Première mesure révolutionnaire : briser la nasse.

Le 22 mars, à Rennes, les flics ont voulu cumuler les emplois et faire le travail des cheminots en grêve en essayant de faire l’aiguillage des manifestations. Mais cela n’est pas passé comme une lettre à la poste.

A 11h, sur l’esplanade Charles de Gaulle, 8000 personnes sont rassemblées. Des drapeaux de toutes les couleurs parsèment la place. Mais un tour succint du rassemblement suffit à se rendre compte que le cortège des étudiants partis plus tôt de Rennes 2 pour rejoindre l’esplanade en est absent. Où sont-ils passés ? On entend, ici où là, qu’ils sont bloqués par les flics, nassés quelque part entre la Place de Bretagne et les Horizons.
Le cortège se met en marche et emprunte, comme d’habitude, le boulevard Magenta, parallèle à l’avenue Janvier. Dès les premiers pas de la manifestation, des voix commencent à s’élever, traduisant l’inquiétude d’un départ en cortège sans même qu’une tentative d’aller libérer les étudiants nassés ne soit envisagée. Les postiers, qui marchent en tête, sont prévenus de la situation. De vives discussions commencent alors pour savoir si oui ou non la manifestation doit bifurquer pour se diriger vers les étudiants bloqués depuis déjà une petite heure. Le ton monte un peu, mais le cortège continue à avancer, inexorablement.
Un petit groupe de personnes donne de la voix au croisement entre le boulevard Magenta et celui de la Liberté, informant ainsi tout le cortège que les étudiants sont nassés par les flics, et qu’il semblerait que la tête de la manifestation ne daigne pas s’en inquiéter. Des slogans montent, au fur et à mesure que le groupe s’étoffe au milieu de la route : "Etudiants bloqués, on va les chercher !".
Au bout de l’avenue Janvier, après une dernière hésitation et encore de vifs éclats de voix, c’est tout le cortège qui prend finalement l’enfilade des quais pour se rapprocher des captifs. Soulagement. En effet, comment aurait-on pu envisager le début d’une mobilisation de longue haleine sans que le gros de la manifestation aille prêter main forte à un plus petit groupe, isolé par la police ?
Assez logiquement, la manifestation est bloquée par les gendarmes mobiles au niveau de la place de Bretagne, l’empêchant ainsi de faire la jonction avec le cortège étudiant, loin de quelques dizaines de mètres, et toujours encerclé. Menaçant, il entonne avec colère un orageux "libérez nos camarades !". Du côté des étudiants, qui ne concèdent rien à la police qui leur promet une libération en échange de contrôles d’identité et de fouille des sacs, on crie plutôt à l’adresse de la lointaine manifestation : "libérez VOS camarades !".
Après un moment de fixation, une chaîne de postiers bras-dessus bras-dessous s’avance vers la ligne de gendarmes, déterminés à la franchir pour ouvrir la voie.
Les gendarmes, bientôt débordés de tous côtés, et en tous points étrangers à l’humilité, ne laissent la voie libre au cortège qu’après avoir noyé l’endroit sous les gaz lacrymogènes. Il semblerait que le célèbre illusioniste Gérard Majax ait vendu au maintient de l’ordre la recette de son fameux tour de la disparition dans un nuage de fumée.
Les gaz dissipés, et avec eux leur effet repoussoir, une partie du cortège, en pagaille, s’empare de la zone et court même jusqu’à la nasse.
Les étudiants, eux, rejoints un peu plus tôt par des syndicalistes entrés solidairement dans la nasse, n’ont alors pas besoin de pousser très fort pour que l’étau se déserre enfin, sous les vivas de tous. La jonction est désormais faite, et un cortège, désormais gros de quelques trois cents manifestants supplémentaires s’ébranle à nouveau, au cri désormais célèbre et largement partagé de "Tout le monde déteste la police !" et emprunte bientôt le boulevard de la liberté.
Les manifestants sont grisés, et en tête de cortège les uns et les autres ont brisé leurs cercles respectifs. Drapeaux syndicaux et cagoules marchent ensemble, criant d’une seule voix.
C’est bientôt le retour sur l’esplanade Charles de Gaulle. A l’arrivée, au lieu de se disperser, la foule stagne. Sous les masques, les yeux cherchent des complices pour un deuxième tour. Mais les postiers doivent se réunir d’abord. L’enjeu pour eux est alors de prendre un moment de discussion. Car aujourd’hui, des grévistes de toute l’Ille-et-Vilaine sont présents. Mais qu’à cela ne tienne, les impatients vont les attendre, et c’est bientôt un bon millier de personnes qui va repartir de Charles de Gaulle pour un désormais traditionnel deuxième tour, héritage du printemps 2016.
Ceux qui avaient reformé un cortège pour un deuxième départ s’arrêtent alors au bout du cours des Alliés pour former une bruyante haie d’honneur aux postiers, en grêve à Rennes depuis plus de trois semaines, ainsi invités à prendre une nouvelle fois la tête de la manifestation.
Cette journée était le bourgeon venu saluer l’arrivée d’un nouveau printemps.

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