Vol spécial pour Tbilissi

1 complément

Ce vendredi 4 octobre matin, un charter transportant 33 personnes d’origine géorgienne a décollé de l’aéroport de Rennes vers Tbilissi. Une opération d’expulsion brutale et expéditive au mépris des droits les plus fondamentaux des personnes étrangères.

  • Compte-rendu AG de rue de samedi 19/10 du Comité anti-expulsions (CAE)

    ✍️ Compte-rendu AG de rue de samedi 19/10 du Comité anti-expulsions (CAE) après la manif.

    La dernière fois, au vu du grand nombre de personnes présentes, nous avions indiqué que le collectif de soutien aux personnes sans-papiers se retirait pour le CAE. Mais il faut donc que les choses s’organisent de manière à ce que ce ne soit pas seulement des membres du CSP de Rennes qui gèrent ou organisent les choses. A discuter samedi prochain : comment le CAE s’organise ?

    Nous étions 350 selon Ouest-France à manifester samedi à l’aéroport (chiffres syndicaux non connus), à l’appel du nouveau « comité anti-expulsions de Bretagne » créé samedi 12/10, pour dénoncer le charter vers la Géorgie et les expulsions de sans-papiers en général. Une manifestation pleine de diversité avec la présence des villes de Lannion, Mayenne, Redon, St Nazaire, ce qui a conféré une chouette dimension régionale. Côté « rennais », plusieurs lieux scolaires ayant vécu des « chaises vides » étaient aussi là. A noter la faible présence de sans-papiers (une quinzaine quand même).
    La manifestation a parcouru 200 mètres depuis le centre de St Jacques puis s’est retrouvée bloquée par un dispositif policier relativement imposant (60 CRS selon la presse). Nous sommes alors resté-e-s une petite demi-heure à crier, parler et être un peu repoussé-e-s par les policiers.
    Puis, comme prévu, nous avons tenu une grande assemblée générale devant l’aire libre sur la place.
    Les prises de parole (et des chants redonnais) se sont succédé, avec plusieurs états de situations ailleurs qu’à Rennes (mayenne, redon, st nazaire), puis des décisions ont été prises, dont la réalisation dépendra du bon vouloir des personnes qui ont fait les propositions (ou du CAE s’il s’organise) :

    1️⃣Nouvelle manifestation samedi prochain dans le centre-ville de Rennes à l’appel du Comité anti-expulsions de Bretagne. Le RV est fixé à 15 h place de la République et la manifestation se promènera en fonction des itinéraires possibles. Il a été décidé de ne pas forcer les barrages policiers (s’il y en a) et de se balader « là où ça passe ». La manifestation se terminera par une nouvelle AG de rue qui devra peut-être formaliser un peu l’organisation du CAE et son mode de prise de décisions (pour l’instant, on fonctionne au consensus…). Tout reste à faire aussi au niveau de l’organisation concrète d’un réseau réactif en cas de nouvelles expulsions.

    2️⃣ Beaucoup d’actions en direction des scolaires ont été proposées car, à l’évidence, l’expulsion d’enfants scolarisé-e-s continue de choquer.
    * Ronde des enfants et action « chaises vides » ce mercredi 23 octobre à 18 h place de la mairie, à l’appel de la FCPE35.
    * Lors de ce rassemblement, il faudra trouver un temps pour donner suite à plusieurs propositions d’actions ultérieures qui ont été validées par l’AG d’hier :
    - lancement d’une pétition « Appel des chaises vides » (deux personnes s’en chargent) ;
    - organisation d’une grande chaîne humaine à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant le 20 novembre (à formaliser) ;
    - organisation d’un débat où seraient invités la préfète, l’inspecteur d’académie et les syndicats enseignants (à formaliser et il a été décidé de ne pas faire ce débat à Ouest-France comme cela avait été proposé).
    - action devant les établissements scolaires le lundi de la rentrée des classes après les vacances de Toussaint (lundi 4 novembre donc, mais là encore tout reste à faire).

    3️⃣ L’idée d’intervenir dans les meetings de la campagne électorale des municipales a aussi été validée, avec ou sans le risque que ces meetings soient annulés sous l’effet de ces perturbations.

    4️⃣ Informer les sans-papiers de l’existence d’une aide juridique dans les associations, notamment par des avocat-e-s « bénévoles ».

    5️⃣ S’attaquer à l’ordre public et à l’économie, voire au capitalisme (mettre fin à l’exploitation et aux frontières), car les actions symboliques ne seront pas suffisantes, étant donné que la loi est du côté des expulsions. A été validée l’idée de bloquer (reste à définir et organiser quoi), quitte à s’exposer à des formes de répression policière. En revanche, la proposition de répondre physiquement aux violences policières n’a pas été retenue. Une proposition de bloquer la préfecture par des techniques originales a été bien accueillie mais, lors de la mise en commun, nous avons oublié de la valider donc la prochaine AG devra la remettre en discussion.

    6️⃣Plusieurs personnes ont parlé de davantage se mettre en jeu individuellement, de prendre des risques, car la situation est grave. Concrètement, il a par exemple été proposé de rejoindre la lutte des squats, de s’investir dans leur gestion et leur protection.

    7️⃣ Il ne faut pas hésiter à rejoindre aussi les luttes déjà existantes :
    * l’inter-organisations qui se réunit chaque lundi à 18 h 30 à la MIR ;
    * les différentes organisations qui font partie de l’inter-orgas et qui agissent au quotidien, comme UTUD, le MRAP, etc.
    * le collectif de soutien aux personnes sans-papiers qui se réunit chaque mardi à 18 h 45 à la MIR ;
    * les prochaines actions que vous verrez bientôt passer sur les listes…

    La lutte continue donc ! Ce que nous avons construit en Bretagne est précieux alors renforçons-le (par exemple, nous avons découvert avec effarement qu’il y a eu plus de 50 charters en un an en France et que nous n’avons jamais été informé-e-s par les autres régions de cela, ce qui pose beaucoup de questions sur l’organisation nationale de la lutte des sans-papiers...)

  • Manifestation à l’aéroport samedi 19 octobre

    Vendredi 4 octobre, une rafle de sans-papiers a été organisée en Bretagne par la préfète, Michelle Kirry. Un boeing géorgien a décollé de Rennes avec plus de 30 personnes géorgiennes à son bord, encadrées par des policiers français et géorgiens. Elles ont été expulsées du territoire. Deux personnes ont résisté en s’ouvrant les veines. Les chaises de leurs lieux scolaires (école, collège, lycée) sont aujourd’hui vides.

    ✊ Depuis des manifestations ont eu lieu dans toute la Bretagne pour dénoncer cette expulsion collective. A Redon, à Vannes, à Bégard, à Rennes... L’école Contour Saint-Aubin a organisé une grande chaine humaine. Le collège du Landry organise une opération chaise vide toute cette semaine à midi. Samedi 12 octobre, à Rennes, une Assemblée Générale de rue a réuni plus de 200 personnes à l’appel du Collectif de soutien aux personnes sans-papiers.

    ☑️ 4 décisions ont été prises : créer un système de communication rapide pour essayer d’empêcher que se remplisse un nouveau charter ; organiser une manifestation régionale à l’aéroport de Rennes St-Jacques ; profiter de cette manifestation pour faire une nouvelle AG de rue à Saint-Jacques ; créer un "comité anti-expulsions" en Bretagne.

    ⚠️ 3 autres charters sont annoncés dans les semaines à venir. Nous devons empêcher l’Etat d’organiser ces expulsions collectives qui sont inhumaines, violentes et illégales.

    ▪️Le Comité Anti-Expulsions de Bretagne appelle donc à une grande :

    MANIFESTATION à l’aéroport
    Rennes / St-Jacques
    Samedi 19 octobre à 15 h
    Rendez-vous devant l’aire libre (bus 57, arrêt aire libre)

    NON AUX CHARTERS EN BRETAGNE ET AILLEURS,
    NON AUX EXPULSIONS DES SANS-PAPIERS,
    REGULARISATION DE TOUTES LES PERSONNES SANS-PAPIERS,
    PREFETE DEMISSION !

    (tract signé par le Comité Anti-Expulsions)

  • Ag de rue contre les expulsions ce samedi 12 octobre à 15h

    APPEL DU COLLECTIF DE SOUTIEN AUX PERSONNES SANS-PAPIERS :

    Vendredi 4 octobre, une rafle de sans-papiers a été organisée en Bretagne par la préfète. Un boeing géorgien a décollé de Rennes avec plus de 30 personnes géorgiennes à son bord, encadrées par des policiers français et géorgiens. Elles ont été expulsées du territoire.
    Ces personnes ont été interpellées du jeudi soir au vendredi matin, parfois avec violence. Deux personnes ont résisté en s’ouvrant les veines mais les policiers ont quand même tenté d’en expulser une des deux. Pour Rennes, les chaises de quatre personnes scolarisées en école, en collège et en lycée sont aujourd’hui vides.
    Trois autres charters sont annoncés dans les semaines à venir. Nous devons empêcher l’Etat d’organiser ces expulsions collectives qui sont inhumaines, violentes et illégales.

    Assemblée Générale ouverte à toutes et à tous !

    >> Samedi 12 octobre 15h, place du parlement à Rennes.

    Qui dit charter dit mouvement social à construire pour résister !

    (L’assemblée commencera par donner des informations sur ce qui s’est passé à Rennes depuis plusieurs semaines. Puis la discussion s’engagera pour inventer des actions permettant de décourager l’Etat d’organiser de nouveaux charters et d’expulser des sans-papiers.)

    Plus jamais ça !

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Alors que le droit proscrit les expulsions collectives [1], jeudi 3 et vendredi 4 octobre, les autorités françaises ont procédé à une série d’interpellations coordonnées aux quatre coins de la Bretagne de personnes géorgiennes, dont certaines en famille avec des enfants, pour les renvoyer en Géorgie. Une pratique qui rappelle les sinistres charters de Pasqua, Debré et Sarkozy.

L’expulsion a été menée au moyen d’un Boeing 737 de Georgian Airways, affrété par Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes à la demande du ministère français de l’intérieur. D’après un flic interrogé par le journal rennais Le Télégramme, « trois autres avions sont prévus en octobre, depuis Lille, pour les pays de l’Est ».

Ce qui implique que d’autres préfets mèneront de nouvelles traques, de nouvelles rafles, que de nouvelles familles seront déchirées. Cette annonce fait peser une menace sur tous les exilés géorgiens ou albanais présents sur le territoire métropolitain, le ministre de l’Intérieur ayant multiplié les attaques ciblées contre les ressortissants de ces deux pays au cours des derniers mois. Dans l’agglomération de Tours, plusieurs familles géorgiennes vivent désormais dans la peur d’une arrestation, sachant que celle-ci peut intervenir à tout moment et en tout lieu.

Des arrestations dans toute la Bretagne

Les personnes expulsées vivaient à Rennes, Redon, Vannes, Lorient, Quimper ou ailleurs en Ille-et-Vilaine. La plupart étaient établies depuis plusieurs années en France. Plusieurs ont eu à subir ce traitement en toute illégalité, car elles bénéficiaient d’un droit au séjour en France durant le temps de procédures toujours en cours.

Devant le caractère répressif de l’opération, deux femmes se sont ouvert les veines, ce qui n’a pas empêché l’administration française de poursuivre son sale boulot : l’une a été expulsée, l’autre est enfermée au centre de rétention de Rennes avec sa famille après un passage à l’hôpital, en attendant le prochain charter. Plusieurs familles ont été séparées, sans que l’administration ne prenne en considération leur droit fondamental à vivre ensemble.

Huit personnes et deux enfants de 13 ans [2] ont été enfermés au CRA de Rennes juste avant leur départ. Arrivées en pleine nuit le jeudi 3 octobre, elles sont reparties au petit matin, les privant ainsi de tout accès au juge et les plaçant dans l’impossibilité d’exercer leurs droits, pour le seul confort de l’administration.

Cette opération d’expulsion brutale et expéditive s’inscrit dans un contexte de durcissement de la politique gouvernementale en matière d’immigration. En plus d’organiser des charters pour déporter en masse des exilés, le président de la République a décidé d’organiser un énième pseudo-débat sur l’immigration, offrant une tribune de rêve à tous les xénophobes de l’assemblée nationale, en vue de durcir encore les conditions d’accueil et d’asile.

« Eh, préfète... »

Nous reproduisons ci-dessous l’adresse d’un militant breton à la préfète d’Ille-et-Vilaine, responsable de ce vol spécial pour Tbilissi :

« Chapeau pour le merdier créé pour les 33 géorgien-ne-s expulsé-e-s par charter vendredi ! Résumons les effets de cette expulsion rationnelle et fort bien menée en termes de légalité :

  • Deux personnes ont résisté en s’ouvrant les veines, l’une a dû être opérée.
  • Y a plein d’enfants qui ont dormi ce week-end sans leur papa (le plus souvent) ou sans leur maman.
  • Assez marrant le récit rapporté sur "tes gendarmes" qui auraient dit à des enfants qu’ils venaient chercher pour les expulser : "laissez vos cartables, vous n’en aurez pas besoin aujourd’hui".
  • Hier à la manif, les cinq enseignant-e-s d’une école où t’as expulsé une élève de CE2 ont voulu lire un communiqué de presse : la première a craqué et n’a pu continuer, la deuxième a craqué et a eu du mal à continuer, la troisième a réussi à finir puis elle a craqué, avant de rejoindre leurs deux autres collègues qui ont craqué aussi (vont passer une bonne semaine ces cinq là pour expliquer la chaise vide aux autres élèves).
  • Hier à la manif, une enfant de 15 ans a pris le micro pour raconter que, il y a sept ans, sa mère avait été expulsée et qu’elle s’était suicidée, alors aujourd’hui elle est en foyer avec son frère (quelques personnes ont eu un sanglot).
  • Hier à la manif, une demandeuse d’asile politique pour raisons d’homophobie dans son pays africain a voulu exprimer sa solidarité avec les géorgien-ne-s et elle a craqué aussi.
  • Hier à la manif, beaucoup de gens avaient les mêmes visages que quand il y a un tremblement de terre et que tu ne sais pas quoi faire, ni dire.
  • Hier à la manif, y a un mec qui m’a demandé si les géorgien-ne-s raflé-e-s avaient aussi une "étoile jaune" (je ne suis pas d’accord avec cette comparaison mais, comme je suis neutre, je me contente de rapporter).
  • Ah j’oubliais, hier à la manif, y a un homme qui a raconté que son grand-père était mort dans les camps en 1943 et que tout ça lui faisait penser à lui (lire parenthèse précédente).

Pas mal, non ? Ça va toi, sinon ? Vous préparez le prochain charter ? »

P.-S.

Pécho sur larotative.info

Notes

[1Protocole 4 à la convention européenne des droits de l’homme, article 4 : « Les expulsions collectives d’étrangers sont interdites ». Pratique également condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la Russie en 2014 pour une expulsion collective de géorgiens.

[2En 2019, ce sont 233 enfants qui ont été enfermés dans les centres de rétention en métropole (208 en 2018).

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  • Le 10 octobre à 00:43, par JP

    Le collectif de soutien aux personnes sans papiers appel à une AG de rue samedi à 15h à la mairier pour organiser la riposte.

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