[Block Friday] Une journée écolo festive et dynamique : de bon augure pour le 5 décembre.

Dans la continuité des grèves climat débutées l’année dernière, un nouvel appel international a été lancé ce 29 novembre, dans le but de se mobiliser sur la question écologique. Ce même jour avait lieu le Black Friday, stratégie marketing visant à accroître toujours plus les profits des grands groupes en surfant sur la vague de précarité qui frappe nos sociétés. A Rennes ; ce vendredi 29 fut une journée de mobilisation particulièrement impressionnante pour deux raisons : le nombre d’actions entreprises, mais aussi la diversité et la complémentarité des tactiques utilisées !

Nous aborderons ici trois actions : le blocage des galeries Lafayette organisé par Extinction Rebellion Rennes, la manifestation lycéenne et étudiante, et le collage d’affiches visant Amazon par les militant·e·s d’Attac Rennes.

Le blocage des galeries Lafayette a commencé aux alentours de 8h30. Les militant·e·s, organisé·e·s par petits groupes, fondent simultanément sur les galeries Lafayette et en bloquent rapidement les accès avec des chaînes, des palettes et autres objets divers. La façade est transformée en un panneau d’affichage géant, sur laquelle les militant·e·s accrochent des affiches expliquant en quoi la surproduction est néfaste pour l’environnement et en quoi le BlackFriday ne fait qu’empirer les choses. Sur le blocage il ne fait pas très chaud, pour redynamiser un peu les troupes quelques personnes ont alors l’idée de s’en prendre aux pubs annonçants le BlackFriday sur les bus de la Star qui s’arrêtent juste devant. Les bus repartent alors sans leurs pubs et avec des petits messages divers et variés à la place. Une petite action spontanée bien reçu par les personnes présentes et ça fait plaisir à voir. Malgré l’agressivité de certain·e·s client·e·s les choses se passent plutôt bien jusqu’à 10h30 environ, et l’arrivée de nombreux CRS sur les lieux. Après quelques minutes de discussion entre des militant·e·s et la cheffe des CRS, l’expulsion commence. Les militant·e·s décident de se laisser expulser pacifiquement, comme cela avait été prévu initialement. En utilisant les techniques de blocage dites de la tortue, communément utilisé sur ce genre d’action. Les personnes se tiennent les unes aux autres et font le poids mort afin de rendre l’expulsion plus difficile pour les forces de l’ordre. Deux camarades seront malgré tout interpellés, placés en garde-à-vue durant plusieurs heures, puis libérés à la fin de la manifestation (aux dernières nouvelles ils auraient tous deux reçu une convocation à l’issu de leur garde à vue, affaire à suivre).

L’expulsion a été de manière générale assez mal vécue par les militant·e·s, les CRS n’ont pas vraiment pris le soin d’expulser les militant.e.s comme cela devait être le cas. Les CRS n’avaient apparemment que peu de scrupule à traîner les gen.tes au sol. Une personne a d’ailleurs fini aux urgences, son épaule a été déboitée pendant l’intervention policière, une autre personne a perdu connaissance. Après cela les occupant·e·s organisent une assemblée pour décider de la suite des évènements, certain·e·s partent attendre devant le commissariat que les deux interpellés soient libérés, d’autres rejoignent la manifestation, et d’autres, fatigué·e·s, choisissent d’aller se reposer un peu.

Pendant la matinée les militant·e·s d’Attac s’en prennent aussi à Amazon, et dénoncent son impact néfaste sur l’économie locale en collant des affiches. L’intention est louable, mais on a tout de même été un peu déçu·e·s, il nous semble que se contenter de coller des affiches un jour de mobilisation comme celui là n’est pas l’action la plus intéressante à mener. Qui plus est une différence de ligne politique est clairement visible ici, puisqu’Attac attaque Amazon mais défend les commerces de proximité là où la plupart des autres militant·e·s dénoncent le capitalisme sous toutes ses formes, y compris les moins ouvertement destructrices.

Enfin abordons la question de la manifestation. Le rendez-vous principal était situé au Thabor à 14h, mais deux cortèges étudiants sont partis plus tôt de Rennes 2 et du campus de Beaulieu pour rejoindre ce rendez-vous. Le départ en cortège depuis Beaulieu était d’autant plus intéressant qu’il était précédé d’une opération "RU gratuit", c’est à dire que l’accès aux caisses était impossible et que les étudiant·e·s n’avaient pas à payer pour manger. Cette action visait à dénoncer la précarité étudiante dans la continuité des actions du mêmes types ayant déjà eu lieu dans d’autres campus sur Rennes et ailleurs en France. Vers 13h le cortège est parti, et après avoir débrayé deux lycées (Chateaubriant et Joliot-Curie), il a rejoint le rassemblement au Thabor. Les personnes mobilisées sont ensuite parties en cortège dans le centre-ville, où de nombreuses vitrines annonçant des soldes pour le Black Friday ont été taguées, sous les applaudissements de la plupart des manifestant·e·s.

Petite parenthèse sur le traitement médiatique de ces tags, qui sont généralement décrits comme le fait d’agents perturbateurs ou de militant·e·s d’extrême gauche infiltré·e·s. Le but est clairement d’opposer les gentil·le·s manifestant·e·s, ici les lycéen·ne·s, dont on nous dit qu’ils "ont entonné les derniers chants dans une ambiance bon enfant" (Le télégramme) au mauvais·es manifestant·e·s qui seraient venu·e·s pour perturber la manifestation. C’est complètement faux. Si les militant·e·s ayant tagué sont effectivement minoritaires, les applaudissements ayant accueillis ces tags montrent clairement que ce mode d’action est accepté par la majorité des manifestant·e·s, quelle que soit leur âge ou leurs méthodes de lutte. Une fois de plus derrière les "journalistes" se cachent des défenseur·se·s de l’Etat dont l’objectif est de décrédibiliser les opposant·e·s politiques, soit en les faisant passer pour les criminel·le·s soit en les dépeignant comme des lycéen·ne·s écolos mais apolitiques. Ainsi il n’est pas fait mention des slogans anticapitalistes ou révolutionnaires repris en cœur par l’ensemble du cortège ou presque. Après plusieurs tours dans le centre-ville, et notamment dans la Visitation, dont l’entrée sera par la suite gardée par plusieurs policier·e·s (de la CDI d’après certain·e·s camarades), le cortège finira par se disperser, sans interpellations à notre connaissance. Les journaux estiment le nombres de manifestant.e.s entre 1000 et 1500 pour l’après-midi !

En dehors des deux interpellations du matin, la journée s’est très bien passée. Il nous semble important de noter l’esprit de cohésion ayant été à l’œuvre en amont et pendant cette journée de mobilisations. En effet on a pu voir des organisations/collectifs comme ANV-COP21, Extinction Rebellion, Attac, Les Jeunnes écolos, Youth for Climate, Résisistance écologiste Rennes et Beaulieu écologistes se coordonner et chacun.e a su porter ses envies d’actions sans se voir rejeter par d’autres organisations. En tout cas c’est ce qui a été observer dans la globalité, il est évident qu’il y avait des différends d’ordre politique et/ou tactique mais nous n’avons pas constaté de dissociation massive lors des actions, l’esprit de composition a triomphé lors de cette journée de mobilisation.

La détermination des manifestant.e.s et leur enthousiasme lorsque des tags annonçant la journée du 5 décembre faisant leur apparition sur quelques vitrines nous laisse à penser que cette journée n’était qu’un avant goût de ce que sera cette fin d’année 2019. Une chose est sûr : les écolos ont compris qu’iels ne gagneraient pas seules et leurs luttes ne peut être menée sans considérer les autres.

RDV le 5 décembre !

Photos via DHR & Rennes DTR
Récit via Résistance Écologistes Rennes

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