Un autre regard sur les conflits à la ZAD

L’équipe de modération d’expansive choisit de publier ce texte, tardivement, du fait de débats internes. En effet, nos positions sont diverses, les débats au sein de la ZAD nous traversant aussi individuellement et collectivement. Nous n’avons pas envie d’invisibiliser ces discussions ni de les survisibiliser. Il nous importe avant tout de participer à la défense de la ZAD, ainsi, nous souhaitons surtout mettre en avant les communiqués communs du mouvement.

On t’écrit cette lettre pour te raconter ce qu’il se passe dans notre bocage préféré. On prend le temps de t’écrire pour te raconter les derniers évènements malgré le fait qu’on n’habite pas sur place, parce qu’on se sent très lié à cet espace qui depuis des années rythme nos vies à travers les divers chantiers, fêtes, manifs ou menaces d’expulsions, mais aussi les moments quotidiens partagés.

Tu as sans doute vu les différents textes alarmistes sur la situation là-bas, et sur la soi-disant prise de pouvoir des citoyennistes, appelistes et crypto-staliniens sur la Zone à Défendre. Nous qui venons de milieux anarchistes, communistes et anti-autoritaires, on voulait te raconter une version des faits qui nous semble bien plus proche de ce que nous avons vu et ce que les copain.es qui habitent sur place qu’on ne peut vraiment pas accuser d’être dans ces courants décriés nous ont raconté.
Si on le fait nous c’est qu’on sait que les copin.es sont beaucoup trop prises pour pouvoir prendre le temps de raconter la situation sur place.

La route
Cela faisait plusieurs mois que la question de la route déchaînait les passions. Les usages multiples et parfois contradictoires de cet espace commun avaient pris énormément de temps de discussions, de prises de décisions au consensus suivi de temps de chantiers collectifs visant à aménager la route afin que le plus de gentes puissent l’utiliser que ce soit en camion, tracteurs, en caisse, vélo ou à pied. Ces chantiers avaient été suivis de remise en questions du processus collectif par des gent.es qui remettaient des chicanes, relançant un nouveau processus.
Il faut bien comprendre que la difficulté du mouvement à prendre une position et à la faire appliquer avait fatigué un grand nombre de personnes, qu’elles soient paysan.nes, squateureuses ou habitant.es du coin, érodant petit à petit la confiance des camarades dans la capacité du mouvement à prendre en charge le Commun que représente la D281.
Le 17 janvier l’état cède sur la question de l’aéroport et exige que la route soit « libérée ». Tout d’abord on note l’hypocrisie du gouvernement qui avait lui même fait fermer cette route avec des gros rochers et que le mouvement avait tôt fait de rouvrir.
L’assemblée du 18 au soir a donc une nouvelle fois parlé de la route. Après plusieurs heures de discussions où les principaux arguments opposés à l’enlèvement des chicanes relevaient avant tout d’une question de sécurité pour les usager.es non motorisé-e-s de la route (qu’ils soient humains ou non), un certain nombre de personnes (Acipa, Copain, comités locaux proches) sont sorties de la salle pour discuter entre elles. Elles sont revenues en disant qu’elles viendraient dégager la route le lundi suivant en laissant lama fâché qui était la dernière cabane habitée sur la route. “Habitée” c’est-à-dire qu’une personne venait de s’y installer 2 nuits plus tôt.
Si la manière de poser cette décision a été critiquée à ce moment par une ou deux personnes, les discussions ont vite tourné ensuite sur comment imposer à la préfecture le fait de mettre des ralentisseurs et que faire si elle ne le faisait pas.
Le mercredi suivant, à l’assemblée des usages, la question de la route n’a été que peut évoquée. Entre temps, la préfecture était revenue sur les accords passés avec le mouvement sur le fait que lama fâché puisse rester avec un détournement de la route. Les paysan.nes de COPAIN avaient par lettre ouverte posé le fait que la cabane devrait être démontée malgré la décision ultérieure, l’assemblée des habitant.es après de longues heures de discussions en interne avait dénoncé le procédé encore une fois bien peu collectif tout en s’accordant pour démonter la cabane-barricade le jeudi suivant. Elle demande aussi à COPAIN de réaffirmer qu’ils sont bien attachés au fait que tout le monde reste. Il a été répondu que l’organisation paysanne contre l’aéroport comme le reste des composantes était et restait attaché aux 6 points (visibles en fin de cette lettre).
Après ce point, les discussions se sont poursuivies autour de la question de l’association et des futures négociations avec la préfecture (on abordera ce point un peu plus tard dans cette lettre afin de ne pas mélanger les histoires).

Le démontage de lama fâché.
Le lendemain, environ une centaine de personnes se retrouve autour de la cabane de la discorde. Dans les personnes venues pour démonter : des paysan.nes, des habitant.es des bourgs alentours, des Squateureuses et contrairement à ce qui est laissé entendre dans de nombreux textes circulant sur internet, pas seulement du CMDO, mais aussi appartenant à d’autres groupes ou à aucun.
A l’intérieur, des personnes opposées au démontage sont massées et discutent avec des squateureuses qui sont pour. Une d’entre elles pour le démontage raconte comment elle se sent liée à cette maison dans laquelle elle a attendu les flics durant des nuits et des nuits en 2012. Des copain.es assises dans la maison contre le démontage nous disent qu’elles n’empecheront pas les gentes de démonter mais qu’elles resteront à l’intérieur en signe de protestation. Les paroles sont chargées d’émotions, on sent que d’un côté comme de l’autre la question du démontage ou non n’est pas une simple évidence. Qu’à travers ce chantier, c’est une page de nos histoires individuelles et collectives qui se tourne.
Le chantier commence doucement, des chaînes humaines se font pour acheminer et trier les matériaux dans le champ d’à côté afin de pouvoir reconstruire quelques mètres plus loin.
Autour des gentes qui s’activent, de nombreuses personnes sont là pour assister au démontage, pour faire en sorte que des bagarres n’éclatent pas ou pour veiller à ce que les personnes contre le démontage ne soit pas malmenées.
Une personne monte en haut de la fragile charpente afin de s’opposer au démontage. Celui-ci continue tout de même autour de lui petit à petit planche par planche, fenêtre par fenêtre, caillou par caillou.
Puis un camarade peu connu pour sa finesse et sa bienveillance envers les personnes qui ne pensent pas comme lui tente de le déloger en le prenant au corps. Évidement cela provoque une forte montée en tension autour et sur le toit de la cabane. On retient quelques personnes voulant en venir aux mains, les camarades sur le toit crient qu’elles veulent bien démonter la cabane elleux mêmes mais sans les gentes qu’elles jugent hostiles. Certaines parmi celles qui démontent sont contre. Illes disent que c’est trop tard qu’il fallait proposer ça avant, mais après discussions c’est cette solution qui est retenue. Les copain.es démonteront la cabane elles mêmes, en acceptant de l’aide uniquement de personne avec qui elles le sentent. Les gentes venues pour démonter partent plus loin afin de laisser les gentes finir le démontage à leur manière.

Les perspectives pour le mouvement d’occupation.
La solution soutenue par la majorité des groupes organisés dans le mouvement anti-aéroport et dans le mouvement d’occupation prône l’usage d’une association légale qui aurait comme objet de signer des actes légaux avec l’Etat afin de protéger l’ensemble des occupantes de la zone afin que chacun.e ne se retrouve pas à se battre pour son bout de terrain et afin d’éviter que l’Etat ne puisse faire du cas par cas et cibler ainsi des groupes ou personnes qu’il jugerait trop hors norme.

Si la solution de refuser toute négociation avec l’Etat pourrait nous sembler attirante pour nous, anarchistes, elle pose un gros problème. Le reste du mouvement ne suit pas cette idée. Opter seul.es pour cette issue, c’est donc se retrouver seul.es et isolé.es face aux forces de l’ordre et ce, dans tous les sens du terme, alors que ce qui a fait la force du mouvement jusqu’alors c’est bien son unité dans la diversité des positions et des stratégies d’action.
Tant que nous n’avons pas la puissance nécessaire pour abattre l’Etat, nous devons utiliser les moyens dont nous disposons pour gagner en force qu’ils soient légaux ou non. D’ailleurs, c’est exactement ce que l’on fait quand on ouvre des squats en s’appuyant sur les 48h et les temps de procédures. C’est aussi ce que fait nantes-indymedia quand il retire un texte de revendication d’action contre la flicaille afin de ne pas se faire fermer son site.
Faire une association ou n’importe quelle structure collective formelle demande de nombreuses précautions afin de limiter au maximum les prises de pouvoirs (mettre des exemples). L’association est pensée comme un parapluie afin de protéger tous les usages et usager.es de la Zone. Les décisions continueront de se prendre dans les assemblées comme avant la création de cet objet.
On ne vas pas dire que ça va être un moment chouette d’aller discuter avec les représentant.es de l’Etat mais le fait que le mouvement ai déjà acté un certain nombre de points sur lesquels il ne reviendrait pas dans ces négociations nous permet d’envisager la chose avec plus d’aisance. Il s’agira alors bien plus de poser nos limites au camp d’en face et de voir sa réaction. En cas d’échec, le mouvement se retrouvera alors uni face à l’Etat et à sa police. Et si par malheur, comme l’est professé par les apôtres de la défaite, certains citoyennistes trahissent la parole donnée, alors nous n’aurons pas perdu grand-chose et nous continuerons le combat sans elleux.
Nous allons maintenant tenter de démonter certaines approximations et certain mensonges proférés dans différents textes parus entre autres sur Nantes-indymédia .

« Un petit groupe bien positionné a décidé dans son coin de l’ouverture de la ZAD à l’état, et d’un grand projet agricole avec normes pour toutes et tous. »
Dans de nombreux textes certain.es personnes essayent de faire planer l’idée que les agriculteur-ices seraient contre l’idée que d’autres choses puissent se déployer sur la Zad que des projets agricoles, et que ceux ci n’agiraient que pour s’accaparer des terres et des places à la chambre d’agriculture.
Sur la question des terres, on peut voir que dans quasiment toutes les interventions de Copain44 que ce collectif réaffirme son attachement au 6 points et notamment au fait que toutes celles qui veulent rester sur Zone puissent le faire quelque soit leurs activités et leurs habitats.

« les chefs du mouvement ont décidé unilatéralement de “nettoyer” la D281, le tout sans débat et plus rapidement que ce que le gouvernement ne pouvait l’espérer. »
Comme on te l’a raconté on ne peut pas dire que la prise de décision sur la route se soit faite dans l’ambiance la plus détendue possible. Par contre, considérer que cette décision à été prise par les chefs du mouvement ce serait porter le fait qu’il y aurais 280 chefs sur Zone c’est à dire la quasi totalité des personnes présentes à l’assemblée du 18 janvier moins une 20aine de personnes.

Urgence
C’est sûr que lorsque l’on se retrouve au sein d’un débat que l’on n’arrive pas à trancher ou dépasser depuis des mois, devoir prendre une décision en quelques heures ce n’est pas simple. Mais il s’agit bien de comprendre que lorsqu’on se retrouve face à un ultimatum, ne pas prendre de décision, ou décider de prendre le temps de prendre une décision, c’est déjà une décision. Enfin, si certaines décisions peuvent être prises avec lenteur et circonspection afin de convenir à tout.es, nous savons bien que le combat face aux institutions de la domination ne permettent pas toujours ce rythme.

« Quand la maison de la grève défonce chicanes et cabanes. »
De ce que nous avons pus voir de nos yeux c’est que si des membres de la maison de la grève étaient présent.es autour du chantier, illes n’étaient en tout cas ni seul.es, ni à l’avant garde du démontage de Lama Fâché. Tenter de nous faire croire qu’illes étaient seul.es a porter cette décision, est un pur mensonge. Car de nombreu.ses personnes étais présentes dont certaines plutôt hostiles aux actions du CMDO. Une belle figure de style visant à nous faire croire que seuls les affreux appelo staliniens soutiennent des positions qui sont de fait majoritaires en assemblée et dans le mouvement.

Face aux avant gardes.
Les Avant gardistes individualistes, s’illes se défendent de vouloir prendre le pouvoir n’en restent pas moins dangereux pour les mouvements collectifs notamment par leur capacité à utiliser les mêmes formes d’argument que les anarchistes sociaux, ce qui nous les rend plus difficile à dénoncer. Mais aller à l’encontre des décisions collectives, parce qu’on « sait » qu’on a raison contre tous les autres, que l’on lise Lundi Matin ou Non Fidès cela reste la même dynamique.
On ne peut pas cracher sur le fait que le CMDO agisse sans prendre en considération les critiques du reste du mouvement et dans le même temps appeler à bloquer la DDE sur la D281 alors que la réu des hab’ et l’assemblée des usages ont acté le fait qu’on laissait faire les travaux sur le bord des routes. Porter une position anti-autoritaire c’est accepter qu’on peut parfois se retrouver en minorité sur certaines décisions. Cela ne veut pas dire que l’on doit alors se taire mais bien qu’on a la décence d’agir sans se présenter comme la minorité opprimée par la majorité qui se dégage au sein du mouvement de lutte. Et on ne parle pas ici de majorité à 51 %. Mais bien de positions portées par une large portion du corps politique que représente la Zad. Les mouvement collectifs seront toujours plein de conflits et de tensions et nous ne pouvons pas attendre de les avoir complètement résolus pour prendre des décisions. D’autant plus lorsque certaines composantes des assemblées sont par idéologie opposées à toute prise de décision collective.

Le 17 janvier, Édouard Philippe la mine déconfite annonce la fin du projet d’aéroport. C’est une grande victoire pour notre camp ; le camp révolutionnaire mais plus largement celui des opprimé.es. D’autant plus grande qu’elle ne s’est pas fait grâce au simulacre des urnes mais bien par la puissance d’un mouvement qui a su allier barricades de papier et de pneus, grève de la faim et grève humaine, émeutes urbaines et carnavals champêtre, qui a su allier les forces paysannes, ouvrières, et celles de la jeunesse déclassée. Elle a su montrer que nous pouvions arracher à l’Etat et au capital des territoires et des bouts de vies par la force du nombre et parfois aussi par la violence. Bien-sûr, après la victoire contre l’aéroport il nous reste le plus dur, « Et son monde » mais cette victoire est un premier pas qui nous permet de mieux envisager comment continuer à avancer vers un monde Communiste, Libertaire, Féministe et Décolonial. Plutôt que de continuer à répéter sans cesse ce que nous ne voulons pas pour cette Zone, une normalisation, un embourgeoisement, racontons nous ce que nous voulons pour elle et pour nous, un espace mouvant et vivant en lien avec le monde et les luttes un espace où les communs continuent à se construire malgré et sans doute aussi grâce aux conflits qui nous animent.

P.-S.

Voilà, c’est notre version des faits, plein de notre subjectivité politique, mais on tenait à la raconter malgré le temps qu’on a mis à l’écrire.
Maintenant, il s’agit d’appuyer le rapport de force face à l’Etat en notre faveur, de mener des actions de prise de terres et de défendre tous les lieux d’habitation et d’activité sur cette zone qui n’a pas finit d’être en lutte contre le monde de l’ex aéroport.

Voici le lien vers les 6 points pour l’avenir de la Zad :

https://zad.nadir.org/IMG/pdf/6pointszad-a3-2.pdf

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