DEVIANCES : genres, désir et révolution

La Maison de la grève n’a pas la prétention de devenir un centre LGBTI (il existe des lieux et des collectifs qui remplissent cette fonction - cf la carte des lieux d’intérêt pour les femmes et/ou les LGBTI dans le gargarismes n°9 ou référez vous au site expansive.info).
Cette semaine a vocation à comprendre les croisements entre des réflexions théoriques autour de la question des genres et des moments politiques "révolutionnaires". Notre point de vue est situé aussi nous ne parlerons à la place de personne, d’où l’importance de mettre en commun nos différentes expériences.

DEVIANCES
Genres, désir et révolution

PROGRAMME

Mardi 09 octobre - 18h : Soirée vidéos ( Carole Rossopoulos) et lectures retraçant les différents moments politiques de l’homosexualité (lecture de Massimo Préaro et Alain Naze). L’apport supplémentaire de matériaux à partager est le bienvenue.

Mercredi 10 octobre - 18h : Présentation des éléments de critiques homosexuelles de Mario Mieli et du mouvement autonome italien Fuori.

Jeudi 11 octobre - 18h 
 : Présentation de Race d’ep de Guy Hocquengem par les éditions La Tempête

Vendredi 12 octobre - 18h : Invitation de collectifs queers contribuant à une politisation des questions de genres et des sexualités ( pink bloc, cortège de tête queer, pride de nuit, manifs et actions en mixité choisi…).
Quelle politique au travers des problématiques queers ?
Comment s’organiser ?
Quels devenirs révolutionnaires ?

Samedi 13 octobre
 : Soirée Gender fisteur Show (spectacle d’effeuillage queer) + DJ set
https://www.facebook.com/events/320110532075142/


INVITATION

DEVIANCES
Genres, désir et révolution
du 09 au 13 octobre 2018

L’homosexualité n’a plus rien de subversif. Considérée comme une catégorie de la délinquance puis de la maladie jusqu’à récemment, l’homosexualité draina dans son sillon les mondes de la marginalité, de la nuit, des plaisirs. Canalisée, corsetée, étouffée, sa trajectoire a abouti à la création de l’homosexuel mainstream, nouveau visage de l’homme contemporain. Mais avant d’être dompté, l’homosexualité a d’abord été construite. Les pratiques sexuelles, les désirs, les manières d’aimer et de plaire ont été divisé en deux ensembles distincts. Le premier est la sexualité construite comme une manière d’ordonner les rapports en société. Le second est résiduel, c’est la marginalité. C’est le hors champ de la sexualité, qui ne se moralise pas, ne se normalise pas, ne s’intègre pas. Ces deux ensembles sont comme des astres, tournant autour l’un de l’autre, exerçant des influences, d’attraction et de répulsion, d’attaque et de replis. Voilà pourquoi les pratiques homosexuelles ont été constituées en homosexualité.
La construction de cette catégorie suit un double mouvement.
Le premier est répressif. Il consiste à créer des lois dans le but de quadriller l’espace public et de briser les formes de vie divergentes. Le second est inclusif. C’est un mouvement qui consiste à intégrer l’homosexualité par une procédure de définition, de tri et d’évaluation. D’en dessiner toujours plus finement les contours. Définitions, normes sociales, lois répressives ont ainsi contribué à construire et intégrer l’homosexualité. Ce faisant, la matrice familiale à la base des sociétés occidentales capitalistes a évolué. C’est le couple et non plus la famille traditionnelle qui sert de support à la société.
Une seule et même sexualité, celle de la société.
Guy Hoquenghem affirmait que : « le désir homosexuel est la terreur des familles en ce qu’il se produit sans se reproduire. Aussi faut-il que chaque homosexuel se ressente comme une fin de race, l’achèvement d’un processus dont il n’est pas responsable et qui s’arrête à lui ».
Quarante ans après ce constat n’est plus probant. Les couples métropolitains (hétéro ou homosexuels) produisent et se reproduisent. Non pas toujours physiquement mais symboliquement. L’argent et les convenances sociale ont remplacé la procréation dans l’art de perpétuer l’ordre symbolique. Le couple, c’est-à-dire la canalisation du désir dans une forme sociale maîtrisable correspond davantage à l’hégémonie de notre temps. Les archétypes sexués se sont transformés. L’être contemporain construit son capital affectif et social par la séduction générale des hommes et des femmes. La masculinité et la féminité d’aujourd’hui s’empruntent des éléments sexués codés, savamment distillés pour une augmentation de leur personne. Il est de bon ton d’affirmer une certaine bissexualité sociale... tant qu’elle ne met pas le corps en jeu. A l’inverse de ces mises à jour de l’humain, il existe toujours des éléments rigides dans cette société devenue fluide : la manif pour tous ou le bar des chasseurs du village offrent des exemples de vestiges du 20eme siècle, subjectivités crépusculaires d’un monde passé.


QUEER

Retourner le stigmate en force.
Se réapproprier l’opprobre pour neutraliser la haine.
Ce mot évoque immédiatement quelque chose de politique.
Affirmation provocante.
Il possède aussi une dimension foisonnante qui ne définit pas quelque chose de restreint, qui fait plutôt écho à des logiques sensibles antagonistes à l’ordre social hétéronormé et patriarcal capitaliste.

QUEER

C’est le nom de ce moment historique de (re)politisation de la question des genres et des sexualités. Parce qu’il croise des pratiques, des lieux et des concepts théorique nous parlerons de mouvement. Le mouvement queer est en lutte permanente car il y va de sa survie. Lutter pour exister.
« Il est intolérable d’être toléré » écrivait Pasolini en 1974. Le refus de l’intégration du mouvement queer fait de lui un complice de toutes les luttes. Et pourtant, il y a toujours quelque chose qui ne va pas entre le désir et la Révolution. Guy Hoquenghem commente ainsi : « Il est impossible d’obtenir du désir qu’il s’intègre dans le cadre d’une révolution déjà lourde du passé historique du « mouvement ouvrier ». Aussi faut-il faire découler l’exigence révolutionnaire du mouvement même du désir ; ce n’est pas seulement d’un nouveau modèle révolutionnaire dont il est besoin, mais d’une remise en question des contenus attachés traditionnellement au terme de révolution, en particulier l’idée de prise du pouvoir ».
Chercher dans le mouvement queer un chemin nouveau, une politique de la différence. Assumer de composer des fragments, c’est-à-dire de ne pas rechercher a être exhaustif, à recomposer une totalité. Et donc d’élaborer des politiques situés qui construisent des liens avec des formes amies, sans devenir abstrait. Longtemps, la division a été moteur dans les milieux politiques au nom de la Vérité ou de la Justice. Une politique de la différence c’est être capable de rencontrer l’altérité sans vouloir l’absorber ou la détruire.
Le mouvement queer est toujours en devenir.
Une certaine histoire de l’homosexualité, celle de la normalisation, celle des institutions, celle du Progrès perçoit l’évolution historique comme une lente conquête de l’égalité et des droits. Chaque mouvement venant apporter sa pierre a l’édifice dont l’aboutissement symbolique serait le mariage pour tous.

Dans son manifeste contre la normalisation gay, Alain Naze analyse fort justement le phénomène : « Cette revendication d’égalité, en effet, trace les contours d’une certaine forme d’existence homosexuelle ; elle vise essentiellement un « droit à l’indifférence » et aspire à ce qu’on peut bien appeler une forme d’assimilation. Une société hétérocentrée à nécessairement envisagé ses institutions du point de vue de l’hétérosexualité valant comme universel. Réclamer de se fondre dans cette société pour les homosexuels, c’est reconnaître l’hétérosexualité comme correspondant en effet à l’universel ».
Critiquant le progressisme de gauche, Massimo Préaro, avance qu’il n’y a pas de continuité historique ou de progrès, mais des moments, des séquences historiques pendant lesquelles l’homosexualité et la question des genres se politisent, créant ses énoncés propres, avec des enjeux spécifiques et un rapport aux luttes passées choisies. C’est depuis cette vision que nous comptons aborder l’analyse et les enjeux des temps présents.

DEVIANCES

Prendre le chemin inattendu.
Faire du hors piste.
Mais jamais seul, en y entraînant plus que soi, appel d’air, contagion.

Les homosexuels du FHAR utilisaient la métaphore du tuyau percé « les homosexuels font fuir la société de toute part ». Aujourd’hui, nous avons besoin de mots qui contiennent un caractère affirmatif, presque dangereux. Le mouvement queer est sauvage car il ne prétend pas à une nouvelle organisation sociale, nouvelle étape de l’humanité civilisée. Mario Mieli le formulait ainsi : « La lutte homo révolutionnaire n’a pas comme objectif l’avènement de la tolérance sociale pour les gays, mais plutôt la libération du désir homoérotique présent dans chaque être humain. La complète désinhibition des tendances homoérotiques est une des conditions sine qua non de la création du communisme ».

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