Le juste prix libre ?

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Dans ce texte, il y aura souvent des références à la nourriture, des plats ou des entremets. Cela n’est pas complètement anodin, une de mes utilisation récurrente du prix libre est lors de l’organisation de cantines. Cependant, n’hésitons pas à propager cette pratique partout !
Et à toi qui connaît déjà cette pratique, ce texte t’es aussi adressé.

Mise en contexte :

La Prévalaye, aux abords de Rennes – 2nd édition d’un festival autofinancé alliant réflexions politiques et fiesta sous chapiteaux : les Oiseaux de Passages

Cette année le festival a mis le paquet à l’accueil pour aborder la question du prix libre avec les festivalier.es. Tout le monde se devait de traverser les différents « sas » pour se mettre dans l’ambiance et se confronter à cette pratique. Si l’objectif est de marquer les esprits en expliquant le concept (mais en essayant de ne jamais forcer la main), on n’oubliera pas la triste moyenne du prix libre donnée à l’entrée à la première édition : 2,70€ par jour et par personne... Cette année l’animation du prix libre a été particulièrement chiadée pour tenter de pérenniser un week-end festif et politique.
Les quelques positions qui suivent sont nées des discussions / bilans de la 2nd édition des Oiseaux de Passages.

Le prix libre, de quoi ça s’agit

Si cette pratique est courante dans les milieux militants, elle l’est beaucoup moins dans nos quotidiens où la plupart de nos échanges de biens et de services sont partie intégrante de la sphère marchande. Et comme le but est de rendre ces échanges quotidiens rentables, la pratique du prix fixe permet ainsi de quantifier chaque étapes : fabrication, transport, vente. Jusqu’ici tout va bien, nous sommes bien dans un capitalisme généralisé.

Pour autant, le prix fixe ne permet pas un accès égal à tou.tes à ces produits ou services.
Quant t’as pas de thune, le ciné c’est pas toute les semaines… Et pourquoi donc en fait ?
La pratique du prix libre c’est justement de casser ça en affichant : « Tu paies ce que tu veux, ce que tu peux » .
Ça permet de se questionner sur nos possibilités réelles de payer ou non, de réfléchir à ce que vaut le repas végétalien proposé, de donner plus en soutien au collectif qui organise la projection, de prendre le temps de discuter sur l’intérêt de faire telle ou telle activités, etc.

Cette démarche est assurément politique, les aspirations sont bien souvent égalitaires et anti-capitaliste, en proposant une façon simple et directe de rendre plein de choses accessibles à tou.tes : livres, bouffes, spectacles...

Mais si cette pratique amène des questionnements (voir des embarras) à celles et ceux qui viennent « consommer », il est assez courant de se retrouver seul.e à gérer la caisse d’un événement sans s’être posé soi-même ces questions. Alors ? Pas évident de faire en sorte que tout le monde se sente à l’aise de payer ce qu’il/elle souhaite !

Laisser une caisse à disposition ou prendre dans la main ?

Dans la démarche du prix libre, il y a plusieurs écoles.
« Prendre à la main c’est forcer les gens », « Je ne veux pas fliquer les gens sur ce qu’elles/ils donnent » est-il courant d’entendre.

La démarche du prix libre est d’abord de se responsabiliser sur ce que l’on donne, peu importe le montant.
On ne va pas se mentir, il peut y avoir de réels enjeux économiques derrière l’organisation d’un événement à prix libre. Et pour avoir fait le comparatif assez souvent, laisser une caisse à disposition « rapporte » beaucoup moins. Il me paraît tout à fait normal, lorsque l’on nous rabâche que c’est « la crise » et que la propagande capitaliste nous vend richesse = bonheur, d’être tenté de mettre le moins possible d’argent.
Pourtant, il est assez frustrant de faire très peu de bénéfices, voir de ne pas se rembourser, lorsque l’on s’est tué à la tâche gratuitement (et joyeusement !), que l’on a pris du temps à faire plein de récup’ et que cet argent est en soutien à des camarades inculpé.es pendant le mouvement contre la loi travail (par exemple).

L’idée de prendre l’argent à la main n’est pas de juger ni de fliquer la personne, mais d’avoir une intention de se responsabiliser chacun / chacune. Ça permet notamment d’avoir un contact direct et de prendre la temps d’expliquer notre propre démarche si le besoin s’en fait ressentir (mais aussi de refuser ces maudites pièces rouges !).

Mais dans ces conditions, la posture et la réaction de la personne qui reçoit l’argent devient cruciale. Il faut avant tout être à l’aise avec sa propre politique du prix libre, connaître les enjeux derrière l’événement organisé et surtout prendre attention à mettre à l’aise les personnes ne pouvant / ne souhaitant pas filer beaucoup de thunes.

Situation rencontrée au festival alors qu’une file d’attente presse le pas pour prendre son assiette :

« - Bien le bonjour, combien d’assiettes ?
- J’vais t’en prendre 2 s’te plaît »
La personne donne 30€.
« - Je te rends combien ? Rien du tout ? Oh ben dis donc ! Euh... Eh bien merci, merci beaucoup, c’est très gentil ! Bon appétit ! »

Alors quoi, dans un festival militant serait-il coutume de remercier particulièrement les riches ? La personne qui vient à l’instant de donner 3€ pour au final simplement manger, c’était peut-être bien un acte de soutien. Comment juger de la valeur du prix que met l’autre quand on ne connaît pas sa situation ?
Pour éviter ce genre de circonstance, il faudrait que le prix libre ne soit pas une simple habitude « égalitaire » mais bien le fruit d’une réflexion commune interrogée à chaque événement.

Pour autant, dans un contexte propice, du fait que les personnes présentes soit particulièrement à l’aise avec le prix libre ou qu’il n’y a pas d’enjeux de remboursement particulier, il est tout à fait possible de se faire un maximum confiance en laissant simplement une caisse à disposition.

L’information

Si la pratique du prix libre permet de plus nous impliquer sur ce que l’on consomme, il nous faut tout de même un minimum d’informations pour statuer sur ce que l’on souhaite payer.
Quels enjeux y a-t-il derrière l’événement ? Quelles résonances politiques quant à l’utilisation du prix libre ? Combien ça a coûté en dépense et en énergie humaine ? Quelle utilisation des bénéfices par les organisateur-ices ?
A ces questions, il est plutôt compliqué d’y répondre lorsque l’on ne fait pas partie de l’organisation.

Ce qui manque bien souvent dans nos événements c’est d’anticiper des espaces pour commencer à y répondre :
- Par l’affichage : pancartes, écrits, banderoles, tracts…
- Par prendre du temps pour l’expliquer. En effet, s’il l’on sert 800 repas en 2h, il paraît compliqué de prendre 5min avec chaque personne pour discuter. Sauf s’il l’on a prévu en amont d’affecter un certain nombre de personnes au service.

Et puis, en étant clair quant à nos intentions, il est parfois possible de tomber sur des personnes qui lâchent un bifton uniquement pour soutenir nos activités (yeah !), ou encore de rencontrer des personnes intéressées par le projet de cantine révolutionnaire (encore plus yeah !).

A Chahut, après un bilan à propos du festival des Oiseaux de Passages, on a trouvé plus que nécessaire de s’auto-former sur la question du prix libre, de proposer un temps de discussion et d’échange de pratiques sur cette question avec les bénévoles / militant.es participant.es à l’événement. Ceci dans l’objectif de politiser la question, de se sentir à l’aise avec cette démarche et finalement qu’elle remplisse sa fonction première : rendre un événement accessible à tou.tes tout en permettant à l’événement lui-même d’exister, d’évoluer… tout en diffusant des pratiques d’autonomie !

Les différents « prix libres » possible :

- Prix tellement libre qu’il en est gratuit (cf l’article sur la gratuité)
- Gratuit ou prix libre
- Prix libre ou gratuit (très différent !^^)
- Prix libre avec un prix indicatif (de coût de revient ou de recette attendue)
- Prix libre
Et puis tout ceux que t’inventeras ! (« Prix libre, mais si t’as pas de thune y’a pas de problème », etc.)

douceuradicale@riseup.net

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