Mega-bassines, retour sur un weekend victorieux

Lorient
Ecologies - Aménagement du territoire

POURQUOI DES AMOUREUX ET AMOUREUSES DE LA MER DANS LE POITOU

Avant l’été à Rendez-nous la mer - ar mor·Bro an Oriant, nous avions collectivement décidé de signer l’appel contre de potentielles nouvelles méga-bassines dans le Poitou. Pour nous, signer ne voulait pas simplement dire ajouter notre nom à une liste mais aussi prendre activement part à la construction d’une opposition sérieuse à même de faire capoter tout nouveau projet. Ces méga-bassines, ce sont concrètement des bassins de dizaines d’hectares d’eau stagnante pompée dans les nappes phréatiques, pour être utilisées par quelques agriculteurs producteurs de mais, mélés à l’agro-industrie quand la sècheresse fait rage. Dans ce cas ci, une bassine de 16 hectare permet l’accaparement de 720 000m3 d’eau par 12 exploitants qui produise du maïs pour nourrir l’élevage intensif.

Si nous nous engageons (corps et âme) dans cette bataille, c’est parce que pour nous, derrière les méga-bassines se cachent la bataille pour l’eau. Contre sa privatisation, contre sa pollution, pour son partage. Trop souvent ici, au bord de la mer, nous ne pouvons que constater les ravages de l’agro-industrie et du système économique sur nos milieux. Algues vertes en pagaille sur l’estran, qualité de l’eau à même de terrasser un cours entier d’apprentis-surfeureuses, restrictions estivales liées à la secheresse qui débutent en mai pour se terminer en novembre-décembre,.... Autant de signes que des bassins versants jusqu’aux océans, LA GUERRE DE L’EAU EST DECLAREE.

UN WEEK-END PLACE SOUS LE SIGNE DU DEFI

Evidemment, si en venant jusqu’à Sainte-Soline, nous imaginions pouvoir arracher l’abandon de tous les projets de méga-bassines, le bilan n’y est pas. Et pourtant il faut lister les défis en tout genre qui attendaient le mouvement anti-bassine.

Malgré la dernière mobilisation massive au printemps, un nouveau chantier avait démarré à Sainte-Soline. Après que 10 bassines aient été mises hors service par le mouvement cette année, le chantier pouvait se confondre avec un Fort Knox. Grilles tout autour du site, survol en hélico quotidien, pression, surveillance démesurée et convocations en tout genre pour les principaux acteurs et actrices de la lutte,... Bref le mouvement voyait déjà s’abattre sur lui une ribambelle de mécanismes pour tenter de le tuer.

Pour ce weekend spécifiquement, la préfecture avait pris un paquet d’arrêtés à même d’empêcher la mobilisation : transports de gaz et autres outils interdits sur un périmètre immense équivalent à la taille du pays de lorient, interdiction de manifester dans ce même périmètre, circulation interdite sur une grande partie du périmètre, que ce soit en voiture ou à vélo, et si d’aventure vous souhaitiez braver ces interdits, des pluies d’amendes vous attendaient.

Du côté des forces de l’ordre, plus de 1700 gendarmes et policiers étaient mobilisés, les renseignements dépêchés sur place mais aussi sur le qui-vive jusque dans le pays lorientais, 7 hélicoptères et des drones se baladant dans le ciel pendant le weekend, du canon à eau, des armes quasi-létales prêtes à être utilisées, etc

Et malgré tout cela, le mouvement écologiste dans son ensemble n’a pas reculé et s’est déplacé en masse pour déjouer le piège policier qui se dressait devant eux et elles.

UN SAMEDI VICTORIEUX

Dès le mardi, des anti-bassines installaient un camp en plein milieu de la zone interdite par arrêté, et installaient toute une logistique à même de nourrir et rafraichir des milliers de défenseurs et défenseuses de l’eau. Le vendredi soir, ce sont des milliers de personnes qui avaient déjà convergé sur le site avant que les portes de cette zone deviennent théoriquement infranchissable.

Et pourtant le samedi matin, une foule hétéroclite dont de nombreux·ses élu·e·s affluait sur le camp. En début d’après-midi, trois cortèges s’élancaient du camp avec pour objectif ambitieux voir inatteignable d’atteindre le chantier. Cette stratégie devait permettre de déjouer le dispositif policier en l’éclatant en différents points de la zone. Dans ces trois cortèges, une même détermination mais des outils différents : Un cortège prêt à courir et ayant de quoi répondre si les forces de l’ordre se montraient aggressives. Un autre prêt à marcher vite et contourner largement le dispositif pour atteindre la bassine par des chemins inattendus. Et un dernier plus lent mais plus direct, qui devait composer avec le dispositif policier pour le forcer à lacher du terrain, grâce à la détermination sans faille de ces participant·e·s peu importe l’âge.

En mettant les corps en jeu, tous ces cortèges se retrouvèrent devant les grilles du chantier et un cortège réussit même à pénetrer de longues minutes dans le chantier, avant de voir s’abattre sur lui une répression féroce. Fort de cette réussite collective, et non-fétichiste d’un chantier vide de toute autre objectif, tout ce monde se replia assez rapidement vers le camp.

Le mouvement anti-bassine pouvait savourer sa première victoire du weekend.

UN DIMANCHE TOUT AUSSI VERTUEUX

Le dimanche, ce sont encore 2 ou 3000 personnes qui étaient encore sur le camp, prêtes à participer à l’action de désobeissance civile et festive du jour. : désarmer l’un des futurs réseaux de pompage de la méga-bassine, situé à seulement quelques centaines de mètres du camp. Partie en force, cette foule pris ses précautions, son savoir-faire subversif et toute son énergie restante pour démonter l’une des précieuses tentacules de la méga-bassine. S’en suivi l’arrivée d’une immense anguille portée par la foule vêtue de bleu. Tout un symbole pour ce retour de l’eau à la terre.

Deuxième victoire du weekend pour le mouvement anti-bassine !

ET MAINTENANT ?

Cette mobilisation n’en est encore qu’à une étape. Il s’agit maintenant d’arracher collectivement un moratoire rapide face à ces projets. Et pour cela, toutes les composantes ont leur partition à jouer. Déjà dans 2 semaines, le mouvement annoncera une nouvelle mobilisation si l’Etat s’entête à ne pas céder à cette volonté populaire. Pour notre part, nous participerons à la construction du prochain temps fort et continuerons à porter sur le pays lorientais une opposition sérieuse à ces mega-bassines.

Rendez-nous la mer - ar mor·Bro an Oriant

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