Arme à feu contre pommeau de douche : ce qu’il faut savoir sur l’affaire du 27 avril

1 complément

En dehors des réseaux militants habituels, l’affaire des « motards agressés » – construite pour mieux masquer celle du « motard qui braque les manifestants » lors de la manif « Ni Le Pen, ni Macron » du 27 avril dernier – a d’abord fait couler bien peu d’encre dans les canaux médiatiques classiques. L’ampleur de l’opération et ses conséquences – six personnes poursuivies, dont cinq incarcérées, pour « violence aggravée et groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique » – méritent pourtant qu’on s’y attarde un peu. Cet article fait le point sur l’affaire et sera régulièrement mis à jour.

L’affaire a été jugée le 21 juin est a abouti à la condamnation de 4 personnes à 45 mois de prison ferme cumulés, plus 6 mois de révocation de sursis pour deux d’entre eux (voir l’article détaillé). Tout ça pour un jour d’ITT, et alors qu’au moins deux des condamnés ne sont même pas accusé d’avoir directement porté des coups, seulement d’avoir été présent à quelques mètres du motard !

En soutien :
- Soirée shibari le dimanche 2 juillet à la chapelle
- appel à don en ligne pour les frais de justice organisé par le collectif contre la criminalisation du mouvement social (CoCoCriMS)

Il y a presque deux semaines maintenant, une cinquantaine de fonctionnaires de police venait cueillir sept personnes au saut du lit, simultanément et dans six lieux différents, à Rennes. Cagoulés et arme au poing, les flics ont débarqué dans la chambre d’un enfant de dix mois, littéralement explosé une porte pourtant blindée et pénétré par erreur dans l’appartement du voisin d’une des personnes interpellées.

L’opération est digne des « coups de filet » antiterroristes, mais la presse locale se contente d’un compte-rendu clinique et lapidaire. Pas de déclarations victorieuses des autorités préfectorales, pas de conférence de presse, des informations délivrées au compte-gouttes à Ouest-France… Une fois n’est pas coutume, l’État se la joue profil bas. Les accusations qu’il porte, pourtant, sont graves. Mais ce qu’il cherche à dissimuler par son silence criant, l’est bien plus encore : le 27 avril, l’auteur de la « violence avec menace d’une arme » provient de ses propres rangs. C’est un motard de la police nationale et, dans un accès de panique, il a sorti son arme de service pour braquer la foule.

Aujourd’hui, ce n’est pas lui (ni d’ailleurs son collègue qui a tiré sur des gens à Brest pour « libérer sa frustration ») qui est incarcéré à la prison de Vezin-le-Coquet. Aujourd’hui, ceux qui sont derrière les barreaux, ce sont cinq personnes accusées d’avoir agité un pommeau de douche pour libérer la voie à des manifestants qui n’en peuvent plus de voir les manifs systématiquement entravées par de brutales forces de l’ordre. Une autre personne, mineure, est également poursuivie pour ces mêmes faits.

Les faits, les médias

Depuis bien longtemps heureusement, Ouest-France n’a plus le privilège de l’information et l’affaire a tout de même fait un peu de bruit.

Le site LundiMatin a mené son enquête auprès des proches des personnes interpellées et a publié lundi 5 juin un récit détaillé ainsi qu’une analyse préliminaire de l’opération. Cauchemardos, collaborateur régulier de ce même LundiMatin, a recensé quant à lui quelques affaires où les flics n’ont pu s’empêcher de dégainer pour effrayer les foules.

Dans sa livraison du lundi 12 juin, le même média revient sur le délit de "groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations" qui a servi à inculper les 6 de l’affaire.

A la suite de la publication d’une tribune dans le journal libération (reproduite ici), la police nationale a cru bon de communiqué sur twitter des éléments de l’enquête (en l’occurence des photographies de l’altercation avec le motard). Cette soudain accès de transparence (orientée, évidemment) des autorités a trouvé un écho dans la presse, jusqu’à faire publier par le même journal Libération un article siglé "désintox" qui revient longuement sur une expression malheureuse de la tribune qui affirmait que le motard n’avait pas été agressé ni menacé. Une réponse d’un des rédacteur de la tribune a été publiée par le site lundi.am.

Prises de position - tribune - communiqué

Consultez aussi le blog médiapart dédiée à l’affaire pour le suivi des réactions : https://blogs.mediapart.fr/diane-alma

- C’est le syndicat Sud PTT 35 qui a été le premier à réagir et qui a tenu à apporter son soutien aux camarades enfermés, en publiant un article ici-même dans lequel il revient sur ce qu’a été le mouvement contre la « loi travail » à Rennes et de la féroce répression dont il a fait l’objet.

- Dans la foulée, la Maison de la Grève publie un communiqué, suivie par le Collectif contre la criminalisation du mouvement social (CoCoCriM), qui réunit en son sein des membres d’organisations, partis ou syndicats (Solidaire 35, AG-interpro de Rennes, Alternative libertaire, Comité Stop Etat d’Urgence, Le Parti de Gauche,La CNT, Défense Collective, Maison de la Grève, NPA, SLB, Attac, Comité Zad de Rennes).

< Le communiqué est à lire ici au format .pdf.

- Dans une tribune publiée sur un blog de Mediapart, Olivier Sarrouy, maître de conférences à l’Université de Rennes 2 et Bernard Aspe, directeur de programme au collège international de philosophie, estiment que le « sort de ces manifestants » est celui qu’ils « nous promettent à tous » : « Naturaliser dans la vie économique le pouvoir légal de punir : nous contraindre, par toute une série de petites soumissions quotidiennes, à accepter ce que, au fond, nous ne désirons pas (le travail, la réussite, l’angoisse de n’être personne, etc.) ; et légaliser, par le droit, le pouvoir technique d’asservir les corps à l’ordre économique : assurer à tous ceux qui ne baisseront pas la tête la certitude de l’enfermement. »

- De son côté, la maison d’édition rennaise Pontcerq, développe ce qu’elle comprend de la situation : « Ce qui se passe maintenant n’est plus seulement un spectacle écœurant d’intimidation : c’est réellement que quelque chose est en train, sous nos yeux, d’être expulsé, détruit, liquidé – de manière très décidée et froidement commandée, sous l’action de brigades policières : la possibilité d’une résistance politique. »

- La maison de la grève a sorti le 12 juin un second communiqué revenant plus largement sur la politique répressive à la Macron, dans la droit ligne de ses prédecesseurs : « Quand on essaie de nous faire croire que ce sont les manifestations qui oppressent la police, quoi de plus logique qu’ils en arrivent à sortir leurs armes à feu ?
La police joue avec nos vies à chacune de ses interventions, la réciproque n’est pas vraie.
 »

- Une tribune cosignée par nombre de personnalités et de groupes locaux est diffusée le 13 juin :

< à lire ici.

- La tribune publiée initialement dans Libération, puis diffusée sous forme de pétition et signée par près de 5000 personnes : https://www.change.org/p/la-rue-rennes-laboratoire-de-l-ordre-en-marche
Celle-ci a fait l’objet d’une réaction publiée ici.

Soutien

Repas, fêtes… Plusieurs événements destinés à soutenir les personnes poursuivies dans cette affaire sont prévus au cours des prochaines semaines. Aucun rassemblement le jour du procès n’est appelé pour le moment, mais cet article sera mis à jour régulièrement, pour détailler les avancées de l’affaire.

- concert de soutien jeudi 8 à la chapelle
- nouveau concert de soutien aux inculpés de l’affaire est organisé ce jeudi 15 juin, toujours à la Chapelle. Plus d’info
- Un rassemblement à l’appel du CCCMS est organisé samedi 17 juin à 14h, place de la mairie.
- Soirée shibari le dimanche 2 juillet à la chapelle
- appel à don en ligne pour les frais de justice organisé par le collectif contre la criminalisation du mouvement social (CoCoCriMS)

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  • Le 13 juin à 10:08, par

    Mercredi 14 juin Soirée sardine grillées pommes de terre nouvelles glace,
    10€ en soutien aux inculpés
    à la Chapelle
    Fléchage a partir de l’arret robidou ligne C4

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