Paysage politique des collectifs de soutien aux personnes exilées à Rennes

Depuis quelques semaines, une grande mobilisation des personnes exilées et de leurs soutiens a lieu à Rennes pour exiger un centre d’hébergement inconditionnel 24h/24h. Retours subjectifs sur les différents collectifs de soutien, sur leurs différences de stratégies et leurs objectifs politiques.

  • Un reportage du "vent se lève" sur le mois d’occupation à Rennes.

    À Rennes, ils sont des dizaines abandonnés sans hébergement. Demandeurs d’asile, « dublinés » – qui, en vertu du règlement Dublin, doivent faire leur demande d’asile dans le premier pays européen où ils ont été contrôlés -, hommes célibataires ou familles : la préfecture ne respecte pas ses obligations à leur donner un abri. Des collectifs militants prennent alors le relais. Reportage.

Depuis mi-septembre, le collectif de soutien aux personnes sans papiers a entamé une campagne de lutte autour de la revendication d’un hébergement inconditionnel d’urgence ouvert 24h/24 à Rennes. Avec la venue de l’hiver et la hausse croissante de refus d’hébergement du 115, la nécessité d’héberger de nombreuses familles et personnes seules à la rue s’est fait ressentir. La collectif a alors organisé une série d’occupations "amies" afin de réclamer un hébergement pour les personnes demandeuses d’asile à Rennes :

Lors de cette mobilisation, nous avons pu croiser de nombreuses personnes appartenant à différents collectifs de soutien. Il nous apparaît pertinent de présenter ces collectifs afin de tisser et approfondir des liens et d’avoir une vision plus claire des différentes stratégies politiques.
Voici la présentation d’une liste, non exaustive, des collectifs de soutien aux migrant·es à Rennes. Les informations ont été recueillies par entretien avec des membres des organisations, par la participation directe aux réunions et aux luttes, et par des recherches sur le site des assos.

Le Collectif de Soutien aux Personnes Sans Papiers

Le CSPSP est un collectif d’individu·e·s qui se réunit de façon hebdomadaire depuis plus d’une quinzaine d’années à Rennes. Chaque AG a lieu à la Maison Internationale de Rennes tous les mardis à 18h45.

L’objectif commun des membres du collectif est de lutter pour la suppression du statut de « sans-papiers » et pour l’égalité entre toutes les personnes qui ont fait le choix de résider ici, quelle que soit la raison de ce choix.

Le collectif s’organise au sein d’une assemblée où la parole se veut "libre", c’est-à-dire sans tours de parole et sans ordre du jour.
Le collectif assume une diversité de positionnements politiques, mais chaque initiative doit être proposée en assemblée générale et ne doit pas porter atteinte à l’objectif commun du collectif. Les assemblées sont donc souvent le lieu d’engueulades entre différentes tendances politiques.

Sur la question du logement, la stratégie de lutte est basée sur des occupations "amies". Une série de lieux est choisie en assemblée, lieux dont le collectif imagine un accueil plutôt favorable. Le collectif et les personnes sans papiers arrivent dans ce lieu pour l’occuper, et essaye dans la mesure du possible d’entamer rapidement des négociations avec la direction.
Cette stratégie de lutte permet de débloquer quelques place d’hébergements d’urgence mais rarement des logements pérennes. Voici comment le collectif communique sur cette stratégie :

Le CSPSP est à l’intiative de la coordination régionale Bretagne/Pays de la Loire qui se réunit régulièrement et organise des actions à l’échelle régionale. La prochaine action régionale est programmée au 2 février 2019.

Infos diverses :

  • Liste d’abonnement : sanspap-rennes@rezo.net
  • Site internet : https://sp35.org

Le MRAP

Créé au niveau national en 1949, l’objectif premier du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) est la lutte contre le racisme et les discriminations. Si les bénévoles du MRAP de Rennes interviennent parfois en milieu scolaire, illes passent 90% de leur temps à faire de l’accompagnement pour les démarches administratives pour les personnes demandant l’asile en France.

Son principal mot d’ordre est la liberté de circulation et d’installation. Le MRAP participe à l’inter-orga de soutien aux migrant·es de Rennes.

Une membre du MRAP nous explique l’action de la mairie à Rennes :

Face aux carences de l’Etat, la municipalité de Rennes met à disposition des nuitées hotelières, en plus du dispositif Coorus, et parfois ouvre des gynmases pour les situations d’urgence

Elle nous raconte quelques victoires récentes des mobilisations en soutien aux personnes exilées dans le département :
- A la Bouëxière, mobilisation du maire, des élus et de la commune en faveur d’une famille albanaise en avril 2018, qui ne sera finalement pas expulsée.
- A Vitré, en juin 2018, une pétition de près de 40 000 signatures a obligé le préfet à annuler l’OQTF d’une famille albanaise, défendue notamment par de nombreux scolaires et lycéen·nes.
- Mobilisation au lycée Jean Macé à Rennes en faveur d’une famille géorgienne en novembre 2017.

On peut voir à travers ces exemples, l’importance de la stratégie de mobilisation à travers l’interpellation des élus, la stratégie médiatique, et la plus efficace, les mobilisations lycéennes et des parents d’élèves.

Les bénévoles du MRAP se retrouvent aussi au sein du Réseau Education Sans Frontières (RESF).

Infos diverses :

  • Comité local d’ILLE ET VILAINE
    1 square des Hautes Ourmes
    35000 Rennes
    Le lundi de 10h à 12h - le mardi et jeudi de 14h à 18h
  • Tél. : 02 99 32 04 41
  • mail : mrap.ille.et.vilaine@gmail.com

Le Droit Au Logement

L’antenne rennaise du DAL (Droit au Logement) a été créée en 2009, à la suite de la régionalisation du dépôt des demandes d’asile, et à la hausse des problèmes de logement pour les demandeurs d’asile qui s’en est suivie.

Après une mobilisation en 2010 avec l’ouverture d’un squat pour une centaine de personnes, le DAL 35 obtient une première victoire : la mise en place du dispositif Coorus (Coordination Réseau Urgence Sociale) par la municipalité. L’objectif de cette plate-forme est de mobiliser des logements d’urgence pour des personnes ou des familles sans hébergement.
Par la suite, le DAL a organisé une succession d’occupations de lieux pour mettre à l’abri les personnes à la rue. La liste de leurs squats est longue.

Le DAL 35 se mobilise autour des questions d’hébergement d’urgence (orientation), de la prévention des expulsions, de l’aide juridique gratuite (propriétaires indélicats, logements indécents,etc.), des dossiers HLM et DALO, des litiges avec bailleurs, etc.

D’autres dispositifs obtenus grâce aux mobilisations collectives en soutien aux personnes exilées peuvent être mis en avant :

  • Le réseau Louis Guilloux est un réseau d’interprètes et de médecins soignants les populations migrantes sur Rennes. Il a mis à leur disposition un guide d’accueil pour les migrants.
  • La maison des squares a construit cette carte à destination des exilés qui arrivent sur Rennes et ont besoin d’accéder à divers services d’urgence.
  • Plaquette d’infos :

Enfin, une liste d’organismes d’aides aux sans papiers et sans abris a été entreprises par rennes-info.

L’ensemble de ces dispositifs municipaux a été obtenu par la lutte et par la succession d’occupations de lieux vides afin d’interpeller les pouvoirs publics sur la situation des demandeur·euses d’asile.

Infos diverses :

Un Toit, c’est Un Droit

Créé en 2012, après une scission avec le DAL de Rennes, UTUD (Un Toit c’est Un Droit) a fait évoluer sa stratégie de luttes. Après l’ouverture de nombreux squats, UTUD privilégie aujourd’hui la signature de conventions avec les propriétaires, ce qui les amène à une gestion de biens immobiliers chronophage : paiement des flux, remise en état des bâtiments, ...
Des questionnements internes semblent émerger, et devant les nouvelles demandes d’hébergement par des familles à la rue, peut-être que UTUD va s’organiser pour réouvrir des squats.

Infos diverses :

Le réseau de solidarité aux personnes exilé·es

Créé en janvier 2018, suite à l’appel d’une réunion organisée par un groupe de personnes qui vivaient en squat, le réseau de solidarité aux personnes exilé·es est un réseau de solidarité concrète, qui permet de mettre en réseau des personnes qui ont des ressources et d’autres qui en ont moins ou pas du tout, à travers des gestes de solidarité quotidienne (logement, thunes, démarches administratives, véhicule...). Le réseau s’est orienté de fait sur la question du logement et d’ouverture de squat.

Le réseau ne porte pas de revendications politiques publiques, mais partage des évidences autour de mots d’ordre comme des papiers pour tou·tes et des logements sans distinction de situation administrative. Il y a une réunion hebdomadaire tous les jeudis après-midi à 14h au Local, 2 allée de Finlande.

L’outil principal du réseau est le téléphone. Les demandes passent par le téléphone du collectif qui permet de les diffuser à une centaine de soutiens. Principalement, ce sont des demandes de logement, de contact d’avocat·es, accompagnement à la préfecture. Le numéro est diffusé par bouche à oreille par les personnes exilées, et le voici : 06.83.15.95.72.

Les moyens d’action du réseau sont : une cantine gratuite le jeudi soir qui permet aux gens de se rencontrer autour d’un bon repas, l’ouverture de squats, l’accompagnement administratif...
La majorité des soutiens et une bonne partie des personnes exilées du réseau sont dans les luttes LGBTI ou allié·es, sans que ce soit une volonté de départ. Cela crée des rencontres entre différentes communautés de luttes.

Au sein du réseau, il existe une volonté concrète d’autonomiser les personnes exilées. Par exemple, sur la constitution des cantines du jeudi soir, avec du matèriel de cuisine, de la récup’ de légumes refilé par le réseau de ravitaillement des luttes, etc.

Lors des réunion, il y a une attention à faire des traductions pour rester inclusif-ves.
Dans les outils qu’il reste à imaginer, une membre du réseau souligne que ce serait chouette qu’il y ait des réunions des personnes exilées seules :

Mais, il n’y a pas d’injonction à militer, il faut être honnête sur nos capacités d’action, se compter. Il faut se poser des questions concrètes sur la répartition du pouvoir : qui sont les référent·es cuisine, qui a les clés du local, par exemple ?

Des membres du réseau se sont investi·es dans l’occupation à la fac et dans la réquision d’un immeuble vide avec le nouveau groupe logement du 14 octobre. Une convention devrait être signée avec Archipel Habitat.

Carpes

Créé en 2012, l’association CARPES - Construisons Apprenons Résistons Pour l’Emancipation et la Solidarité - organise de nombreuses activités : lectures collectives, aide administrative, sport, jardin portager, etc. et lutte de manière active autour de 3 grands principes :

  • les luttes sociales et politiques se doivent d’être menées avec les personnes les plus touchées par les injustices et par les inégalités ;
  • les activités pratiques autonomisantes, l’éducation populaire, le militantisme sont des activités politiques complémentaires qui gagnent à être associées au sein d’un même collectif ;
  • les modes de fonctionnement sans chef incitant à la participation de tous et toutes, la transmission des savoirs, ainsi que le partage, l’attention à l’autre, l’ouverture et l’entraide doivent constituer les bases de notre collectif.

Le collectif CARPES est en cours de reformation, autour de questions de répartition du pouvoir sur les tâches bureaucratiques par exemple.
Une membre du collectif nous a raconté son attachement à ce réseau affinitaire de solidarité concrète entre personnes exilées et personnes soutiens. Le collectif n’a pas vocation à s’ouvrir un maximum mais plutôt à renforcer les liens existants de ses membres.

P.-S.

Pour la même analyse des collectifs de soutien à Caen, lire l’article ici et pour Dijon, .

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