La Catalogne entre deux feux

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Dimanche 1er octobre, jour du référendum pour l’indépendance de la Catalogne, jugé illégal par le Tribunal constitutionnel de l’État espagnol, plus de deux millions de Catalan.es se sont rendu.es aux urnes, accueilli.es par de violentes charges policières. Les déclarations du président Mariano Rajoy « fier de l’action de la police », celles du roi (« Le problème en Catalogne, c’est les indépendantistes ») et le soutien des socialistes libéraux et journalistes d’État creusent encore le fossé. Face aux aspirations à l’autodétermination, les autorités espagnoles refusent tout dialogue et cherchent à imposer le statu quo par la force. Pour comprendre ce qui s’est passé ces derniers jours, voici le témoignage d’un français qui a vécu les événements depuis Barcelone, suivi de la traduction d’un article datant de 2012, montrant deux visions de l’indépendance qui coopèrent et s’affrontent tour à tour : social-libéral versus libertaire-révolutionnaire.

« Si les élections pouvaient changer la vie, elles seraient interdites », ironise un vieil adage anarchiste. Ces jours-ci, le paradigme s’est d’une certaine manière inversé : c’est parce que ce référendum a été déclaré illégal qu’il a constitué un moment de rupture aussi intense. Organisé de manière semi-clandestine, il a remis en marche des réseaux de complicité qu’on pensait enterrés avec Franco. Comme au temps du caudillo, les urnes ont ainsi été acheminées dans le plus grand secret depuis la Catalunya Nord (région de Perpignan). Puis cachées dans des centaines d’endroits rocambolesques, comme des cimetières, sur tout le territoire Sud, se moquant des contrôles de police en mode Go fast à la frontière.

Dans le même temps, dans la plupart des quartiers et villages, des comités de défense s’organisaient pour faire face à la répression qu’annonçait l’arrivée de 10 000 militaires et policiers d’Espagne. Plusieurs jours avant, les bureaux de vote étaient occupés, prenant de vitesse tribunaux et forces de l’ordre. Au nord de Barcelone, Manresa, ville de 75 000 habitants a par exemple retiré les portes de ses bâtiments officiels pour leur éviter d’être fermés ou mis sous scellé. La nuit précédent le scrutin, les urnes ont enfin été distribuées avec des moyens dignes d’un vieux film d’agents secrets. Pour aller voter, le président catalan Puigdemont a dû semer l’hélicoptère de l’armée espagnole en changeant de voiture dans un tunnel… Finalement, le 1er octobre se réveillait pour défier l’État Espagnol, comme jamais depuis la fin de la dictature franquiste, dans une étrange calma tensa [1].

Diffusée en direct par les réseaux sociaux et les médias catalans, l’attaque des bureaux de vote et des votant.es par les militaires et policiers a révolté le pays. Un autoritarisme d’une violence que personne n’avait imaginée, et qui a entraîné une résistance immédiate. Pour nombre des dizaines de milliers de personnes qui ont affronté la répression, une brèche s’est ouverte. Car ce qui prend corps entre les gens dépasse la simple question de l’indépendance. Sur une des barricades improvisées, un ami élu à la mairie s’enflammait en me disant, hilare : « On n’a pas connu un tel niveau d’auto-organisation depuis 1936 !  »

Lire la suite, ainsi qu’un texte d’analyse sur les perspectives révolutionnaires au sein de l’indépendantisme catalan, chez Jef Klak.

Notes

[1"tension calme".

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