Une ardeur de vivre

Lieuron
Cultures - Contre-cultures
  • Rassemblement reportĂ© le 23 janvier

    Nous, comitĂ©s de soutien aux inculpĂ©s de la Maskarade, avons appris avec stupeur l’interdiction du rassemblement statique qui devait avoir lieu Ă  Rennes ce samedi 9 janvier. Encore une fois la PrĂ©fecture de Rennes a choisi une politique de rĂ©pression plutĂ´t que d’accompagnement de sa population, quitte Ă  criminaliser toute une partie de sa jeunesse qui ne manquera pas pour certain.es de refuser cette injustice. Pour justifier l’interdiction de se rassembler, elle agite le spectre de dĂ©bordements et de manifestant.es irresponsables en les enfermant au passage dans la catĂ©gorie de "teufeurs" comme si seuls les fĂŞtard.es pouvaient ĂŞtre scandalisĂ©.es par cette affaire. Car bien Ă©videmment les teufeurs et les teufeuses ne seraient qu’une horde de sauvages irrespectueux, une classe Ă  part Ă  bannir de notre sociĂ©tĂ©. Non content de stigmatiser toute une population, elle justifie son interdiction de se rassembler en se rĂ©fugiant derrière un dĂ©lai lĂ©gal dĂ©passĂ© de quelques heures pour la demande d’autorisation, quand l’urgence de la situation n’aurait pas pu permettre mieux. On constate de toute façon que ce traitement est uniquement rĂ©servĂ© aux sujets de protestation qui dĂ©rangent le gouvernement. On voit aussi depuis quelques mois Ă  quel point, en instrumentalisant le contexte sanitaire, ce mĂŞme gouvernement rĂ©duit progressivement le droit de manifester.
    Face aux menaces de sanctions pĂ©nales et financières de la PrĂ©fecture et parce que dĂ©jĂ  trop de nos camarades ou enfants sont derrière des barreaux ou croulent sous les amendes pour avoir dansĂ© ou manifestĂ©, nous nous voyons contraint.es de reporter notre rassemblement de soutien, qui se voulait pourtant festif, dĂ©terminĂ© mais serein. Nous appelons toutefois toutes celles et ceux qui se sentent concernĂ©.es Ă  se mobiliser dès maintenant pour crĂ©er des comitĂ©s de soutien et prĂ©voir de nombreuses actions dans les semaines Ă  venir, dans le respect de la diversitĂ© qui a toujours fait notre force. Une manifestation pour le droit Ă  la culture, Culture 4 Liberty, aura lieu Ă  Paris ce samedi 16 janvier et sera dĂ©diĂ©e aux inculpĂ©s de la Maskarade. Dans ce contexte d’entĂ©rinement lĂ©gal de politiques liberticides, nous appelons Ă©galement Ă  rejoindre l’ensemble des manifestations du 16 janvier en lien avec les questions de sĂ©curitĂ© globale. Nous invitons Ă  y faire apparaĂ®tre des messages, banderoles et portions de cortèges sur la rĂ©pression dĂ©mentielle de la fĂŞte du 31 et des diverses formes de dissidence culturelle collective.
    Enfin, le 23 janvier, si des personnes arrêtées cette semaine dans le cadre de la Maskarade sont toujours enfermées ou menacées de sentences disproportionnées, nous appellerons de nouveau à une grande manifestation unitaire dans les rues de Rennes pour les soutenir. Contre un gouvernement qui considère sa jeunesse et la culture alternative comme les principaux ennemics publics et contre une justice assujettie à des considérations politiques. Il est en effet plus que choquant que le procureur, Mr Phillipe Astruc, qui met autant de zèle à arrêter en quelques jours de fantasmatiques organisateur.trice.s de la fête du 31, soit le même qui ai pris en charge le plus lentement possible les suites judiciaires du meurtre de Steve Maia Caniço, une affaire doucement mais sûrement enterrée, où justice ne sera probablement jamais rendue !
    Nous apprenons Ă  l’instant que les 4 personnes en garde-Ă -vue ont Ă©tĂ© mises Ă©galement en examen pour les mĂŞmes chefs d’inculpation dĂ©mesurĂ©s. En revanche elles ont Ă©tĂ© remises en libertĂ© mais sous un contrĂ´le judiciaire drastique. Nous tenons Ă  remercier toutes les personnes qui se sont mobilisĂ©es pour elles.
    Malheureusement, le 5e est toujours incarcĂ©rĂ©e et risque, Ă  l’age de 22 ans, 10 ans de prison pour avoir voulu danser une nuit de rĂ©veillon !
    Nous restons donc plus que jamais déterminé.es à la sortir de prison et à mettre fin à cette mascarade !

  • Rassemblement de soutien samedi 9 janvier Ă  14h Ă  RĂ©publique

    Après une annĂ©e particulièrement difficile pour toutes et tous, des milliers de personnes ont exprimĂ© un besoin de vie, le temps d’un raveillon surnommĂ© "La Grande Maskarade".
    Une personne se retrouve incarcĂ©rĂ©e au fond d’un cachot, accusĂ©e de 16 chefs d’inculpation prĂ©tendument associĂ©s Ă  l’organisation de cette fĂŞte libre, risquant ainsi de lourdes peines. Aujourd’hui, 2 nouvelles personnes ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es dans le cadre de cette affaire et risquent le mĂŞme sort. Bien pratique pour masquer l’incurie du gouvernement dans la gestion de cette crise et mater toutes vellĂ©itĂ©s de vie sociale et culturelle alternative, ils sont prĂ©sentĂ©s comme des criminels irresponsables.
    Qu’importe si ces personnes sont rĂ©ellement en lien avec l’organisation, ce que nous savons c’est qu’il est inconcevable d’aller en prison ou en GAV pour avoir fait danser des femmes et des hommes ! Nous exigeons la libĂ©ration immĂ©diate des inculpĂ©s et l’arrĂŞt des poursuites dĂ©mesurĂ©es contre les organisateurs et organisatrices.
    Nous, Comité de Soutien à la Maskarade de Rennes et des environs, appelons, dans un premier temps, à un rassemblement de soutien aux personnes incarcérées, à Rennes ce samedi 9 janvier.
    D’autres actions suivront...
    Premiers signataires :
    Les comités de soutien à la Maskarade de Rennes (CDSM35), Nantes (CDSM44), Paris (CDSM-IDF) et Toulouse (CDSM31)
    La Coordination Nationale des Sons
    ...
    Plus d’infos : cdsm35.noblogs.org
    maskarade35@riseup.net
    RENDEZ VOUS A RENNES POUR DEFENDRE LE DROIT A LA FETE

A toutes celles et ceux qui se demandent pourquoi une telle volonté de faire la fête pour ce nouvel an, la réponse tient en quelques mots : une année de tristesse, d’anxiété et de privations.
La détermination dont a fait preuve le public pour accéder à la fête n’est que la manifestation d’un désir profond de lâcher-prise. Ces espaces de liberté sont inhérents à nos sociétés depuis la nuit des temps. C’est un besoin inaliénable pour nombre d’entre nous.

Pourtant, la jeunesse, la fête et la culture sont montrées du doigt tous les jours. Nous serions les bourreaux irresponsables de nos ainé·e·s et des plus fragiles, grands vecteurs de la propagation du virus. Face à cette culpabilisation incessante, la jeunesse se retrouve réduite à ne voir qu’un obscur brouillard comme seule perspective. Et après le Covid, le climat !

Nous n’acceptons donc pas que seuls les intérêts économiques puissent passer outre les précautions sanitaires, encore davantage lorsque le malaise créé par l’absence d’espaces de culture et de sociabilisation engendre de graves conséquences sur la population. Nous comprenons que cela puisse être choquant. Nous avons tous et toutes dans nos proches une personne à risque et nous tenons aussi à les protéger. Mais il faut entendre qu’il existe aussi des vies déséquilibrées par cet état de morosité ambiante et d’isolement constant. La consommation d’antidépresseurs a considérablement augmenté. Les instituts psychiatriques sont saturés. Nombre de gens ont perdu leur emploi. Beaucoup ne supportent pas ce climat anxiogène et des alternatives socioculturelles sont nécessaires. Pourtant quasiment rien n’est fait de ce côté-là. Ni pour soigner ni pour prévenir.

Nous avons donc répondu à l’appel de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’une existence rythmée uniquement par le travail, la consommation et les écrans, seul·e·s chez eux le soir. Notre geste est politique, nous avons offert gratuitement une soupape de décompression. Se retrouver un instant, ensemble, en vie.

Il aura suffi qu’une bande de ravers enthousiastes osent dire non à un ordre de dispersion pour que fusent les balles de défense et que les gaz lacrymogènes envahissent Lieuron, en Ille-et-Vilaine. Quelques heurts ont éclaté en réponse aux pressions policières, le temps d’ouvrir un passage dérobé par-derrière pour les piétons. Une immense joie retrouvée et un sentiment partagé de soulagement se sont fait sentir dès que le reste du public a pu accéder à la fête. S’ensuivirent diverses scènes de liesse où l’on put même apercevoir des riverain·e·s, des pompiers et des fêtard·e·s célébrer ensemble la fin de cette terrible année !

Nos services d’Etat étant plus prompts à réprimer qu’à secourir, il est logique qu’ils aient dépêché près de 200 gendarmes armés pour empêcher la tenue de cet événement. Mais, si le danger était si grand, pourquoi n’avoir envoyé sur place un dispositif sanitaire qu’après la fin ?

Dès les premières communications, nous avons donné une place primordiale à la prévention sur le Covid. Des consignes strictes de dépistage et d’isolement ont été données en amont, à l’entrée, pendant et après. Quelques milliers de masques et des dizaines de litres de gel étaient distribués à l’entrée et disponibles en libre-service. Avec l’aide précieuse de l’association Technoplus, les adresses de centres de dépistage ainsi que de nombreuses autres informations liées aux pratiques festives en temps de pandémie ont été communiquées aux participant·e·s. Le choix du site s’est fait en calculant les volumes d’air et l’aération, conditions principales pour réduire au maximum les risques de contamination.

Quant à la fête en elle-même, que dire si ce n’est que ce fut une belle bringue. Des couleurs, des sourires, de l’amour, du partage, de la musique, des lumières. Une ardeur commune de vivre. Un instant recouvré de liberté. Suite aux menaces d’évacuation par la force, nous avons fait le choix de partir dans la nuit, afin d’éviter que la violence d’Etat ne vienne ternir ce souvenir désormais indéfectible.

1 650 amendes. La seule réponse qu’a apportée l’Etat à cette lueur d’espoir a été de frapper au portefeuille une jeunesse pourtant déjà durement touchée par la crise économique. De les catégoriser publiquement comme « 2 500 délinquants ». Pire, pour ne pas perdre la face, deux participants lambda furent immédiatement arrêtés. Tout simplement parce qu’ils étaient en possession, pour l’un d’un instrument de musique électronique et pour l’autre d’une petite sono avec platines ainsi que d’un groupe électrogène de faible puissance. Eléments forts sympathiques pour une soirée chez soi mais inutiles pour une telle fête. Ces personnes furent donc humiliées et terrorisées pour une simple opération de communication.

Dans sa triste obsession de vouloir à tout prix envoyer un message d’autorité, l’Etat n’a pas hésité à engager de lourdes poursuites. Un maximum de chefs d’accusation furent alignés les uns à la suite des autres pour bien montrer la gravité de la réponse donnée. Nous, organisateurs et organisatrices, sommes dès lors « activement recherché·e·s », des termes habituellement réservés aux pires criminels. On voudrait donc nous voir incarcéré·e·s et décourager toute velléité de dissidence culturelle collective, quelles que soient les dispositions prises. Pourtant nous offrons ces fêtes par passion, à prix libre pour tenter de couvrir une petite partie des frais engendrés. Bien souvent, la seule chose que nous récoltons en retour, ce sont des emmerdes.

Mais ces fêtes sont un vecteur d’espoir et de cohésion sociale pour des centaines de milliers de jeunes, de toutes classes et de toutes origines. Elles sont ce qu’elles sont, mais elles sont surtout le reflet de toute une partie de notre société que nos gouvernant·e·s ne pourront éternellement continuer d’ignorer. Ainsi, en ces temps si troubles, nous sommes fièr·e·s d’avoir pu redonner le sourire à quelques milliers de personnes, ne serait-ce que l’instant d’un « raveillon » de nouvel an !

— - les organisateurs et organisatrices de la rave party du nouvel an Ă  Lieuron.

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