Les renseignements s’affolent... Refusons le "retour à la normale" #3

Rennes
Dynamiques collectives Politiques sécuritaires - Surveillance

En réponse à l’article "Confinement : pourquoi le « jour d’après » inquiète les services de renseignement" publié dans Le Parisien du 11 avril 2020

Et bien quelle surprise ! voilà notre initiative rennaise citée par Le Parisien et relayée par d’autres médias nationaux (Le Point, BFM, LCI...). Quelle pub ! Nous espérions que notre appel à rassemblement aurait donné envie à des gens de se retrouver localement à la sortie du confinement, et, pourquoi pas, qu’il se diffuse dans d’autres villes, mais nous n’aurions jamais pensé avoir un tel succès ! Après la parution de l’article, notre page FB a fait un bond en terme d’abonné·e·s (nous sommes passés en un peu plus de 24h de 200 à plus de 2200 abonné.e.s) et des appels à manifestation commencent à fleurir dans d’autres villes (à Dunkerque notamment) et même dans d’autres pays (en Italie et au Royaume-Uni). Bon, on l’avoue, le fait que les services de renseignement nous surveillent, c’est un peu exagéré quand même. Quant au mélange fourre-tout et à la louche consistant à nous comparer à des "groupes haineux d’extrême droite", bien tenté mais ça ne prend pas (rire) ! Il va sans dire que nous interprétons également ce message comme une manière de déconsidérer la capacité d’analyse et de réflexion de la population face à ce qui se met en place.

Cette manoeuvre, avec ses grosses ficelles, déjà utilisée par le passé, a en réalité un objectif précis : nous intimider, nous caricaturer et nous criminaliser afin de nous stopper. A travers cet article, on cherche à nous faire passer pour un petit groupe tapi dans l’ombre, les yeux gorgés de sang, la bave à la commissure des lèvres, prêt à surgir et qui souhaiterait voir la société plonger dans le chaos. Cette stratégie de communication "choc" est peu subtilement menée par des médias conventionnels et majoritaires qui se passent le relai sans prendre soin de se renseigner ou d’analyser davantage leurs informations. Leur but est de nous isoler les uns des autres alors ne tombons pas dans ce piège grossier. Des initiatives comme celle de Rennes, il en existe déjà partout ailleurs : groupes militants, pages Facebook, AG locales, syndicalistes, médias indépendants... Nous sommes cette part grandissante de la population qui se révolte : nous ne tolérons pas que le monde qui nous a conduit à ce désastre reparte de plus belle à la sortie du confinement. Les dernières déclarations de Bercy ainsi que de l’insassiable MEDEF (qui invite d’ores et déjà à travailler plus, à supprimer des jours fériés et des RTT) dessinent déjà les contours de ces "jours heureux" à venir.

Et puis, notre refus de revenir au monde d’avant ne sort pas de nulle part, c’est le prolongement logique des luttes méprisées et réprimées par le gouvernement ces dernières années et de celles en cours :

  • De celles et ceux qui se sont battu·e·s contre la casse des services publics (de santé, des retraites, de l’assurance chômage, du transport ferroviaire, de l’éducation, de l’énergie, de la poste et des télécommunications...) ;
  • De celles et ceux qui ont lutté contre la Loi Travail 1 et 2 (qui visaient à réduire les protections des salarié·e·s face à leur employeur, ainsi que la qualité de la médecine du travail) ;
  • Des Gilets Jaunes qui se sont révolté·e·s pour améliorer leurs conditions de vie, pour se réapproprier le pouvoir de décision et refuser d’être exploité·e·s ;
  • De celles qui veulent renverser la société patriarcale et ses violences sexistes ;
  • Des militant·e·s écologistes, zadistes et anti-nucléaires face à l’urgence climatique et à la destruction de la biodiversité ;
  • Des migrant·e·s et leurs allié·e·s qui se battent pour leurs droits humains fondamentaux ;
  • Des lanceur·euse·s d’alertes face à la menace des politiques sécuritaires sur nos libertés individuelles...
    Nous oublions certainement, dans cette liste, bien des luttes et bien des camarades et nous nous en excusons par avance.

Bien-sûr, il est fort tentant pour le gouvernement de se saisir de l’aubaine que présente le confinement pour gommer tous ces enjeux de société, invoquant l’illusion d’une belle unité nationnale, d’une solidarité des concitoyen·ne·s face à la crise économique et invitant au "civisme des entreprises". Il est séduisant de préparer le terrain à de "nouvelles" formes de capitalisme (capitalisme "vert, sanitaire et social"...), se réappropriant justement les terrains de luttes qui visent à le déconstruire... Mais assurément, les gouvernants doivent bien se rendre compte du fantasme que représente cette idée. L’allocution, ce lundi, de notre "cher" président nous aurait presque fait verser une petite larme... Mais nous ne sommes pas dupes.

Notre intitiative à Rennes a pour but d’analyser la situation économique et sociale collectivement, de s’organiser politiquement à distance et de se rejoindre pour une manifestation aux formes multiples à la fin du confinement, sans prendre de risques sanitaires absurdes bien sûr (on voit déjà les critiques toutes faites pointer le bout de leur nez sur l’irresponsabilité potentielle de telles propositions : détendez-vous, on n’est pas stupides). Si nous n’avons même plus le droit de faire ça, alors c’est bien que la place de l’autoritarisme est encore plus grande que nous ne le pensions. Après le droit de manifester, mis à mal par la répression policière et judiciaire, serait-ce au tour du droit de réunion d’être attaqué ? Et iront-ils jusqu’à gentiment faire "toc toc" à notre porte un jour à 6h du matin, armés et cagoulés, pour nous emmener en confinement spécial au commissariat pour 48h ? Ce scénario ridicule dévoilerait une certaine fébrilité de la part du gouvernement. Mais sait-on jamais, il s’agit là aussi d’une méthode déjà utilisée par le passé contre des milant.e.s, des syndicalistes et des gilets jaunes.

Pendant ce temps, le gouvernement, accompagné du patronat, est déjà prêt à reprendre sa course folle à la destruction et à l’exploitation. Ce sont bien eux qui, petit à petit, nous amènent vers le chaos. Et malgré leurs basses manoeuvres, nous allons continuer à nous exprimer, nous organiser et nous mettre en lien avec les autres initiatives de lutte sous toutes leurs formes, sans jouer le jeu de la dissociation. Nous allons aussi continuer à nous entraider au sein de nos immeubles, quartiers et villages pour pallier aux manquements de l’Etat et des collectivités territoriales. Car nous ne sommes pas l’"ennemi intérieur", comme ils aiment à le clamer avec l’aide des services de renseignements : nous sommes cette part grandissante de la population, révoltée et solidaire, qui ne restera pas les bras croisés face à un gouvernement qui affiche clairement sa volonté de relancer et de renforcer un système nocif pour toutes et tous.
Alors en effet, nous le répétons : refusons le "retour à la normale" !!!

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