Rennes insoumise - récit de la manif du 15 février

Quand les revendications légitimes des GJ seront-elles enfin entendues et suivies d’effets ?

Rendez-vous étaient donnés via les réseaux sociaux et autres pour 14 heures ce samedi 15 février 2020 place de la Mairie et place de la République. Pris le 13 février pour interdire « toute manifestation ou rassemblement revendicatif », l’arrêté du sous-préfet directeur de cabinet Augustin Cellard et de la préfète Michelle Kirry (celle-là même qui coordonna en octobre 2019 des rafles de demandeurs d’asile géorgiens, sans craindre de déchirer des familles, en vue de remplir un avion depuis Rennes-Saint-Jacques jusque Tbilissi) est somptueusement bafoué par des centaines de Gilets Jaunes qui ont répondu présents pour cette belle fête régionale (le 66ᵉ acte de cette épopée citoyenne en vue d’obtenir la baisse des taxes qui pénalisent les plus modestes ; le rétablissement de l’ISF ; la mise en place d’un système révocatoire – plus élégant sans doute que les pourtant très efficaces et assez jubilatoires méthodes du Russe Piotr Andreïevitch Pavlenski pour remettre à leur place les imposteurs ; la fin du CICE…).
Un canon à eau apparaît bientôt rue d’Orléans, dans le bas de la place de la Mairie. Les FDO (en sous-effectifs ? dont la lâcheté a des limites ? parce que le cortège est compact et musclé ?) se refusent à charger par la rue de la Baudrairie, une rue perpendiculaire, comme ils osèrent le faire le 6 février lors d’une manifestation contre l’insalubre contre-réforme des retraites engagé par notre joyeux gouvernement. Comme l’eau ne coûte pas cher en Bretagne, les engins aspergent la foule. Celle-ci, pas décidée à se cantonner au rôle de foule mouillée, oblique vers l’est.
Dans le bas de la rue Jean Jaurès, la foule bigarrée (forains, GJ, jeunes retraités en colère, journalistes, manifestants équipés de lunettes de ski ou de natation, précaires en colère, militants anticapitalistes, street-medics, gaulois réfractaires, etc.) toise de nouveau les forces de l’ordre qui préfèrent obéir aux ordres du bonimenteur Castaner plutôt que de passer leur week-end en famille ou d’aller au cinéma voir l’excellent Jojo Rabbit du Néo-zélandais Taika Waititi. Quelques œufs et boulettes de peinture explosent sur les boucliers. Quelques grilles de chantier volent dans les plumes de la volaille appareillée comme pour la 3ᵉ guerre mondiale. La foule, solidaire et dynamique, opte ensuite pour poursuivre sur les quais. Au niveau du pont Pasteur (soit entre l’Hôtel Pasteur et le musée des Beaux-Arts), à la vue du cortège qui approche, les FDO en képi enfilent prestement leurs casques de casseurs assermentés.
Pendant ce temps-là, dans l’hypercentre (également interdit par l’arrêté préfectoral sus cité), des manifestants motivés et facétieux rendent visite au commissariat de la rue de Penhoët dont les vitres épaisses garderont de ce jour un souvenir étoilé.
Sur les quais où défile le gros du cortège, au niveau du pont Pasteur, au-dessus de la limoneuse Vilaine, des gaz lacrymogènes sont envoyés massivement. Les FDO tentent de s’approcher de la foule mais font vite marche arrière, préférant courageusement (c’est de bonne guerre) attendre le soutien de leur machine à lancer de l’eau. Le cortège s’engage avenue Janvier, partiellement en chantier. Quelques poubelles commencent à fumer – que le canon à eau se charge de noyer. Boulevard Magenta, les gaz lacrymogènes s’épaississent. Une petite dame dans sa berline se retrouve piégée dans ce brouillard toxique, prise en étau entre les cordons des FDO et les poubelles renversées.
Poursuivis par les condés qui ne se lassent pas de propulser dans les airs des palets fétides, les manifestants se regroupent boulevard de Chézy – où les FDO, matraques au vent, chargent la foule qui reste stoïque – puis place de la République. Des échauffourées auront lieu en début de soirée place Saint-Anne, les pompiers (également en grève pour exiger une reconnaissance des risques de leur métier) intervenant pour quelques feux épars qui illuminent la nuit et symbolisent la colère croissante d’une partie de la population décidée à tourner la page au plus vite pour en finir avec la délétère Macronie… Démonstration est faite que le mouvement des Gilets Jaunes est encore vivace et que la contestation sociale ne s’éteindra certainement pas qu’avec des canons à eau.

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