Troisième journée des rencontres intergalactiques

Zad de Notre-Dame-des-Landes
Antiracismes - colonialismes Autonomie & auto-gestion Ecologie

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Mercredi 26 août

Troisième journée des rencontres intergalactiques qui ont lieu sur la zad de Notre-Dame des Landes. La foule afflue davantage chaque jour. Les gens sont venus des quatre coins de France et d’ailleurs pour se plonger dans d’intenses discussions sur l’état des luttes aux quatres coins du monde. Nous sommes maintenant plus de 400.

Les discussions se sont enchainées toute la journée sous un grand chapiteau, face à une scène sur laquelle les concerts se succèdent la nuit tombée.

Des visites sont organisées tous les matins, pour faire découvrir la zad à toutes celles et ceux - très nombreux.ses - qui n’ont jamais foulé le sol de la zad.

Pour lire le compte-rendu des deux premières journées : Rencontres intergalactiques à la zad : Premières journées

La journée commence par une petite séquence de test des micros. Une équipe de traduction éblouissante est présente sur toute la semaine : Bla. Les traductions sont simultanées, et résonnent en anglais, espagnole et français dans des radios portables à disposition. Toute personne peut donc intervenir dans une de ces 3 langues.

Les étoiles de la guerre - Cantines en lutte

Discussion avec Fahima Laidoudi du Réseau Graine Pop des Luttes de Montreuil et d’ailleurs, les Lombrics Utopiques de Sucé sur Erdre, des équipes de l’Autre Cantine de Nantes, des membres de l’Internationale Boulangère Mobile, du Réseau de ravitaillement de Rennes, de la Cagette des Terres, de la cantine des Schmrutz et de la zad.

À travers les camps et les évènements de ces dernières années, on se rend compte que les cantines sont capitales. Le travail que représente le fait de nourrir les gens est très conséquent, des cantines ne cessent de se monter.
Cette discussion est une invitation à les rejoindre ou à leur filer des coups de main un peu partout.

Introduction de Fahima de Graine pop des luttes.

On vient pas de nulle part, on s’inscrit dans une histoire de lutte. Si la commune libre de Paris - ça fera 150 ans l’année prochaine - a pu tenir 70 jours, c’est grâce aux cantinières [1]. À l’époque c’était la misère, avec la peste qui n’était pas très loin, donc le ravitaillement était crucial. Pourtant c’est très peu documenté. On imagine qu’elles ont certainement fait les robins des bois, et vider les réserves de l’État pour se ravitailler.
Juste après les barricades, les premières à subir la répression sanglante, c’était les cantinières. Elles ont été photographiées pour les ficher et éviter qu’elles aillent en Allemagne continuer à nourrir les luttes.
La première coopérative de cantine a été mise en place par un type de l’AIT [2], dont le premier objectif était de permettre la réunion des travailleurs sans mouchard. Ça leur permettait effectivement de se retrouver, de manger sainement et pas cher, c’était un abonnement.
Il y a très peu d’image de tout ça, si des étudiant.es cherchent des sujets, il faut travailler là-dessus !
Tout ça pour dire que nous on a rien inventé, on vient d’une histoire collective dans laquelle on va puiser ce qui a marché et pas marché.

Tour de table des cantines

Les lombrics utopiques
Nous faisons des cultures collectives avec des personnes exilées, sur Nantes. On ravitaille "L’autre cantine" grâce à ce qu’on produit. Une partie de ces légumes permet de nourrir aussi une autre cantine mobile de lutte. Pour ça on a acheté du matériel pour faire à manger pour 100-200 personnes. On récupère aussi auprès de producteurs locaux, le plus possible végétariens et biologiques, et on va sur les lieux de blocages ou de manifestations. Les gens peuvent nous contacter pour nous demander de venir.
Un retour d’expérience qu’on peut faire, c’est sur la marche pour le climat de 2018. Avant la marche, beaucoup des jeunes étaient allés à Mac do ou au kebab. Y’avait une forme de dissonance cognitive. La marche suivante, on est venu avec la cantine mobile et des discours sur les manières de s’autonomiser. C’est donc un moyen pour nourrir les luttes mais aussi pour interpeller et discuter directement avec les gens de questions politiques. Par contre on a été assez peu visible, c’est assez important de pouvoir être bien visible sur les places publiques.

La cagette des terres
C’est un réseau de ravitaillement dans le pays nantais. Ça fait 3 ans qu’il agit dans le coin, depuis 2017. Cette initiative vient de la zad, mais aussi de paysan.nes du coin. Dans les années 70, à partir de 68, il y a eu un grand lien entre paysans, étudiant et ouvrier. Les paysans venaient ravitailler les usines, et les étudiants venaient travailler dans les fermes. On trouvait que c’était quelque chose d’important à remettre au goût du jour. On voulait redonner une continuité à cette histoire.
Le fonctionnement de la cagette s’articule autour de 4 piliers :

  • les producteurs et productrices du pays nantais. Ils et elles nous donnent ou nous vendent des choses, au prix qu’ils veulent.
  • l’équipe qui fait les repas, qui va sur place, etc.
  • des petites mains, qui donnent des coups de mains pour faire des conserves, etc.
  • les cotisants solidaires, qui donnent de l’argent. Certaines sections syndicales sont devenues cotisantes.
    On a construit une structure mobile, une sorte de très belle remorque, qui nous permet d’emmener les repas, mais aussi du matériel de sono, etc. Cette structure est très visible et c’est déterminant. Nous on a fait beaucoup de petit déjeuner sur les piquets de grève, parce qu’on s’est rendu compte que c’était un moment très dur pour les grévistes, à 5h du matin... Donc on fait souvent les petits déjeuners et les banquets de grève. On a participé intensément au mouvement des retraites.
    Il y a un petit réseau qui s’organise entre les différentes cantines et réseaux de ravitaillement ici (Lombrics utopiques, L’autre cantine, Réseau de ravitaillement de Rennes, etc.). Et c’est assez beau de voir ces interactions.
    Aussi la cagette des terres est pensée pour intervenir avec de la nourriture, mais ce qui nous importe aussi c’est de mettre des tables et des bancs, marquer notre présence, créer une porte d’entrée pour des rencontres, etc. C’est un outil précieux pour créer des ponts.

Cantine des Schmrutz
C’est une cantine vegan créée il y a une vingtaine d’année, par deux personnes veganes. À l’époque sur la plupart des évènements, les repas n’étaient jamais vegan. Depuis, ces deux personnes se sont mises aussi à produire des légumes.
C’est une structure associative parce que c’était plus facile pour la gestion financière et matérielle. Le vegan est vachement plus facile pour la gestion des produits frais, pour les chaines du froid et la péremption des produits.

C’est aussi les Schmurtz qui nourrissent les rencontres intergalactiques...

L’autre cantine
La cantine s’est créé il y a deux ans, lors d’un campement d’exilé·es qui avait lieu sur une place à Nantes et qui réunissait plusieurs centaine de personnes. On était quelques un·es à faire à manger chez nous, pour nourrir le camp. Un jour on s’est retrouvé pour s’organiser mieux, et des gens nous ont dit qu’ils avaient ouvert un lieu disponible pour faire une cantine.
Le mieux était évidemment que les personnes exilées fassent à manger elles-mêmes, donc les équipes se sont montées comme ça. C’était il y a deux ans, on s’est monté en association pour des questions de praticité, on s’est mis à faire des récup’, et on a aussi tenu beaucoup de discours pour dénoncer les conditions d’accueil et la précarisation galopante. Globalement, on fonctionne avec des récup’ et des dons. Les lombrics utopiques nous filent aussi un sacré coup de main.
On est une quarantaine dans la co-présidence de l’association, mais plutôt une centaine à être actif. Avec un réseau plus large de plusieurs centaine de personne à qui faire appel à des moments.
On fait des cantines quotidiennement depuis deux ans, au square Xavier. Les récup’ auprès des magasins (qui défiscalisent ce qu’ils donnent) nous permettent de tenir ce rythme. On aimerait aussi avoir plus de liens direct avec des producteurs, mais on a du mal à sortir la tête pour voir ailleurs que la gestion quotidienne.
Le lieu nous permet aussi de faire de la distribution de vêtement, de l’accueil de jour, etc. Participer à la cantine est aussi un appui dans les démarches administratives.
L’autre cantine est pas mal suivie à travers la France, on communique souvent sur la situation à Nantes pour les personnes exilées. L’autre cantine a continué pendant tout le confinement.

Cantine de la zad
J’ai participé au camp action climat de 2009 sur la zad, et il y avait 3 cantines. À l’époque le discours vegan était très minoritaire, et 10 ans plus tard ce sont les politiciens eux-mêmes qui disent qu’il faut limiter l’élevage et développer les protéines végétales. Pour moi c’est un thème centrale. Pour sortir de ce système de production, faut mettre les mains dans la terre.
Avec la cantine de la zad, on a changé de nom à chaque fois, la dernière c’était "Vivre libre et nourrir". Pour le moment y’a plus grand monde dans la cantine, alors on recrute ! Et sinon on sait qu’on peut rejoindre d’autres cantines ailleurs. On est souvent allé à Calais, faire des cantines pour la jungle.
Quand je suis arrivé ici, j’avais beaucoup d’idéaux politiques et je me suis dit qu’il fallait d’abord bouffé et pas juste rester dans le monde des idées.

Graine pop des luttes
La particularité de Graine pop des luttes c’est que c’est un réseau, pas un collectif. C’est un réseau de rencontres qui s’est créé en 2005, quand on se prend de grand coups dans les quartiers populaires. On se dit qu’on va pas s’en sortir tout seul et qu’il faut sauter le mur et aller voir ce qui se passe ailleurs. Pendant les occupations des indignés et de nuit debout, on voit qu’à chaque fois faut recommencer de zéro au niveau du matériel. On se dit alors qu’on va faire du commun, regrouper du matériel et qu’on peut mettre à disposition pour les occupations. On essaie de faire que le matériel revienne. Y’a beaucoup de dons.
Graine pop des luttes, c’est un outil pour les quartiers. Aujourd’hui on est plus trop isolés. Les jeunes de 2016 contre la loi travail se sont rapprochés de nous. En 2005 y’a une phrase de Sarkozy que je kiffe, elle est magnifique il faut le reconnaître : "Si les luttes des quartiers populaires et du CPE se réunissaient ce serait la révolution". Voilà c’était une bonne claque pour les gauchos. Et là, en 2016 moi j’ai halluciné, les jeunes ils étaient à fond. C’est une nouvelle génération avec laquelle y’a plein de choses qui sont possibles. Y’a une prise de conscience que chacun de notre côté on ira pas bien loin.
Actuellement dans les quartiers, les luttes autogérées sont par terre, complètement déstructurées. Tout ce qu’on avait gagné s’est écroulé. C’est dramatique et je le dis avec les larmes aux yeux. Aujourd’hui les gens se tuent entre eux, et on va vers la favela. Le système en face a tout fait pour nous destructurer, et nous il faut qu’on regarde aussi ce qui ne va pas.
Quand on regarde pas les ennemis communs, on se construit des ennemis entre soi. Donc Graine pop des luttes propose comme outil : la bouffe. Toutes ces histoires dramatiques commencent par des frigos vides. Par des enfants qui ne peuvent plus aller à la cantine parce que les parents ont plus de bouffes. Donc, on commence par là.
En 2016, on a eu deux crimes policiers à Beaumont et aux Lilas. À Beaumont, ils faisaient déjà des choses ensemble avant ça, et donc ils ont pu réagir. Aux Lilas, ils sont tellement écrasés quotidiennement qu’ils arrivent pas à s’organiser, et ce crime est très peu connu.
Pour faire plus court, on montre aux gens comment se nourrir, comment faire de la récup’, comment trouver des plans, etc. Il y a des endroits où les gens achetent de la bouffe pas cher, d’autres qui ne font que de la récup’. Chaque groupe fait comme il veut, c’est ça l’autonomie. On se transmet les expériences, mais chacun fait comme il veut là où il vit.
Là on cherche à monter une structure pérenne, avec un resto et une coopérative.

Réseau de ravitaillement en pays rennais
En 2016 sur Rennes y’avait plusieurs cantines de lutte. On a décidé de fusionner tout ça et de créer le réseau de ravitaillement.
On fait beaucoup de récup auprès des producteur et auprès d’une plate-forme bio. On fait des repas de soutien pour des collectifs de lutte. Parfois on fait un peu de sous, et alors on divise entre de l’auto-financement, des dons pour l’anti-repression et pour des collectifs de lutte.
On était ici en 2018 pendant les expulsions. On a aussi soutenu les facteurs et factrices en grève : on leur faisait à manger et on faisait aussi des paniers repas pour soutenir la grève.
On a aussi soutenu le personnel de Manitou, ils était 13 à faire grève. Notre présence les remotivait, faisait du lien et les soutenait matériellement.
On a aussi fait ça auprès des cheminots.
On est présent.es dans les manifs avec du thé et du café, mais aussi avec des alternatives aux merguez de la CGT, des sandwiches vegan. Le but c’est de motiver les gens, et de faire du lien.
On réfléchit aussi à comment faire pour que ces liens se perennisent dans le temps, avec les producteurs, avec les syndicats, etc. Depuis le confinement, nos distributions ont un peu changé puisqu’on fait beaucoup de ravitaillement auprès des personnes dans la galère. On se demande comment donner du contenu politique à ces distributions.

Internationale Boulangère Mobile
L’IBM a été créée en 2018, ici à la zad, pendant la fête de la victoire contre l’aéroport. On était un grand nombre de personne à faire du pain dans des collectifs et des situations différentes. On s’est demandé comment faire du lien et comment intervenir dans des évènements.
Moi, je fais partie de la Pâte mobile, on fait du pain pour des camarades, et pour des réseaux de soutien. On est bénévole. Mais il y a aussi des gens pour qui faire du pain c’est une manière de se dépatouiller dans le capitalisme et qui gagnent de l’argent comme ça. Donc y’a une grosse diversité de structures parmi nous. On essaie de construire des solidarités parmi nous, en s’échangeant des recettes, des coups de mains administratifs ou des idées. Là y’a l’idée de monter une école de boulangerie autogérée, avec une première session test qui a eu lieu cette année.
Au-delà de la construction de ce réseau, y’a aussi un enjeu autour de notre intervention dans les luttes sociales. Ce qu’on fait pas mal c’est de venir sur des camps internationaux pour faire du pain, comme par exemple à Ende Gälende l’année dernière.
L’IBM est un réseau francophone pour le moment, mais on a envie de dépasser ce cadre et de se lier avec des collectifs d’ailleurs. Et on est toujours à la recherche de nouveaux liens pour renforcer ce mouvement.

Débat

Plusieurs questions et témoignages surgissent après cette présentation, dont la question de savoir comment donner plus de sens politique à ce qu’on fait. Qu’est-ce qui distingue les cantines de luttes des restos du coeur ?

Une personne du public et une autre du réseau de ravitaillement de Rennes témoignent de leur tentative d’écriture de textes ou de banderoles. Ou du fait d’accompagner les distributions de petite revue de presse, d’un agenda des prochains rdv de manif, d’impression d’articles chouettes,...

Une personne de L’autre cantine : "Ce qui nous distingue de l’humanitaire, c’est le fait de ne mettre aucune condition sur les distributions, et d’intégrer les gens dans l’organisation. On ne fait pas les choses pour les gens, on fait les choses ensemble. Il faut de la patience pour réussir à partager ensuite le sens politique de ce qui est tenté, ce n’est pas simple mais on a pas trouvé mieux."

Une personne de Graine pop de lutte : "Je ne comprends pas le fait de vouloir se distinguer du secours pop : Quand tu distribues de la bouffe, tu fais déjà de la politique, les gens ils discutent, etc. Quand tu vas chez l’assistante sociale tu ressors encore plus dégoutée. Alors quand tu rencontres des gens bienveillants, déjà tu relèves la tête. Les gens ils posent des questions, s’informent sur qui tu es. Nourrissez déjà les ventres vides, et après ça laissera de la place pour réfléchir !"

Une personne de la cagette des terres : "Nous on ne nourrit pas les luttes, on ne nourrit pas le monde. Les gens qu’on rencontre ce ne sont pas des gens qui ont faim, même si y’a des galères bien sur. Donc nous c’est sur qu’on se triture pour trouver comment donner un autre sens à ce qu’on fait. On se dit moins qu’on nourrit, mais qu’on agit sur des ambiances, qu’on tient la rue, etc."
Une autre de la cagette des terres : "Tout ça ne s’oppose pas, et ce qui nous traverse tous je pense, et qui nous distingue des autres organisation, c’est qu’on est capable de prise de risque bien plus fortes, d’audace, y compris quand le pays est confiné et que toutes les autres orga sont fermées..."

Murray Bookchin, écologie sociale & communalisme

Intervention de Floréal Romero.

Murray Bookchin est revenu en force depuis l’autodétermination du Rojava. Territoire sur lequel sa pensée a été réactualisée concrètement par le PYD. Pour Floréal Romero, ce resurgissement nécessite une compréhension plus complète et une adaptation de sa théorie à ce qui se joue ici et maintenant.
Romero est un espagnol exilé qui attend la mort de Franco pour retourner sur la péninsule. En attendant, il cherche de l’inspiration dans l’anarchisme, où il ne trouve que des sigles vidés de leur contenus. C’est à travers la lecture de Murray Bookchin qu’il prend l’initiative d’agir concrètement. De retour en Espagne en 1987, il constate l’effacement de la mémoire populaire par 40 ans de franquisme. La reconstruction est difficile. Il tente de mettre en place un éco-village, cela s’avère vite être une impasse. Il se consacre alors à la réactualisation de la pensée de Bookchin.

Murray Bookchin

Murray Bookcin naît en 1921 dans le Bronx, au sein d’une famille juive exilée de Russie. Il est marqué par l’assassinat de Sacco et Vanzetti en 1927. Sa grand-mère lui dit : « n’oublie jamais ce que fait le capitalisme à ceux qui s’y opposent ». Lorsqu’il a neuf ans, son père meurt, il doit travailler pour survivre. Il entre au parti communiste, vend des journaux et prend des cours du soir avec des ouvriers. En 1936, il est en désaccord avec la ligne du parti qui considère les socialistes comme des fascistes. Là-dessus s’ajoute l’alliance entre l’URSS et l’Allemagne nazie et le soulèvement espagnol. Ces événements le forcent à quitter le parti et il tente de rejoindre les Brigades internationales, mais à 15 ans il est trop jeune pour partir sur le front. Il rejoint alors une organisation trotskyste. Peu de temps après Trotski est assassiné et le trotskysme éclate en groupuscules. Bookchin s’intéresse particulièrement à la question écologique.

En 1948, 500.000 ouvriers mènent une grève très dure aux États-Unis. La bataille est gagnée par le patronat. Les syndicats se muent en comités d’entreprise et les ouvriers acceptent les améliorations proposées par le patronat. Le syndicalisme-révolutionnaire, socle combatif de Bookchin, s’effondre. Le prolétariat s’effrite, la classe ouvrière est démantelée et intégrée dans l’amélioration capitaliste. Le mouvement est à la recherche d’un nouveau sujet révolutionnaire, l’ouvrier ne faisant plus office.
En 1962, Bookchin publie un livre qui met en lumière les pollutions de l’industrie agricole et les destructions de l’écosystème qu’elle engendre. Pour lui la première contradiction du capitalisme, celle qui consistait à réduire en l’esclavage le prolétariat pour fonctionner, a pris fin aux États-Unis. Il révèle la deuxième contradiction du capitalisme : pour exister, l’économie est obligée d’anéantir toutes formes de vie. C’est sa structure même, croître ou mourir, qui oblige cela. Bookchin affirme qu’il n’y a pas d’aménagement possible du capitalisme. Il publie Our Synthetic Environment quelques mois avant Silent Spring de Rachel Carlson, qui déclenche un raz-de-marée dans la politique fédérale envers les biocides de synthèse. Murray Bookchin passe inaperçu car, contrairement à Rachel Carlson, il remet fondamentalement en cause le capitalisme.

L’écologie sociale

Les 4 piliers de l’écologie sociale de Murray Bookchin sont :
1. Le Constat. Il est facile à établir et il est plutôt consensuel : le capitalisme détruit le vivant.
2. L’Analyse. Bookchin considère le capitalisme comme un système économique obligé de croître, un sujet automate, qui détruit irrémédiablement tout ce qui entre en contact avec lui. Il décrit l’État comme une pièce fondamentale du capitalisme qui solutionne les conflits de classe, formalise et normalise les altérités, et surtout favorise le marché. Il pense l’État et le capitalisme comme interdépendants.
3. Le but. Sortir du capitalisme.
Bookchin puise de l’inspiration dans les types de cultures ou de sociétés qui ont précédé le capitalisme, tout en prenant en compte les nécessités et spécificités locales.
4. Les moyens.
Effacer toute forme de domination.

Très inspiré de la révolution espagnole, il critique toutefois la décision de la CNT de ne pas assumer le pouvoir en Catalogne. Il critique les leaders ainsi que l’absence de structure qu’il considère comme favorisant toujours les plus forts. Il considère le consensus comme une manière pour les plus insistants de prendre le pouvoir. Il pousse à aller déceler où se situe réellement le pouvoir et à distinguer entre le pouvoir qui engendre des rapports de domination et le pouvoir de créer, d’imaginer, de mettre en place. Il pense qu’on ne peux pas tourner le dos aux lieux où se prennent les décisions, qu’il faut prendre en main nos affaires là où on habite. Il propose, dans le communalisme, de se présenter aux élections municipales pour prendre le pouls des forces en présence. Cela pour développer des assemblées décisionnelles qui ont pour but de remplacer les conseils municipaux. Ces assemblées ont pour tâche de prendre en considération le milieu dans lequel elles naissent, qu’il soit social, écologique, quelles que soient les différences entre les habitants de ce milieu. Pour mettre au point sa pensé, il tire le meilleur de la critique marxiste du capitalisme, le rejet de toutes formes de domination issu de l’anarchisme, la nécessité de prendre en compte la variété des formes de vie de l’écologie et la structure du confédéralisme. En effet, une structure fédérale permet l’articulation entre les différentes communes.
Bookchin critique férocement les technologies dans leur utilisation actuelle, tout en mettant en avant le rôle libérateur auquel on peut les employer. Il admet que les décision doivent se prendre à la majorité, tout en considérant les positions minoritaires.
Il critique deux positions qu’il juge extrémistes, la première étant de considérer que l’humain peut dominer les autres règnes vivants, la deuxième que l’humain est un animal. Il voit l’être humain comme singulier des autres règnes, sa différence avec les animaux étant la conscience de soi, la pensée rationnelle et la capacité d’imagination. Son rôle est alors d’inventer des formes d’organisation sociale et de les entretenir dans le respect de son milieu et des êtres vivants qui le compose.

Tournée de cookies pour tout le monde

Quelle auto-défense collective face aux violences policières ?

Avec des membres des collectifs « Justice et vérité pour Babacar », collectif « Désarmons-les », l’Assemblée des Blessé.e.s et Vies volées.

On assiste à une montée du fascisme, du racisme, des crimes policiers aujourd’hui dans de nombreux pays. Depuis quelques années, on parle de ces thématiques là sur la ZAD et on fait du lien avec les familles des victimes.

Vies Volées

Fahima Laidoudi présente le collectif Vies Volées : depuis 2011, Ramata, sœur de Lamine Dieng a la volonté de réunir toutes les familles de victimes.
Car chaque famille repart à zéro à chaque crime policier : trouver un avocat, parler aux médias, … De plus, les mêmes mécanismes se mettent en place de la part de la police : effacer les preuves, culpabiliser les victimes, … Vies volées a la volonté de mettre les expériences de ces familles en commun : Trouver de l’argent pour l’avocat, avoir une liste d’avocat, …

La question qu’on a envie de se poser aujourd’hui c’est : Quelle police voulons-nous ?

Vérité et Justice pour Babacar

Présentation de Awa Gueye.
Le 3 décembre 2015, Babacar a été assassiné de 5 balles dans le dos dans le quartier de Maurepas à Rennes. Il faisait une crise d’angoisse et avait besoin de pompiers. Mais c’est la police et la BAC qui sont venues et qui lui ont tiré dessus. Awa insiste sur le fait que c’est parce que Babacar était un enfant de tirailleur sénégalais, un homme noir, que la police l’a assassiné. La police a porté plainte contre Babacar le jour où il a été tué.
Quand Awa a appris la mort de son petit frère, elle a mené seule l’enquête dans les jours qui ont suivi pour connaître la vérité sur la mort de son frère. Babacar a été enterré au Sénégal. Mais Awa est revenue en France pour mener la lutte avec toutes les familles de victimes de violences policières, et aussi auprès des gilets jaunes.
Les policiers ont demandé une mutation, mais continuent à porter des armes.
L’expertise balistique a révélé l’année dernière qu’aucune balle n’est arrivé en face de Babacar.
De plus, les scellés des armes ont été détruits « par erreur ».
Awa a demandé une reconstitution des faits. Elle a demandé des nouveaux éléments.
Les policiers sont prêts à tout pour étouffer le dossier mais Awa ne lâchera pas le combat.

Présentation du collectif Désarmons-les et de l’assemblée des blessé.es

Ian du collectif "Désarmons-les" commence son intervention avec une citation de la sœur de Jacob Blake, Letetra Widman : « Je ne suis pas triste, je ne veux pas de votre pitié, je veux le changement ».

Depuis 2012, le collectif a des liens avec « Urgence notre Police Assassine », puis avec des personnes mutilées lors de manifestations, dans les quartiers et dans les stades.
Le lien s’est fait lors de l’état d’urgence et de l’assignation à résidence de 25 anarchistes et 800 personnes de la communauté musulmane en 2015.
On combat la police comme institution raciste et l’histoire coloniale française. On est dans une perspective décoloniale, anti-nationaliste, anti-autoritaire et libertaire. On a aussi une approche sensible : on se pose la question de qu’est-ce que ça implique d’être blessé·e, en disqualifiant l’approche viriliste. Ce n’est pas non plus une association d’aide aux victimes, on fait avec les familles. C’est un collectif horizontal, sans leadership assumé, et réflexif sur les questions de race et de genre.

Ces dernières années, avec le collectif, on a fait des tables rondes, des formations sur les armes de la police, des manifestations, des actions, de l’éducation populaire, des formations sur le maintien de l’ordre colonial, des accompagnements juridiques, des témoignages de moralité, des plaidoyers, des tribunes de dénonciation, et on a aussi participé à la commission d’enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre (là on a touché à nos limites en termes institutionnels). On soutient des campagnes abolitionnistes, on demande le désarmement de la police : grenades, taser, mais aussi matraque et tonfa… On soutient financièrement les blessé·es, on fait des accompagnements psychologiques des victimes, on soutient les campagnes des familles de victimes comme la campagne contre les techniques de plaquage ventral (« Laissez-nous respirer ») ou comme la campagne contre la loi « permis de tuer » (qui a par exemple permis un non-lieu confirmé dans la mort d’Angelo Garand).
On a participé à diffuser les applications « bad citizens » (sur les droits juridiques) et « Urgence, violence policière » (qui permet de filmer la police et d’envoyer les données directement sur un serveur).
On prépare aussi une campagne contre les experts judiciaires (qui sont ceux qui innocentent les flics) et une autre pour faire pression sur les sociétés d’assurance (parce que le fait d’être blessé en manif’ rentre dans la catégorie « émeutes et violences urbaines » et n’est jamais pris en charge par les assurances).

La situation actuelle nous permet d’assumer plus clairement des objectifs comme le démantèlement de la police. Ce qui pose directement la question : Qu’est-ce qu’on fait sans police ?
Deux groupes aux USA réfléchissent concrètement à l’abolition de la police : « 8 to abolition » & « MPD150 ».
Lutter pour l’abolition de la police demande que nous reprenions en main notre sécurité quotidienne, et pose la question de la justice communautaire.
La question de la justice réparatrice demande que nous nous questionnons sur nos attitudes face à toute sorte de conflits, des plus quotidiens aux plus graves. Qu’est-ce qu’on fait face aux viols, aux meurtres, aux troubles psychiatriques ? La première chose à se dire, c’est qu’on n’appelle plus la police ! Au pire, on se rend dans le commissariat mais on ne les fait pas venir dans nos communautés parce qu’ils font de la merde une fois sur deux, et l’autre fois ils ne servent à rien.

On ne va pas brûler les prisons tout de suite, on va d’abord les vider, notre stratégie n’est pas réformiste, mais on y va de pas à pas :
• Définancer la police, empêcher le remplacer les policiers, … agir pour la démilitarisation des communautés, le désarmement de la population…
• Vider les prisons. Bloquer la construction de nouvelles prisons.
• Décriminaliser les pratiques de survie (vagabondage, prostitution, vol à l’étalage, …).
• Investir dans les services communautaires, dans nos communes, l’auto-organisation de la sécurité communautaire.
• Procurer des logement pour tou.tes parce que les personnes à la rue sont les premières victimes des violences d’État. Procurer des Soins pour tou.tes, faire attention les un.es aux autres (le care).
• Rappeler la dimension internationale de ce combat, l’importance de l’abstentionnisme et la méfiance envers les institutions.

Distinction entre répression et oppression :
On s’est concentré dans nos milieux militants sur l’anti-répression. Or, un militant blanc de classe moyenne, quand il va en manifestation, il choisit d’y aller, il va au devant des violences policières.
A contrario, l’oppression va vers les personnes qui n’ont pas choisi. L’auto-défense se situe du côté de ces opprimés (exemple des blacks panthers).

Pour soutenir les familles de victimes de violences policières, on appelle à aller aux marches blanches, signer des pétitions, partager l’information, filer de la thune, imprimer des stickers, vendre des t-shirts, coller des affiches, …

Notes

[1Il y avait aussi 1 ou 2 hommes, mais c’était surtout des femmes

[2Association Internationale des Travailleurs

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