’était vraiment étrange ce centre ville sans un flic, on aurait pu aller partout, occuper n’importe quel bâtiment public, mais on a juste réussi à crier « Rennes ! Debout ! Soulève toi ! ».
    On va dire qu’on a été hyper sages et que c’est bien comme ça, Paname a assuré.
    En repartant, je suis passée par la rue de Fougères et j’ai été rassurée, les cars de CRS étaient présents autour du rassemblement pour Babacar. Cinq, six fourgons, peut-être plus, pour 200 personnes tandis que nous étions autant en centre ville.
    Un peu plus tard, au rond-point QG des Longchamps, je demandais à un gilet jaune ce qu’il pensait de cette différence de traitement :
    - C’est quoi ? Y’a quoi avec Blablacar ?
    - Non, Babacar, c’est un type qui est mort sous les coups des flics à Maurepas y’a 3 ans aujourd’hui.
    - Jamais entendu parler.

Derniers articles de la thématique « Mouvements sociaux » :

Reconnaissance du délit politique

Jeudi 7 mars s’est tenue à St Malo un procès contre un Gilet Jaune avec le chef d’inculpation tant aimé par la police pour une « participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser par une personne dissimulant son visage afin de ne pas être identifié....

> Tous les articles "Mouvements sociaux"

Publiez !

Comment publier sur expansive.info?

expansive.info n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site, voyez ici pour plus de détails !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail expansive [at] mediaslibres.org