Echos de l’organisation populaire contre le coronavirus en Italie

Italie
Dynamiques collectives Soins - Santé - Psychiatrie - Médic

L’Italie a une dizaine de jour d’avance sur nous en matière de propagation de l’épidémie, il est donc intéressant d’observer ce qui s’y met en place en matière d’organisation contre le virus et malgré le confinement.

Compte-rendu Réseau des biens communs émergents et à usage civique.

(rete beni comuni emergenti ad uso civico, Italie)
Assemblée numérique extraordinaire
12 mars 2020

Nous publions le compte-rendu de l’assemblée du 12 mars, qui a été un premier moment de rencontre, avec plus de 65 personnes connectées en visioconférence, pour ouvrir par voie numérique nos espaces de rencontre et de réflexion.

Nous avons échangé sur : réflexions communes, échanges de pratiques et propositions opérationnelles.

Voici quelques points sur lesquels nous avons réfléchi :

  • nous nous sommes appropriés les mesures gouvernementales qui servent à limiter la contamination, parce qu’il est nécessaire de prendre soin de nous-même, surtout pour protéger les plus vulnérables ;
  • en même temps, nous revendiquons aussi cette protection pour les détenu.e.s, les travailleur et les travailleuses, les personnes qui vivent dans des familles violentes et des conditions précaires de logement. Nous nous demandons aussi ce qui arrivera aux personnes sans abri et sans domicile fixe ?
  • nous savons qu’il est important de maintenir une attention élevée aux limitations des libertés, que nous considérons aujourd’hui comme acceptables, mais qui pourraient s’ancrer et devenir des pratiques habituelles ;
  • Pensons à l’après. La diffusion du Coronavirus a mis en évidence le rôle irremplaçable de la santé publique, car l’épidémie ne peut être combattue que si tous et toutes ont accès à la prévention et aux soins. Nous nous rendons aujourd’hui dramatiquement compte que les moyens actuels sont insuffisants, et qu’en sont majoritairement responsables les politiques de réduction des dépenses publiques, qui ont progressivement réduit le financement de la santé. Avec la fermeture des bars et des attractions touristiques en ville, nous nous rendons compte que la monoculture touristique, qui considère le tourisme comme principal moteur du développement urbain, a vidé les centres historiques des personnes et des lieux qui peuvent faire communauté. Ce ne sont que quelques exemples d’une « normalité » qui nous a porté à l’effondrement avant même la situation d’urgence actuelle. Aujourd’hui nous savons que nous ne voulons pas « retourner à la normalité », car cette normalité était le problème.

Nous avons cartographié quelques-unes des pratiques de mutualisme communautaire et de solidarité que tout un chacun peut mettre en place dans les territoires :

  • travail de soin : proposer de s’occuper des enfants dont les parent travaillent, et mettre en relation les demandes d’assistance et les personnes disponibles.
  • courses/médicaments : faire les courses pour les personnes les plus à risque et les personnes qui ne peuvent pas sortir de chez elles. Mettre en relation les demandes d’assistance et les personnes disponibles.
  • Assistance syndicale et légale au travail, soutien politique aux luttes [1]
  • Groupe d’assistance antiviolence et d’aide psychologique
  • Autoproduction et livraison à domicile de produits d’hygiène, de désinfectant et de masques chirurgicaux
  • Tenir des émissions de radio, comme instrument de convivialité et comme voie de diffusion de contenus et d’informations
  • Multiplier les moments de réunion, car nous avons besoin de nous rencontrer plus souvent

Nous avons réfléchi sur quelques propositions à réaliser collectivement (si vous voulez donner un coup de main, ou juste suivre ce qui se passe, ou proposer quelque chose, écrivez-nous par mail à benicomuni.incomune@gmail.com) :

  • Autoproduction : échanger les « recettes » et modalités pratiques, réaliser des manuels, pour l’autoproduction de désinfectant et de masques
  • Radio : imaginer une plate-forme à remplir avec la participation du réseau, avec une rédaction large et participative
  • Pétition : penser à une pétition, à partir des revendications de revenus, qui pourrait aussi se décliner sur d’autre supports comme les balcons, les banderoles, etc…
  • Analyse : penser à une sorte d’Observatoire, avec des comptes-rendus hebdomadaires, de questions et de phénomènes à envoyer aux citoyens et aux institutions ; mettre en place une série de critères pour évaluer l’impact socio-économique des mesures prises.
  • Plateforme digitale : profitons-en pour améliorer nos outils digitaux et comprenons comment soutenir les outils open-source. Nous réfléchirons également sur les modalités d’usage de ces instruments : par exemple, en construisant un guide pour l’animation des assemblées en ligne
  • Revenu de quarantaine : nous suivons et soutenons les revendications des travailleurs et des travailleuses, et la campagne pour le revenu de quarantaine
  • Dette publique : il n’y a pas que les particuliers qui remboursent les prêts. Nous demandons d’étendre aux collectivités locales la suspension des remboursements des emprunts, comme le gouvernement l’envisage pour les entreprises privées et les familles.
  • Réseau international : organisons un ou plusieurs appels internationaux, pour échanger des informations et des réflexions, mais aussi pour réfléchir au niveau de l’Union Européenne : par exemple, pourquoi n’avons-nous pas de norme minimale contraignante pour les systèmes de santé ?
  • Communication : en général, développons tous les canaux de communication : par exemple faire des podcasts à diffuser sur les réseaux sociaux, cherchons des collaborations avec les médias locaux.

Enfin, sachons que tout état d’urgence laisse des traces dans la vie ordinaire. Cherchons à être partie prenante de ce changement, et non de le subir. Travaillons à un document politique pour repenser le réel, questionner aussi quelques rhétoriques, en commençant par répondre à la question : qu’est-ce qui nous a déjà changé.e.s, avant l’état d’urgence ? Comment ?

Nous appellerons à la constitution de groupes de travail pour continuer à réfléchir sur la « normalité » à laquelle nous ne voulons pas retourner et sur « l’après » que nous souhaitons construire, à partir de nos lieux. Commençons par des thèmes comme : le tourisme, l’arbitraire, la dette publique, l’environnement, la protection de l’emploi…

Sur ces questions, nous ne voulons pas retourner à la situation de départ, mais nous voulons réfléchir à un autre modèle social.

L’assemblée se réunira de nouveau la semaine prochaine, à une date à définir de manière à éviter le chevauchement avec d’autres événements (vous pouvez signaler les événements qui se déroulent à benicomuni.incomune@gmail.com).

Mardi, de 20h à 21h, nous participerons a « l’appel en commun » de Remix the commons, moment d’échange du réseau français des communs.

Pour participer, écrire à benicomuni.incomune@gmail.com

Notes

[1Voir cet article sur les mouvements en cours dans les usines en Italie (note d’expansive).

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