La fRance brûle, pendant ce temps à Rennes...

Ca fait trois semaines maintenant qu’on voit la vie en jaune en Bretagne. Sur Rennes, la situation semble confuse et le mouvement éclaté entre deux principaux groupes : Gilets jaunes Rennes et Lapins Jaunes Rennes. Quelques récits des derniers événements sur Rennes et ailleurs...

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  • C’est le zbeul...

    L’État Français est pas loin d’être en PLS. 89 000 forces de l’ordre mobilisées samedi partout en France. 12 tanks annoncés dans les rues de Paris. Une capacité d’interpellation qui serait de 600 à 700 places sur Panam. Le Monde Diplo qui balance une carte des lieux de pouvoirs (politique, économique ou encore culturel) dans cette même capitale.

    A Rennes, une marche pour le climat qui parait lourde d’enjeux (cf l’article en manchette) et des lycéen.ne.s qui bloquent presque tous les lycées en ce vendredi...

    Et partout des agitations qui virent souvent à l’affrontement. Des voitures brûlent, des jeunes subissent une représsion folle (flash ball à la tête, arrestations massives -rien que 700 hier-, etc).

    Il est impossible de faire un recensement complet mais à celleux qui passent par là, la période est intense et les conditions objectives semblent réunies...

    En bonus, une proposition qui nous vient de Paris ici

  • Péage de la Gravelle bloqué jeudi soir et débloquée ce matin selon Vinci Autoroutes

    A lire sur Twitter
  • D’autres textes qu’on aime bien ... Avec Edouard Louis dedans <3

    QUELQUES REFLEXIONS SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES, SUR SON IMPORTANCE, ET SUR LE MÉPRIS ET L'EXTRÊME VIOLENCE À...

    Posted by Edouard Louis on Tuesday, December 4, 2018
    A lire sur Facebook

    A lire sur lundi.am : Prochaine station : destitution

  • Récit de la situation lorientaise

    Des camarades nous ont fait parvenir un récit de ce qui se trame chez elleux, en voici les bonnes feuilles ici "

    C’est advenu par un matin de novembre. Ici, les personnes s’étaient données rendez-vous sur le plus grand complexe de rond-points de l’agglomération lorientaise : Lann Sevelin à Lanester. Une ville ouvrière qui traversa le vingtième siècle en ayant pour horizon indépassable le communisme. Le mur est depuis tombé mais Lénine y a gardé son avenue. Les références au communisme semblent elles se dissiper avec le temps présent...

    Récit photographique par Léonie Pondevie son site web"

  • Des nouvelles de ce mardi à 13h12

    La révolte continue à se propager dans la jeunesse et après 300 lycées bloqués selon un syndicat lycéen hier, encore une grosse centaine de lycées bloqués aujourd’hui. A Rennes, les lapins jaunes ont été délogé.e.s du centre des finances et se trouvaient au rond-point KFC de St-Grégoire en fin de matinée. Nous lançons un appel à contribution à nos lecteur.ices d’un peu partout en Bretagne. Racontez-nous comment ca se passe par chez vous ! Le gouvernement annonce un moratoire sur la hausse du carburant mais sur les points de blocage, ce qui remonte par la presse et les camarades présent.e.s est que l’ensemble des gilets jaunes n’a pas prévu de s’arrêter pour si peu. La pénurie continue à gagner le pays, n’hésitez pas à remplir votre vieille voiture qui ne sert pas, vous ferez un geste "citoyen". Les appels à manifester samedi à Paris se multiplient pour l’acte 4. Et puis d’excellents articles d’analyses ont été publiés dans le dernier numéro de lundi.am. On terminera par un message de solidarité et de soutien aux centaines de personnes qui passent en procès suite au weekend, ainsi qu’à tou.te.s celleux très nombreux.es qui sont blessé.e.s ou/et mutilé.e.s depuis le début de la révolte ! Enfin, pensée douloureuse pour Zineb, la personne âgée (80 ans !) qui est morte des suite d’un choc opératoire faisant suite à un tir de grenade lacrymo essuyé à son balcon. Il est grand temps de désarmer les forces de l’ordre...

  • Retour des piquets des gilets jaunes rennais

    Alors que nous apprenons qu’une dame de 80 ans est décédée ce dimanche des suites d’une blessure causée par des éléments provenant d’une grenade lacrymogène dans son appartement à Marseille, qu’un jeune homme a été tabassé par une dizaine de CRS à Paris, qu’un autre jeune homme est dans le coma à Toulouse, qu’une centaine de lycées ont été bloqués aujourd’hui partout en France, nous voulions faire un nouveau point sur la situation rennaise.

    Sur les piquets des gilets jaunes, les discussions sont riches. L’accueil est chaleureux, les gilets jaunes parlent avant tout de leurs conditions matèrielles d’existence, de leur difficulté à joindre les deux bouts. Si on peut percevoir une véritable conscience de classe, les gens présents sont très différents et restent le produit de notre société capitaliste, raciste et patriarcale, sans forcément nommer leurs privilèges et oppressions comme nous voulons le faire. Nous avons essayé d’oublier nos codes politiques dogmatiques et avons discuté à partir de nos valeurs et avec humilité.
    Pour rappel, les "lapins jaunes" sont toujours devant le centre des finances publiques bvd Magenta, mais ne le bloquent pas. Un accès par derrière permet aux salarié·es et usager·es d’entrer comme illes veulent. Etrange stratégie de bloquer un week-end et de négocier le blocage figuratif du bâtiment le lundi... En effet, nous avons cru comprendre qu’il existe à Rennes une grande connexion entre les RG et les responsables des groupes des gilets jaunes.
    "Rennes Jean" tient toujours sa permanence 24/24h sur l’aire de covoiturage des longs champs et y organise des actions quotidiennes.
    Au boulot les militant·es du camp social ! Y a du travail, que ce soit pour propager nos valeurs ou pour combattre les positions nauséabondes de l’extrême droite ! Nous vivons une situation charnière, si on ne veut pas que l’extrême droite récupère ce mouvement, il nous appartient de nous organiser sur des bases anti-autoritaires, féministes, décoloniales et de rejoindre en nombre les gilets jaunes déterminés, qui s’organisent déjà depuis plusieurs semaines ensemble.

Vendredi soir, nous faisons une dernière vérification des points de rendez-vous du samedi sur expansive.info. Est décidé de se rendre samedi à 11h à République afin de ne pas rater la marche pour Babacar de l’après-midi. Nouveaux et nouvelles venues à ces rassemblements, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre et où on met les pieds.

Samedi matin

A notre arrivée sur place, pratiquement tout le monde est vêtu de gilets jaunes et quelques personnes aperçues sans ne tardent pas à enfiler le leur. Difficile de passer inaperçu ! Une femme avec qui nous discutons s’estime heureuse de voir des jeunes, jugeant que le mouvement est « plutôt âgé », et qu’il est rare d’en voir. La place de la mairie investie, un flottement envahit l’assistance. Un sentiment de malaise nous prend lorsque quelques minutes plus tard apparait un mystérieux service d’ordre géré par deux têtes rasées. Prenant la parole, l’un d’eux invite à ne pas casser de vitrines, "nous ne sommes pas tant que ça, on devrait pouvoir gérer...", puis annonce que nous partons en balade dans le centre ville. Environ 200 personnes sont déjà présentes et empruntent les quais pour remonter vers le rassemblement des syndicalistes en face de la préfecture martenot. Nous ne croisons pas un seul uniforme. Peu de mots d’ordre ressortent spontanément à part quelques "Macron, démission" et "Les Rennais, avec nous". Nous animons assez vite le cortège et l’un des slogans "la vie est trop chère, on va pas se laisser faire" devient rapidement fédérateur. "Rennes, debout, soulève toi" est aussi régulièrement entonné.

Pendant ce temps à Paris, même les flics s’y mettent

Lorsque nous arrivons à hauteur du rassemblement des syndiqué·es, le slogan sur la vie chère rentre en résonnance avec les revendications syndicales sur le pouvoir d’achat et permettent de faciliter la fusion entre nos deux groupes. Une manière habile de créer du commun pour faciliter une jonction. Ce moment de rencontre est crucial pour comprendre les divergences qui animent les différents groupes de gilets jaunes. Alors qu’une grosse partie de personnes présentes manifeste leur désir d’unité, les quelques personnes autour du service d’ordre tentent de prendre à parti les syndiqués en gilets rouges et de cliver. Leur tentative est intelligement contournée par une mise en mouvement collective vers le centre. A partir de ce moment, les slogans revètent un caractère anticapitaliste plus affirmé "de l’argent il y en a, dans les poche du patronat" ou "Ah, anti anti anticapitaliste". En passant au centre commercial colombia, furent entendu "De l’argent, il y en a, dans les caisses du colombia", ou sur l’air antifa de "scheisse polizei" "bloquer l’colom-bia, bloquer l’colom-bia, oh oh oh oh", sans être suivi d’action. La suite de cette balade urbaine est ponctuée par quelques tentatives de ce "service d’ordre" d’exclure les syndiqués en utilisant l’argument : "ceux qui nous suivent doivent avoir des gilets jaunes", heureusement repoussées par le reste de l’assistance.

Il est 13h, déjà presque à la bourre pour la marche pour Babacar, nous quittons la manif qui semble se diriger vers la gare et un peu dépités, nous nous demandons si nous n’allons pas pour la première fois manquer une occupation de gare... Au plus fort, cette manif aura rassemblé 300 personnes. Beaucoup trop peu et beaucoup trop sagement alors qu’au même moment, les échos de révoltes nombreuses et créatives nous parviennent des quatre coins de la France.

La colère n’est plus contenue à Paris

Samedi après-midi et soir

La marche pour Babacar est emplie d’émotion. Pendant que nous déambulons dans Maurepas, nous parvient l’écho que 150 personnes déambulent en jaune dans le centre ville. Sur leur passage, les rideaux des boutiques sont baissés, et malgré leur désir de rester sages, les gilets jaunes rennais.es ne peuvent pas être séparé.e.s du moment historique qui se joue au même moment dans les rues partout, à Paris, en régions, en Belgique, etc... Un autre groupe d’environ 80 personnes distribuait des bonbons sur la route au niveau du centre commercial de Cleunay, manière habile de ralentir les flux tout en s’attirant la sympathie des personnes croisées...

Lorsque la nuit tombe, ce sont des nouvelles incroyables qui nous parviennent de Paris. Des milliers de gilets jaunes ont mis en échec le dispositif policier qui visait à contenir la mobilisation, et la colère déborde de toute part. Boutiques de luxe saccagées, banques incendiées, voitures et barricades en flamme,... Les médias parlent de CRS à court de munitions et de plus de 10 000 grenades lancées en 10h. Du jamais vu, et une montée en intensité forte par rapport au weekend dernier.

Gilets Jaunes à Paris : compte-rendu à chaud du bouillonnant 1er décembre

Ce samedi 1er décembre, nous avons participé à la manifestation des gilets jaunes, troisième journée de mobilisation autour de revendications toujours aussi larges. Cette manifestation s’est transformée en l’une des plus grandes émeutes que la capitale ait connue depuis 30 ans. Un compte-rendu à plusieurs mains, forcément incomplet vu l’étendue des événements, qui n’arrivera néanmoins pas à tirer des lignes claires sur l’identité du mouvement...


Ter-Ter et Liberté @TerTerEtLiberte Nov 26

Dimanche matin

Des informations nous parviennent de la réunion qui se tenait samedi soir au QG de Longchamps (aire de covoiturage d’une porte de la rocade nord) : une action de blocage économique serait prévue le dimanche matin à Alma. Cette action est organisée par le groupe de gilets jaunes que beaucoup nomment Rennes Jean (Gilets Jaunes Rennes ?)

Ni une ni deux, nous synchronisons nos réveils et formons une équipe pour participer à cette action. 8h30, le fond de l’air est chaud, le ciel obscurcit et les brides d’informations euphorisantes. Pendant que nous avalons quelques tartines de pain chaud, la radio crache ses informations quelque peu anxiogènes. Plus de 350 interpellé.e.s à Paris la veille, une nuit émeutière à Langueux près de Saint-Brieuc, la possibilité de l’État d’urgence évoquée très sérieusement par le gouvernement et les représentants des forces de l’ordre, mais aussi un puissant aveu de faiblesse de la part des gouvernants qui ne semblent pas en mesure de répondre à la magie du moment présent. L’insurrection semble advenue et nous naviguons tou.te.s à vue.

9h30, nous sommes sur le lieu de blocage. Une fois sur place, personne en vue. Ce n’est que plus tard que nous apprenons que ce groupe est finalement parti en action blocage à Janzé (30km au Sud-Est de Rennes). Un problème de communication évident de la part de ce groupe ? Un ressenti partagé par quelques personnes croisées plus tard, elles aussi victimes de ces changements de plans décidés on ne sait pas trop comment.

Changement de plan, nous filons vers le centre des finances publiques, lieu dont l’entrée est bloquée dans le centre de Rennes et devenu QG des Lapins Jaunes Rennais. Sur place, le dispositif a de la gueule. Un barnum, des braseros et deux belles barricades de pneus permettent de tenir la position en prévision de sa non-ouverture lundi...

Notre passage permet de prolonger les discussions informelles de la veille. Selon les personnes présentes, plus d’une centaine de personnes ont passé leur soirée ici et quelqu’unes ont tenu la nuit entière pour que ce point de blocage s’enracine dans la ville. Si bloquer un centre fermé un weekend nous parait d’abord étonnant, nous comprenons finalement que les Lapins Jaunes sont determiné.e.s à ce que cette action de blocage ne puisse être ratée.

Les discussions s’enchainent et les rencontres sont à chaque fois motivantes pour la suite. Les personnes présentes sont déterminées, soucieuses des formes à donner pour que vive ce foisonnement, et à l’image de ce que peut produire une lutte sur notre manière d’être. En chacun·e s’exprime le rejet de ce système, de ce qui nous met à genou et nous force à survivre au lieu de vivre. Et en même temps se partage le rejet des frontières et la crainte des dérives xénophobes parfois observées dans certaines villes.

Epilogue

Ca fait des années que l’on travaille à ce qu’il advienne. Qu’un soulèvement emporte enfin ce vieux monde et qu’avec lui s’ouvre des perspectives plus enviables pour la planète. Nous ne pouvons évidemment pas dire avec certitude que ce moment se déroule sous nos yeux. À minima, ce que nous vivons semble inédit. Et dans cette séquence, nous ne pouvons pas rester les bras croisés ou se contenter de quelques textes critiques digne d’observateurs de plateau télé.

L’avenir nous donnera peut⁻etre tord mais le jeu en vaut la chandelle. Alors, nous vous donnons rendez-vous en jaunes et nous vous invitons chaleureusement à rejoindre les différentes initiatives sur Rennes. Sur ce site, les infos semblent être difficilement relayées. Nous tenterons de l’alimenter mais il est possible que le lieu le plus simple soit malheureusement les facebook des gilets jaunes rennais et principalement du groupe le plus ouvert rencontré ce weekend (et au nom le plus joliment loufoque) : groupe Lapins Jaunes

Pour ce soir, les gilets jaunes auront besoin de soutien pour tenir le piquet toute la nuit au centre des finances publiques à côté des Champs Libres. Les craintes d’expulsion sont réelles, et tout le monde est convié à venir en masse ce dimanche soir à 19h30 pour s’organiser et le lundi matin entre 3 et 4H du matin pour tenir le premier jour de blocage de ce bâtiment public. Il semble primordial d’investir plus fortement ce mouvement. C’est un moment de politisation inédit que nous vivons et dans ce contexte. Il nous semble intéressant de venir pour notamment partager nos expériences de luttes, nos façons de s’organiser formelles et anti-autoritaires.

Quelques gilets jaunes...

P.-S.

Quelques pistes évoquées ailleurs :

Ainsi, nous partageons ici quelques idées glanées sur PLI :
1 - Appelons à aller en masse sur les blocages [ainsi] que sur les manifestations émeutières. C’est probablement là que se joue ce « mouvement » et aussi là que les intérêts de l’État et du patronat sont les plus impactés. C’est là que doit se jouer la convergence des luttes.
2 - Soutenons les formes d’organisation anti-autoritaire et les assemblées chez les groupes locaux car elles seront bientôt minées par les arrivistes et les militants des partis politiques. Les « portes-paroles » reçus par le gouvernement sont un des signes de ce danger imminent.
3 - Partageons et confrontons nos idées avec les personnes en lutte sans jouer aux léninistes/blanquistes infiltrés.
4 - Pas de quartier avec l’État, l’extrême-droite, le racisme et le sexisme.

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