Wilhelm Reich et la Révolution absente. Penser l’entre-deux-guerres avec Marx et Freud

Article de Pierre-Ulysse Barranque issu de la revue communiste Contretemps, qui explicite les thèses du psychanalyste et marxiste hétérodoxe Wilhelm Reich, dans "La Psychologie de masse du fascisme" pour penser une libération révolutionnaire des frustrations capitalistes et patriarcales.

Pour un intellectuel communiste germanique tel que Wilhelm Reich (1897-1957), les années d’entre-deux-guerres sont évidemment les années du grand désastre historique. A l’instar des philosophes de l’École de Francfort, le psychanalyste Wilhelm Reich participe de ce courant marxiste hétérodoxe, dont une grande partie des recherches est consacrée à la compréhension du phénomène totalitaire en général, et du nazisme en particulier. Il s’agit d’être capable d’expliquer cet imbroglio de l’Histoire qu’est l’édification de l’État nazi en Allemagne, puis en Autriche, le pays de naissance de Wilhelm Reich. Pour les militants du mouvement ouvrier des années 30, le nazisme et le fascisme constituent effectivement un phénomène impensable et imprévu d’un point de vue historique, et ceci est tout aussi vrai pour les sociaux-démocrates que pour les communistes.

Du point de vue de la téléologie marxiste officielle, notamment celle du Parti Social-Démocrate allemand (le SPD), telle qu’elle a été développée par Karl Kautsky dans Le Chemin du pouvoir (1909), la victoire d’un régime dictatorial et raciste ne fait tout simplement pas partie du scénario imaginé par les tenants de la « science de l’Histoire ». Et la crise globale du capitalisme en 1929 ne conduit nullement à la Révolution prolétarienne espérée pendant tant d’années par les militants du mouvement ouvrier, mais détruit au contraire tous les espoirs de « Grand Soir ». C’est particulièrement le cas dans cette Allemagne qui possède pourtant le plus grand nombre d’ouvriers syndiqués d’Europe. Rappelons-nous qu’avant la Première Guerre Mondiale, et la scission en 1917 de l’USPD (Parti Social-Démocrate Indépendant), le SPD est de loin le parti ouvrier le plus puissant du monde, avec 1 million de membres et 4,5 millions d’électeurs [1]. En 1923, le Parti Communiste allemand (KPD) est le plus grand parti communiste d’Europe de l’Ouest, avec plus de 290 000 membres [2]. De même, l’Allemagne a connu depuis 1918 une série d’insurrections successives de très grandes ampleurs, mais aucune n’a abouti à une Révolution prolétarienne victorieuse : qu’il s’agisse de la Révolution de Novembre 1918, de l’insurrection spartakiste de 1919, de l’insurrection de la République des Conseils de Bavière la même année, de l’insurrection de Mars 1921, puis de l’échec de l’Octobre allemand de 1923.

Autrefois assuré du caractère inéluctable, voire imminent d’une Révolution en Allemagne, la défaite du mouvement ouvrier et la prise du pouvoir par les nazis apparaissent aux révolutionnaires allemands comme un non-sens historique [3]. Et c’est précisément cet apparent non-sens que le psychanalyste va vouloir élucider.

Wilhelm Reich n’a pas été bien sûr le seul à cette époque-là à faire le diagnostic d’une crise de la théorie marxiste dans le monde germanophone. Cependant, cet intellectuel se distingue sur un point tout à fait intéressant des philosophes de Francfort cités plus haut. A la différence de Walter Benjamin qui meurt peu après la rédaction des thèses Sur le concept d’histoire en 1940, et à la différence de Theodor W. Adorno et de Max Horkheimer qui publient La Dialectique de la Raison en 1944 [4], ce n’est pas pendant la guerre que Reich va produire son œuvre maîtresse sur le nazisme.

Bien que tous ces différents penseurs participent de la même génération, le diagnostic de Reich est beaucoup plus précoce. En effet, La Psychologie de masse du fascisme (PMF) est rédigée pendant la période de la conquête du pouvoir par le Parti National-Socialiste, c’est-à-dire entre 1930 et 1933, et l’ouvrage est publié cette même année qui voit l’accession d’Hitler au pouvoir. Lire La Psychologie de masse du fascisme de nos jours est d’ailleurs assez impressionnant quant à la clairvoyance de Wilhelm Reich sur ce qui se passe alors en Allemagne, et les conséquences d’un tel événement à court terme comme à long terme. Remarquons également que Reich fait partie de cette minorité d’intellectuels communistes qui ne furent pas dupes des mensonges du stalinisme, tout en affirmant leur fidélité et leur admiration pour la Révolution russe de 1917, pour le socialisme des conseils (« soviets ») défendu par Lénine dans L’État et la révolution, ainsi que pour les pratiques de « démocratie sociale » [5] expérimentées alors par le prolétariat en Russie. Cette lucidité historique de Wilhelm Reich peut s’expliquer par des raisons biographiques très particulières. Comme un écho personnel du désastre nazi, c’est à la sortie de son livre, en 1933, que Reich est à la fois exclu du Parti Communiste allemand et de l’Association psychanalytique internationale [6].

Trop freudien pour les marxistes, trop marxiste pour les freudiens, Reich est dans les années 30 un intellectuel hérétique qu’aucune des églises laïques du communisme et de l’inconscient n’arrive à assimiler. Les nazis ne se tromperont pas en voyant dans les écrits de Reich une critique radicale de l’idéologie qu’ils s’efforcent d’instituer : en 1935, la Gestapo ordonne l’autodafé de l’ensemble de ses œuvres.

L’échec de la Révolution en Allemagne comme problème théorique

On cherchera en vain chez Wilhelm Reich un art de la dialectique, dans lequel l’idée d’un développement contradictoire permet toujours de justifier l’injustifiable à posteriori. Le bilan que fait Wilhelm Reich de la séquence 1930-1933 est rude, et il est sans appel. L’échec du mouvement ouvrier et du marxisme n’est pas selon lui à démontrer, il n’est pas de l’ordre d’un débat, il est un fait incontestable. L’enjeu pour notre auteur est évidemment de comprendre les causes historiques d’un tel fait. Et c’est justement dans cette volonté de compréhension de l’événement sur le vif, et dans les moyens conceptuels que cette volonté de compréhension se donne, que la pensée de Reich manifeste toute son originalité. Cet échec de la gauche est toujours chez Reich d’une nature double, indissociablement politique et théorique. La victoire du nazisme est tout autant une défaite politique du mouvement ouvrier qu’une défaite dans la pensée, puisque la théorie marxiste n’a pas été capable d’analyser un tel processus, et donc de l’empêcher.

Selon Reich, le retrait de toute possibilité historique d’une Révolution prolétarienne, au moment où le capitalisme mondial connaît sa crise la plus profonde, est une disqualification en actes de toutes les interprétations mécanistes de la philosophie de Marx et d’Engels. D’une façon tout à fait similaire à la critique de la téléologie historique par Walter Benjamin, Reich condamne dès 1933 l’idée d’une évolution historique des sociétés conduisant nécessairement à la Révolution communiste. On ne peut lire l’avenir des sociétés par l’analyse des processus économiques objectifs comme on lit dans une boule de cristal, car Reich rappelle l’existence d’un « facteur subjectif de l’histoire » (PMF, p. 57), ce que l’on nomme classiquement dans le marxisme : « l’idéologie ». Or s’il y a bel et bien un « facteur subjectif de l’histoire », Reich est très loin de réhabiliter un subjectivisme idéaliste de type néo-kantien, alors dominant dans l’Université allemande, comme chez les intellectuels du SPD. Au contraire, il appelle les marxistes à prendre en considération cette science du « subjectif » qu’est devenue la psychologie au début du XXe siècle, et plus particulièrement la psychanalyse freudienne. Comme le titre de l’ouvrage le laisse comprendre, la prise en compte du « facteur subjectif de l’histoire » implique la constitution de ce que Reich appelle dans son livre une « psychologie de masse » ou une « psychologie politique ». Par-delà ces différentes dénominations, il est clair que Reich ne conçoit absolument pas la psychanalyse comme une science des individus isolés et de leurs petites angoisses intimes. Il écrit au contraire : « Notre psychologie politique ne peut être que la recherche de ce « facteur subjectif de l’histoire », de la structure caractérielle des hommes d’une époque et de la structure idéologique de la société qu’ils forment » (ibid.). Autrement dit, la psychanalyse est selon Reich l’une des dimensions historiques indispensables pour la compréhension des sociétés contemporaines, et c’est justement l’erreur du marxisme de ne pas avoir compris l’apport théorique du freudisme, qui est pourtant une théorie tout aussi matérialiste que ne l’est celle de Marx [7]. En même temps, cette inclusion théorique de la psychanalyse au marxisme est un processus de politisation communiste du freudisme. Il relie la perspective clinique propre aux recherches de Freud avec le projet d’émancipation collective de l’Humanité, tel que le formule depuis un siècle le mouvement ouvrier.

Cette intégration des découvertes de la psychanalyse à la théorie communiste doit justement servir à penser ce qui reste encore incompréhensible du seul point de vue de la sociologie économique de Marx. En cela, la Révolution absente de l’entre-deux-guerres en Allemagne est elle-même l’indice d’une lacune théorique du marxisme qu’il s’agit de combler. Pour Reich, il ne faut pas se voiler la face en cherchant à justifier d’une façon abstraite le décalage entre la conscience du prolétariat allemand et sa situation économique. Si la défaite du prolétariat révolutionnaire d’Allemagne et la victoire consécutive du nazisme doivent être à l’origine d’un enseignement irréversible, c’est précisément que : « la situation économique ne passe pas immédiatement et directement à la conscience politique. S’il en était ainsi, la révolution sociale serait depuis longtemps chose faite » (PMF, p. 61). L’échec politique des révolutionnaires allemands n’est pas seulement pour Reich une défaite dans le seul champ des luttes pour l’hégémonie politique, mais il s’agit en même temps d’une crise dans la pensée marxiste. C’est justement parce que les marxistes n’ont pas été capables de penser une certaine dimension des rapports sociaux qu’ils se sont faits des illusions sur la situation du prolétariat, sur les chances historiques de la Révolution, comme sur la stratégie à adopter dans le contexte politique des années 30. Il s’agit pour Reich de révéler grâce à la psychanalyse un impensé du marxisme, et cet impensé du marxisme devient précisément le problème théorique dont la rédaction de La Psychologie de masse du fascisme constitue la solution. Quel est cet impensé que la « psychologie politique » reichienne s’est efforcé de mettre à jour ? Il s’agit de la discontinuité intrinsèque entre les déterminations sociales et les représentations sociales.

Marx avec Freud

D’une certaine façon, Wilhelm Reich nous invite à prendre conscience que la majorité des intellectuels sociaux-démocrates et communistes de son époque ne vont pas assez loin dans l’analyse des rapports sociaux. Mais ils ne vont pas assez loin en profondeur. Avec le schéma mécaniste et économiste du marxisme officiel, les intellectuels du SPD comme ceux du KPD semblent ne rester qu’à la surface des rapports sociaux, c’est-à-dire dans l’extériorité matérielle des échanges économiques et du travail. Or si cette réalité économique est réellement aussi efficiente sur les individus que le marxisme le prétend, la conséquence logique d’un tel fait ne peut être qu’une intériorisation de l’exploitation économique dans la psyché humaine. Nous comprenons bien en quoi le diagnostic historique et la critique théorique se confondent chez notre auteur : l’échec de la Révolution en Allemagne conduit Wilhelm Reich à ne plus concevoir le capitalisme comme un simple système social et économique, car ce système pénètre la dimension psychologique et émotionnelle des individus aliénés. Dès les analyses de Marx dans les Manuscrits de 1844, le prolétariat est présenté comme cette classe sujette à une entière dépossession de soi, voyant sa condition réduite à une pure force de travail échangeable contre un salaire. Pourquoi cette dépossession de soi infligée à la classe ouvrière serait circonscrite au temps de travail dans l’usine, alors que le capitalisme développé du XXe siècle s’insinue petit à petit dans tous les moments de la vie sociale, que ce soit dans le foyer familial, dans les moments de loisir, dans les pratiques discursives, etc. ? Si le matérialisme historique de Marx et d’Engels est juste, comment est-il possible que l’exploitation des corps par l’aliénation capitaliste ne se diffuse pas dans toutes les dimensions matérielles du corps humains, y compris dans ces parties du corps humain que sont le cerveau et le système nerveux, et qui président aux dimensions psychologiques et affectives de l’homme ?

C’est justement pour pouvoir penser ce phénomène d’intériorisation du capitalisme que Freud peut venir à rescousse de Marx. Comme l’écrit Reich : « La psychologie de masse voit des problèmes précisément là où l’explication socio-économique directe s’avère inopérante » (PMF, p. 62-63). On aperçoit ici comme une sorte de relais théorique entre la psychanalyse et le marxisme dans la pensée reichienne. Pourtant, on a un peu tôt défini cette intégration des découvertes freudienne dans la philosophie marxiste comme un « freudo-marxisme ». Moins qu’une synthèse abstraite, c’est une véritable innovation théorique que propose Reich. Le psychanalyste dissident a notamment tout à fait conscience du conservatisme politique de Freud. Il en critique les limites, et il en perçoit les effets pernicieux sur la psychanalyse elle-même, puisque pour notre auteur : « les conséquences découlant de la science sont toujours progressistes, souvent même révolutionnaires » (PMF, p. 241). Si les marxistes sont restés majoritairement sourds aux avancées scientifiques freudiennes, la faute semble être partagée d’après Reich. Le mécanicisme économiste des leaders théoriques du mouvement ouvrier a certes empêché une rencontre heureuse entre marxisme et freudisme, mais le conservatisme dominant dans le milieu psychanalytique fut également un obstacle très important pour cette rencontre. Nous disions précédemment que l’intégration de la psychanalyse au marxisme conduisait à une politisation communiste des « découvertes » du freudisme chez Reich, mais c’est justement « parce que la sociologie psychanalytique qui s’édifiait à partir d’elles leur enleva pour une large part ce qu’elles avaient de progressiste et de révolutionnaire. La sociologie analytique tenta d’analyser la société comme un individu » (PMF, p. 71). Autrement dit, si la Révolution prolétarienne a connu un arrêt à cette époque, et notamment en Allemagne, c’est également parce que la révolution scientifique qui accompagne l’émancipation prolétarienne s’est figée. Et cet arrêt est double : il est présent dans le marxisme mécaniste et économiste du SPD et du KPD comme nous l’avons dit, mais il est également présent dans le courant psychanalytique, qui n’a pas été capable de développer le potentiel « révolutionnaire » de la découverte de l’inconscient psychique.

La critique du conservatisme de Freud chez Reich est tout à fait importante, car elle est permet de trancher chez cet auteur le problème que le qualificatif de « freudo-marxisme » cache souvent d’une façon assez maladroite. Il s’agit de pouvoir penser le rapport spécifique que Wilhelm Reich entretient respectivement avec Freud et avec Marx. Si, à première vue, on peut croire que notre auteur passe l’essentiel de son essai à jouer Marx contre Freud et Freud contre Marx, plusieurs passages très clairs nous permettent de comprendre en quoi le psychanalyste est avant tout un marxiste dans cette œuvre. En effet, ce n’est pas à un élargissement des découvertes psychanalytiques à l’échelle de la société que propose Reich, et il n’essaie jamais de penser la société comme un grand « individu » soumis à des névroses internes. Le psychanalyste dissident ne voit pas dans la société une sorte d’organisme collectif, souffrant de maladies mentales générales. Reich ne désire pas mettre la société allemande sur le divan. Mais, c’est une véritable intégration du freudisme dans le marxisme que Wilhelm Reich cherche à accomplir. Cette distance critique vis-à-vis du freudisme se joue sur un point central de la pensée reichienne, qu’aucun freudien orthodoxe ne pourrait accepter. Il écrit : « La psychanalyse nous dévoile les effets et le mécanismes de la répression et du refoulement sexuels ainsi que les détails de leurs conséquences pathologiques. La sociologie fondée sur l’économie sexuelle va plus loin : pour quel motif d’ordre social, se demande-t-elle, la sexualité est-elle réprimée par la société et refoulée dans l’individu ? » (PMF, p. 73) A l’aide de cette citation, nous voyons déjà que Reich s’éloigne du projet psychanalytique originel, puisqu’il ne se contente pas simplement d’analyser les pathologies de la psyché, et même celles d’une hypothétique psyché collective de la société. Notre auteur recherche les causes du « refoulement sexuel », et des psychopathologies qui en découlent. Et les causes de la maladie mentale selon Reich ne sont pas d’ordre strictement psychologique. Elles ont au contraire une origine sociale. Reich accomplit ici un pas théorique qui le distingue radicalement des psychanalystes de son époque, et cet apport théorique original explique son exclusion de l’Association psychanalytique internationale après la publication de La Psychologie de masse du fascisme. Défendre l’idée d’une origine sociale des névroses psychologiques, cela revient à dire que les maladies mentales des individus souffrants sont l’effet « en dernière instance » (pour reprendre la célèbre expression d’Engels) de l’aliénation sociale capitaliste. Pour ce psychanalyste dissident, la psychanalyse participe d’une critique générale du capitalisme que le marxisme a initié. Il y a selon Reich une cause sociale à l’aliénation mentale, et c’est l’aliénation sociale qui produit l’aliénation psychique, et non l’inverse. La société n’est pas une sorte de Léviathan hobbesien soumis à des névroses, mais c’est plutôt la psyché individuelle qui rejoue dans l’intériorité subjective la souffrance imposée par un système social et politique inique. C’est pourquoi Reich n’en vient pas, à la différence de Freud dans Totem et tabou (1913) à penser le social à travers le psychanalytique [8], mais au contraire Reich pense le psychanalytique à travers le social, et même plus précisément il pense l’aliénation mentale comme un phénomène intrinsèquement social, ainsi que le prouve son concept d’« économie sexuelle ». Reich s’accorde avec Freud pour dire que la souffrance psychologique d’une personne est le produit des régressions et des fixations des structures psychiques de l’ego. Mais notre auteur se sépare de Freud lorsqu’il affirme que ces pathologies de la structure psychologique individuelle se développent de la sorte parce qu’une société inégalitaire et liberticide contraint les individus à construire leur ego dans des schémas individuels et collectifs qui excluent d’emblée la question de leur désir et de leur bonheur. Ainsi, avec Reich, nous pouvons retourner la fameuse sentence freudienne de L’Avenir d’une illusion (1927). Si pour Freud, « chaque individu est virtuellement un ennemi de la culture » [9], à l’inverse, la psychologie reichienne nous invite à comprendre en quoi la civilisation capitaliste est en acte un ennemi permanent des désirs individuels et collectifs de chaque individu.

Aliénation sociale et théorie de la libido

L’intégration des découvertes freudiennes dans la sociologie marxiste n’est pas seulement une prouesse conceptuelle chez Wilhelm Reich, car d’après notre auteur c’est à cette seule condition que le présent catastrophique de l’Allemagne des années 30 devient pensable, et donc que l’on peut expliquer la Révolution absente et la victoire du nazisme. Autrement dit, c’est le caractère inédit de la situation historique de l’avant-guerre qui exige en retour l’innovation conceptuelle réalisée par Reich. A travers les acquis théoriques du freudisme, Reich pénètre plus profondément les rapports sociaux et matériels qui constituent les sociétés modernes. La psychanalyse sert finalement à notre auteur comme une sorte de microscope qui lui permet de percevoir les effets du capitalisme dans les subjectivités humaines, là où le marxisme propose certes une lecture juste, mais trop générale. Freud permet à Reich de passer de l’échelle macrocosmique des rapports économiques à l’échelle microcosmique de l’inconscient aliéné par la société capitaliste.

Pour bien comprendre cela, revenons quelque peu à Marx. Nous connaissons la thèse de l’Avant-propos de la Critique de l’économie politique, présentée très souvent comme étant la thèse fondatrice du matérialisme historique : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui déterminé leur conscience » [10]. En tant que marxiste, il est certain que Reich s’accorde tout à fait à un tel énoncé. Pourtant, les « découvertes » freudiennes invitent notre auteur à penser ce problème de la détermination de la conscience par la condition sociale sous une forme moins binaire. L’inclusion du freudisme dans le marxisme conduit Wilhelm Reich à préciser la sociologie de Marx, et à comprendre que quelque chose fait médiation dans l’opposition entre être social et conscience sociale. C’est donc toute une dimension intermédiaire entre la conscience du sujet et ses déterminations sociales que Reich s’efforce d’analyser. Et cette dimension intermédiaire n’est rien d’autre que la dimension émotionnelle découverte par Freud dans sa théorie de la « libido ». Il écrit : « la dissection analytique des processus psychique a d’autre part mis en évidence que la sexualité, ou plutôt son énergie, la libido, qui est d’origine somatique, est le moteur central de la vie de l’âme. » (PMF, p. 70).

La théorie de la libido freudienne est l’élément conceptuel central qui permet à notre auteur de comprendre ce qui reste impensé dans le marxisme. Nous nous rappelons que Reich pointe du doigt une discontinuité entre les conditions sociales capitalistes qui aliènent les hommes, et les représentations que les individus se font de leur aliénation. En effet, si les individus avaient immédiatement conscience de leur situation sociale, non seulement la Révolution aurait eu lieu à la suite de la crise de 1929, mais on peut même supposer qu’elle aurait probablement pu avoir lieu bien avant. Or la psychanalyse nous montre que l’homme n’est pas seulement un être capable de rationalité, ni même un être uniquement social, il est également un être motivé par des désirs. Autrement dit, l’homme n’est pas seulement un corps biologique, et il n’est pas seulement un individu avec une identité sociale et culturelle, il est aussi un être qui vit des émotions, positives et négatives. Il est un être libidinal. Telle est la nature de la discontinuité entre les déterminations sociales et les représentations que les individus se font de leurs représentations sociales. S’il y a une fissure, intrinsèque aux rapports sociaux, la psychanalyse peut nous permettre de comprendre que cette fissure est de nature émotionnelle. Et c’est justement cette fissure, introduite par la dimension émotionnelle entre les déterminations sociales et les représentations, qui demeure l’angle mort de la théorie marxiste selon Reich.

Cette question est tout à fait importante, puisque nous nous rappelons que, pour Reich, la souffrance personnelle est toujours imputable aux structures aliénantes de la société. Il n’est dès lors guère étonnant que dans une société inégalitaire et liberticide, telle que doit être la société capitaliste en son essence, les conditions sociales aliénantes produisent toute une série d’états psychiques et émotionnels conduisant aux différentes névroses et psychoses que la psychologie étudie. La société capitaliste, qui trouve sa source dans la propriété privée des moyens de production les plus nécessaires à la simple survie, et dans l’exploitation de l’activité humaine à travers le salariat, crée nécessairement une situation sociale dans laquelle les individus ne peuvent construire leur bonheur collectif et individuel. Cependant, comme le rappelle Reich, l’homme « est un être vivant biologique qui ne saurait se passer du bonheur, de détente et de satisfaction », et notamment dans cette activité qui produit les émotions les plus intenses, à savoir la vie sexuelle [11]. Si la satisfaction libidinale n’entre pas dans l’ordre de la survie immédiate du corps, elle n’en demeure pas moins un besoin selon Reich : un besoin d’ordre psychique. Dans la société capitaliste, où la simple survie biologique et la santé du corps ne peuvent pas être assurées pour la très grande majorité de l’Humanité, on n’est guère surpris que l’individu moderne ne puisse pas satisfaire ses désirs et ses plaisirs, et développer de façon saine sa libido. De même que le prolétaire vit dans une précarité permanente quant à la survie de son corps, puisque, comme l’écrivent Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste, les « travailleurs modernes (…) ne vivent qu’autant qu’ils trouvent du travail, et (…) ne trouvent de l’ouvrage qu’autant que leur travail accroît le capital », de même dans la société capitaliste : « la satisfaction orgastique normale est remplacée par un état d’excitation somatique général excluant le domaine génital, qui provoque, incidemment, des détentes partielles » (PMF, p. 215). Ce que Reich nous permet de comprendre ici, c’est qu’à l’insatisfaction de la vie biologique s’ajoute une aliénation issue de l’insatisfaction libidinale. Faute de pouvoir offrir à l’homme moderne une satisfaction complète de sa vie sexuelle, le capitalisme produit chez ce dernier une vie de « tensions » permanentes, qui s’autoalimentent de sa situation de frustration chronique, et ne conduit qu’à des « détentes partielles » et précaires. Pourtant, la nature même des émotions psychiques fait que l’individu, même frustré, même malade, ne peut éviter ce désir profond d’une satisfaction émotionnelle. C’est pourquoi, faute de vivre dans un système social lui permettant cette satisfaction complète, l’homme moderne « se met en quête d’un bonheur imaginaire capable de lui procurer les tensions (…) correspondant au prélude au plaisir » (PMF, p. 214). La thèse développée par Reich est ici assez claire. L’absence d’une libido satisfaisante presse le sujet frustré vers des plaisirs moindres, mais qui ont l’avantage d’être compensatoires. Et ces plaisirs de substitution libèrent, toujours provisoirement, le sujet de la « tension » nerveuse produite par sa situation d’insatisfaction. La constitution psychique des émotions telle que le freudisme l’a mis à jour apprend à Reich que le sujet préfère toujours des satisfactions incomplètes, à une souffrance insupportable et destructrice pour l’ego. Autrement dit, la dimension émotionnelle du sujet est telle qu’à deux maux, l’inconscient psychiques choisit toujours le moindre, quand bien même le choix du moindre mal conduise à des comportements pathologiques à long terme pour le sujet. La structure psychique des individus opte pour une insatisfaction compensatoire plutôt qu’une absence totale de satisfaction, qui peut conduire le sujet vers des comportements autodestructeurs, et jusqu’à la psychose ou au suicide.

Compensation sadique et structure libidinale fasciste

L’insatisfaction permanente des désirs de la libido humaine n’est pas sans péril, non seulement pour les sujets, mais aussi pour la société que ces sujets composent. Ce serait une erreur que de s’imaginer les attitudes de compensation libidinale comme un simple pis-aller nécessaire sans aucune conséquence psychologique, sociale ou politique. En effet, selon Reich, ce sont justement les effets collectifs de toutes les compensations libidinales qui constituent le fascisme comme phénomène politique et émotionnel. Reich écrit : « la sexualité, à laquelle le processus du refoulement refuse les satisfactions voulues par la nature, se tourne vers toutes sortes de satisfactions de remplacement. C’est ainsi que l’agressivité naturelle se transforme en sadisme brutal, sadisme qui est une des bases essentielles – au point de vue de la psychologie de masse – des guerres mises en scène par quelques intérêts impérialistes » (PMF, p. 76).

Au vu d’une telle thèse, nous comprenons combien l’intégration de la psychanalyse dans le marxisme que propose notre auteur révèle un aspect tout à fait inconnu jusqu’ici des rapports sociaux. En effet, l’existence d’une dimension affective des rapports sociaux permet à Wilhelm Reich de saisir une forme d’aliénation spécifique à la sphère émotionnelle. Là où le marxisme avait analysé l’exploitation de la « force de travail » de la classe ouvrière pour la reproduction du capital, Reich comprend que la société moderne utilise à son profit cette frustration de la libido. D’une certaine façon, nous pouvons dire que, de même qu’il y a une conversion et une exploitation de la force de travail de l’ouvrier par la bourgeoisie afin de produire du capital, il y a une conversion et une exploitation de la libido frustrée et aliénée opérée par le nazisme. Et ce détournement de la libido aliénée a non seulement comme but d’empêcher la révolte contre les conditions sociales de l’aliénation, mais en plus de faire de cette puissance libidinale le moteur psychique de la politique sadique de l’impérialisme allemand. L’individu frustré se trouve en effet dans la situation où la projection agressive devient la seule solution pour pouvoir se débarrasser des « tensions » émotionnelles produites par sa libido aliénée. La puissance émotionnelle qui ne se réalise pas dans une expérience libidinale satisfaisante prend une forme substitutive, afin de ne pas avoir un effet pathogène sur l’individu. C’est ainsi que l’individu frustré en vient à préférer une « décharge sadique » (PMF, p. 201) de sa « tension » émotionnelle sur autrui, plutôt que de subir une souffrance plus grande en conservant cette « tension » en l’état. Cette conversion sadique de la libido frustrée par la société est pourtant négative et désagréable pour l’individu, puisqu’étant le produit d’une situation sociale où la réalisation satisfaisante de la libido est empêchée. Cette jouissance sadique ne peut produire qu’une « détente partielle », et ne solutionne en rien la situation de frustration du sujet. Loin d’être le sommet d’une transgression sociale, comme l’a défendu Sade, la compensation sadique est une jouissance pauvre et inachevée, donc insatisfaisante dans son essence même. Mais elle éloigne provisoirement les « tensions » émotionnelles qui font souffrir le sujet, et c’est pour cette raison que le sujet la choisit bon gré, mal gré. Ainsi, le propre de la société capitaliste moderne, c’est de réaliser une véritable conversion sadique de la frustration libidinale, et cette conversion sadique va elle-même avoir des effets considérables si on l’envisage à l’échelle d’une nation peuplée de millions de personnes.

Dans son étude sur La Psychologie de masse du fascisme, Reich démontre que ce n’est pas seulement l’activité du travail qui se trouve exploitée par la société capitaliste, mais ce sont également les désirs, le système émotionnel des individus, qui deviennent une force motrice de la société lorsque cette puissance émotionnelle est socialement convertie en désir sadique. Toute la puissance émotionnelle qui n’est pas satisfaite dans la société capitaliste en arrive à constituer une grande accumulation de comportements et de désirs sadiques qui devient, à l’image du capital étudié par Marx, une puissance sociale autonome, qui contraint l’homme à certaines formes d’existence, alors qu’elle n’est pourtant rien d’autre que le produit collectif de l’activité humaine. Nous comprenons alors l’enjeu ultime de l’appareillage conceptuel complexe de Wilhelm Reich, et son incorporation de la théorie freudienne de la libido au sein du marxisme. En effet, qu’est-ce que le fascisme selon lui, si ce n’est précisément ce détournement politique des émotions frustrées et converties sous une forme sadique ? Comme il l’écrit : « le « fascisme » est l’attitude émotionnelle fondamentale de l’homme opprimé par la civilisation machiniste autoritaire et son idéologie mécaniste-mystique [12]. C’est le caractère mécaniste-mystique des hommes de notre temps qui suscite les partis fascistes et non l’inverse » (PMF, p. 16). Voilà la fin dernière de la conceptualisation reichienne dans cet ouvrage. Penser l’aliénation en intégrant Freud à la philosophie de Marx permet à Reich de pouvoir répondre au problème de la victoire du fascisme en Allemagne et de l’échec de la Révolution prolétarienne. Et la moindre chose que l’on peut dire, c’est que cette conceptualisation originale produit un renversement de perspectives très important concernant la genèse du mouvement fasciste.

Comme le remarque Reich dès 1933, la victoire du nazisme en Allemagne ne peut pas s’expliquer par son programme politique objectif, complètement contradictoire dans les termes. De toute façon, ce n’est pas à la partie rationnelle du sujet que le nazisme s’adresse. Si tel était le cas, le prolétariat allemand n’aurait eu aucune difficulté à comprendre qu’une société qui abolit l’aliénation sociale est plus avantageuse qu’une dictature totalitaire, dans laquelle se croisent le despotisme d’un Parti unique et l’exploitation des masses allemandes par les grands trusts capitalistes alliés à Hitler. Le nazisme n’est pas un projet politique stricto sensu pour Reich, mais il est le produit de la frustration et du renoncement à la satisfaction des désirs autonomes de la part de l’ensemble d’une société. Le nazisme est ce « parti de la mort » [13] qui ne recrute que des « mutilés » [14], dont parle l’un des philosophes contemporains les plus attachés à Wilhelm Reich, à savoir le situationniste belge Raoul Vaneigem. Le nazisme est le produit de la frustration de la vie émotionnelle de tout un pays en crise, et plus important encore, la victoire du nazisme n’a été possible qu’à la seule condition de l’aveuglement des marxistes quant à la dimension émotionnelle de l’homme, et des enjeux politiques de cette dimension. L’ignorance des marxistes des années 30 sur cette question est totale selon notre auteur, et le jugement de Reich sur ce problème est aussi lucide que pessimiste. La Psychologie de masse du fascisme, bilan critique de la défaite politique du mouvement ouvrier allemand, constate avec amertume que si l’incorporation du freudisme dans le marxisme permet de comprendre « sur quelles forces s’appuie le fascisme » (PMF, p. 19), à savoir sur des forces émotionnelles et libidinales, il faut alors reconnaître que le mouvement ouvrier n’a tout simplement pas mener la bataille sur ce front de lutte, faute de le prendre théoriquement au sérieux. Ce dernier écrit : « on ne dispose d’aucune force émotionnelle à opposer au mysticisme » (PMF, p. 244) fasciste. En période de crise, le marxisme n’a eu rien à dire concernant la dimension affective des masses exploitées, alors que le nazisme a capté cette dimension affective pour en faire le moteur émotionnel de son accession au pouvoir.

Face à ce rendez-vous manqué du mouvement ouvrier allemand et de l’espoir révolutionnaire dans les années 1930, Wilhelm Reich invite les marxistes à viser une fin politique plus immédiate et en même temps plus universelle. Selon le psychanalyste, le marxisme doit se confronter à la question de la politisation de la souffrance psychologique des masses, non pas pour enfermer les masses dans les écueils de la psychologie bourgeoise et individualiste, mais pour que les masses considèrent que la création immanente du bonheur individuel et collectif est la seule arme révolutionnaire à même de terrasser la libido perverse de la jouissance sadique exploitée par le fascisme. C’est à cette condition, selon Wilhelm Reich, que la Révolution ne sera plus absente.

Pierre-Ulysse Barranque,
doctorant, co-directeur de In Situs. Théorie, spectacle et cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem (Grupen, 2013).

Notes

[1Chris Harman, La Révolution allemande, 1918-1923, Paris, La Fabrique, 2015, p. 33.

[2Idem, p. 305.

[3Walter Benjamin, dont on ne cessera dans cet article de voir la grande proximité avec les inquiétudes de Wilhelm Reich, ne disait-il pas dans la 11ème thèse Sur le concept d’histoire que : « Rien n’a plus corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant » ? (in Œuvres III [O3], Paris, Gallimard, 2000, p. 435)

[4Nous pouvons penser également aux Études sur la personnalité autoritaire, enquête sociologique dirigée par Adorno et publiée en 1950, dont l’analyse et les résultats se rapprochent des thèses de Reich sur le fascisme.

[5Wilhelm Reich, La Psychologie de masse du fascisme [PMF], Paris, Payot & Rivages, 2001, p. 292.

[6René F. Marineau, « Il y a cent ans : Wilhelm Reich, chef de file de la gauche psychanalytique et enfant terrible de la psychologie », Revue québécoise de psychologie, vol. 18, n° 1, 1997, p. 181. Idem pour la citation qui suit.

[7En France, à la même époque que Reich, mais dans un contexte plus littéraire que scientifique, c’est le caractère éminemment matérialiste de la psychanalyse qui séduit les surréalistes, alors engagés dans le Parti Communiste Français, et plus particulièrement André Breton. Les Vases communicants, de 1932, sont très clairs sur cette question : « le rêve puise tous ses éléments dans la réalité et n’implique hors de celle-ci la reconnaissance d’aucune réalité autre ou nouvelle », voilà ce dont « témoigne » « la philosophie matérialiste » (Paris, Gallimard, 1955, p. 135-136). Pour Reich comme pour Breton, la psychanalyse est précieuse, car elle seule permet de rapatrier dans le matérialisme, et pour un projet d’émancipation sociale, toute une dimension des phénomènes psychiques qui resterait sinon la chasse gardée de l’idéalisme bourgeois ou du mysticisme religieux, et qui participerait donc des forces réactionnaires.

[8Cette idée est particulièrement présente chez Freud lorsqu’il étudie les phénomènes religieux. C’est l’étude des phénomènes psychiques qui devient le paradigme des représentations collectives, comme la religion. Freud écrit dans La Psychopathologie de la vie quotidienne (1922) : « pour une bonne part, la conception mythologique du monde, qui anime jusqu’aux religions les plus modernes, n’est autre qu’une psychologie projetée dans le monde extérieur » (Psychanalyse, Paris, PUF, 1963, p. 150).

[9Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, Paris, PUF, 1995, p. 6.

[10Karl Marx, Philosophie, Paris, Gallimard, 1982, p. 488.

[11Il est connu que Wilhelm Reich est l’un des pères de la sexologie contemporaine, puisque l’une des premières études empiriques qu’il présenta à Freud était un mémoire sur La Fonction de l’orgasme (1927). Mais comme chez tous les penseurs issus de psychanalyse, le terme de « vie sexuelle » ne désigne pas seulement la sexualité au sens où nous l’entendons quotidiennement (les rapports sexuels), mais toute pratique procurant du plaisir. Autrement dit, à chaque fois que la question de l’émotion et du plaisir se pose, la psychanalyse considère que nous sommes dans le domaine sexuel des individus, ce qui ne veut pas dire que ce que l’on désigne alors est de l’ordre de la sexualité. Cependant les rapports sexuels étant le lieu des rapports les plus intense, notamment dans l’expérience de l’orgasme, ou ce que les lacaniens appelle avec une autre acception « la jouissance », les rapports sexuels peuvent servir de paradigme le plus significatif pour penser le rapport qu’un sujet entretien avec l’émotion en générale, et l’expérience du plaisir en particulier.

[12Par « mécaniste-mystique », Reich entend à la fois autoritaire et irrationnel.

[13C’est ainsi que Raoul Vaneigem a défini les forces réactionnaires, lorsque que j’ai eu le plaisir de l’interviewer en 2013. Selon ce dernier, la psychologie de Wilhelm Reich prolonge l’héritage théorique de Charles Fourier dans la pensée communiste du XXe siècle. Notons que Fourier est un auteur tout aussi indispensable pour Benjamin, que ce soit dans Paris, capitale du XIXe siècle ou dans les thèses Sur le concept d’histoire (Œuvres 3, p. 48-49, et p. 436-437), que pour André Breton, qui a écrit en 1947 une Ode à Charles Fourier.

[14Pierre-Ulysse Barranque, Laurent Jarfer (dir.), In Situs. Théorie, spectacle et cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem, Paris, Gruppen, 2013, p. 61.

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