Suite à une réunion sur la stratégie d’autodéfense administrative, quelques occupant-e-s qui ont réfléchi à la communication interne à ce propos ont rédigé ce texte explicatif.

Depuis de nombreuses années, à travers différents espaces intercomposantes, une partie du mouvement contre l’aéroport a discuté des suites souhaitables si le projet d’aéroport était abandonné, l’une d’elle était la nécessité d’obtenir une gestion collective des terres pour continuer à faire vivre nos activités ici et permettre à toutes et tous de rester. En début d’année, une délégation intercomposante a été créée ayant pour mandat de rencontrer la préfecture pour négocier cette prise en charge du territoire.

Un rendez-vous a eu lieu en février, ne laissant entrevoir que peu de possibilité à cette prise en charge. Alors que les expulsions annoncées ont commencé début avril, une trêve de la destruction des cabanes a été mise en place après une nouvelle rencontre de la délégation avec la préfète ainsi que la DDTM (Direction Départementale du Territoire et de la Mer).

Suite à ce rendez vous, un large groupe d’occupant-e-s et de soutiens s’est lancé dans le pari de répondre à la demande de produire un ensemble de fiches nominatives par projet, dans le but d’obtenir une ou plusieurs conventions susceptibles de couvrir l’ensemble des terres actuellement occupées par le mouvement.

Pour rappel, il s’est agit de remplir collectivement ces fameux « formulaires simplifiés » proposés par la préfète le 13 avril dernier afin de déclarer des projets sur zone. Ces fiches ont été modifiées pour y ajouter des éléments qui paraissent cruciaux dans la vision portée par le mouvement :

- Un ensemble de fiches ont été déposées pour affirmer l’existence de nombreuses activités non agricoles, et réclamer qu’un processus sur ce thème s’engage au plus vite.

- Les interdépendances qui relient entre elles les différentes activités dans un dynamique coopérative ainsi que les nombreux partages de matériels, de locaux et rotations de parcelles ont été systématiquement notifiés.

- La dimension collective et associative de la grande majorité des projets a permis de sortir du cadre strictement individuel des COPs.

- Un système de parrainage par des paysan.ne.s a été créé pour appuyer les personnes physiques ou associations portant des projets agricoles, y compris toutes celles et ceux qui n’ont aucun diplôme agricole,

- L’inscription de chacun de ces « projets » dans l’Association pour un Avenir Commun dans le Bocage, l’entité commune du mouvement qui a vocation à se donner les moyens de gérer les terres collectivement sur le long terme.

***

Pour rappel, ces fiches sont des déclarations d’intention, elles n’engagent à rien à ce stade d’un côté comme de l’autre. Ce n’est qu’à partir de la signature de la COP que ces fiches engagent un processus aux conséquences nombreuses, puisque la DDTM veut « accompagner » ces projets dans un parcours vers l’installation agricole pro.

Ces fiches sont nominatives, mais pas individuelles (c’est à dire que sur certaines, il y a une personne morale - par exemple une asso - avec le nom du ou de la président-e ; sur d’autres il y a plusieurs noms). Chaque fiche projet couvre de facto plusieurs personnes (de la même manière qu’une ferme avec un-e exploitant-e couvre toutes les personnes qui y habitent) et la somme des fiches couvre la quasi totalité de la zone.

Cette tentative repose sur plusieurs intuitions :

- En remplissant ces fiches, on fait un geste et donc il nous est beaucoup plus facile d’exiger l’arrêt des expulsions avec l’ensemble des composantes du mouvement.

- En remplissant collectivement ces fiches, on cherche à repousser l’opération dans le temps, et en même temps à limiter au maximum son périmètre dans l’espace.

- L’ambition est de « couvrir » la quasi totalité des lieux qui le veulent (y compris celles et ceux dont les noms ne figurent pas sur les fiches) grâce à la démonstration d’interdépendance et à un montage administratif bien réfléchi.
- L’un des enjeux est de batailler (à la fois à la table des négociations, par une communication publique, et des mobilisations) sur les critères absurdes de sélection des projets agricoles. De réaffirmer que nombre d’activités sur la ZAD sont socialement utiles, mais en dehors des modèles économiques « lucratifs », et qu’elles ont quand même vocation à se pérénniser.

***

Il est indéniable que ce pari, comme tous les paris, n’est pas sans risque. Depuis le début, il a été rythmé de discussions ouvertes et de permanences du bureau d’auto-défense administrative pour aider chaque collectif à se poser les questions nécessaires depuis le meilleur niveau d’information possible. Ces discussions collectives, ouvertes à toutes les personnes qui se sont engagées dans cette stratégie (que leur nom soit sur une fiche ou pas),ont déjà beaucoup débroussaillé différentes dimensions sur lesquelles il faut rester vigilant-e-s et continuer à travailler (par exemple : ne pas se laisser prendre par l’engrenage des normes).

Cependant, il a semblé plus important de se donner une chance de préserver le plus de lieux et d’activités possibles sur la zone en jouant AUSSI cette carte, plutôt que de n’agir que sur le strict plan de l’auto-défense sur le terrain pour empêcher l’éradication militaire de la zone. Face à un dispositif contre-insurrectionnel bicéphale, qui nous attaque à la fois sur le plan administratif et militaire, le rapport de force nous paraîtrait défavorable s’il reste cantonné au strict terrain de la confrontation.

***

Quelques clarifications, relatives aux récentes rumeurs :

- Les fiches ne sont pas signées, ce sont juste des déclarations d’intention.
- Aucune personne n’a eu son nom sur une fiche contre son gré.
- Seuls les lieux n’ayant pas choisi de faire ce pari ne sont pas couverts (c’est à dire que le dossier entier couvre tout le reste, il n’y a pas de « trou »), ce qui ne veut pas dire qu’ils ne seront pas défendus en cas d’expulsion.
- Dans 2 lieux, il y a eu des désaccords internes quant au choix de déposer une fiche ou non. Le conflit était à l’intérieur de ces lieux, ce n’est pas le groupe coordonnant le dossier qui a rempli des fiches à l’insu de ces lieux.
- Les lieux détruits n’ont pas été mis de côté dans cette stratégie : certains ont même déposé un projet.

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