Débat le 12 décembre autour des éoliennes en Aveyron et du capitalisme vert

Le comité zad de Rennes vous invite à une soirée d’échange autour de la lutte anti-éoliennes industrielles en Aveyron, et des fausses solutions du capitalisme vert, le mardi 12 décembre.
Quelles sont les perspectives et solidarités politiques pour préserver des possibilités de vies dans les futures ruines de la civilisation industrielle ?

Le 13 novembre 2017, 25 ans après l’appel de 1992, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays nous remettent en garde contre la destruction rapide du monde naturel et le danger de voir « l’humanité » pousser les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie.

C’est dans ce contexte que la France accueillera le « One Planet Summit », sommet international qui se réunira le 12 décembre prochain, jour anniversaire de la COP 21, à Paris. À l’ordre du jour : mettre « la finance publique et privée au service de l’action climat ».
Macron n’a pas invité Trump. Une ligne de partage semble ainsi se dessiner entre les climato-négationnistes d’un côté, et les partisans responsables de « la transition énergétique » et du développement durable de l’autre. Mais selon nous, cette différence n’est qu’une querelle entre les membres d’un même camp - ceux qui défendent corps et âme l’ordonnancement du monde pour la croissance du PIB.
Avec ce One Planet Summit, Macron se rêve en leader de la transition écologique, à la tête de ceux qui entendent « verdir la finance ». La rumeur dit aussi qu’il pourrait bien se prononcer à cette occasion sur l’abandon ou le maintien du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes…

Nous projetterons le film « Pares nos aresta », qui retrace le déroulé de la lutte contre la construction d’un parc éolien en Aveyron. Deux personnes de là-bas serons présentes pour échanger avec nous.

RDV à 19h à la maison de la grève, 37 bis rue Legraverend.
Le repas est prévu sur place.

Une analyse du comité zad Rennes :

De la COP 21 au One Planet Summit : l’hypocrisie du capitalisme vert à la française

Ça y est ! Notre président a choisi une date pour la célébration en grandes pompes d’un nouveau capitalisme : le 12 décembre. Se posant en pionnier d’une écologie libérale à la française, il commémore lors du One Planet Summit – dont l’objectif assumé est de verdir la finance, les deux ans de la COP 21 et de l’Accord de Paris, prétentieux sommet entre États sponsorisé déjà par moult entreprises (pour n’en citer que quelques unes : Air France, Engie, Volkswagen) qui fut d’avantage une blague, un faire-valoir, une coterie où se pavaner devant les journalistes, qu’un espace de décision où se jouait le sort de la planète. Et tant mieux ! Manquerait plus que les plus gros pollueurs décident à notre place comment "sauver la planète". La COP 21 était une vaste farce, à l’hypocrisie puante. Peut-on accorder plus de crédits au One Planet Summit ?
Tous les jours l’on nous fait part de la disparition de telle espèce, la pollution de telle rivière, les nouvelles tempêtes ou l’assèchement généralisé. Tous les secteurs de l’environnement "tirent la sonnette d’alarme". Il est notable que beaucoup de ces événements sont liés à la surproduction (d’objets et de services) et à la surconsommation (extraction intensive de matières premières non renouvelables) intrinsèques à notre modèle économique libéral, grand règne du Money Money, qui a étendu ses tentacules jusque dans les plus austères dictatures communistes.
Nous avons grandi en sachant que pas un endroit au monde n’était préservé de toute contamination. Mais l’ère de l’Anthropocène dans laquelle nous entrons opère un autre changement : nous sommes à présent conscients que nous courrons à notre propre perte, que nous fonçons droit dans le mur. Combien de rapports d’experts faudra-t-il pour stopper la folle machine ?
Aucun. Le système capitaliste a ses bottes secrètes, ses pouvoirs magiques, ses clés et ses tours de passe-passe pour se renouveler en permanence, nous le savions déjà, et faisant fi de la catastrophe en cours, rebondir toujours plus haut ; pire que l’indifférence, il l’utilise, il la récupère, à l’image de ces paris internet lucratifs sur la fin du monde ! C’est ainsi que l’on nous baratine depuis des années sur le capitalisme vert, la transition énergétique, le développement durable, et que des centaines de milliers de gens se penchent sur cette épineuse question : comment préserver l’environnement (ou paraître le préserver) tout en maintenant notre mode de vie actuel, sous l’hasardeux prétexte que personne n’est prêt à revenir à la bougie… comment continuer le plus rationnellement possible la frénétique et absurde course de la machine à fric, malgré son pouvoir de nuisances irrémédiables sur l’Environnement (climat, espèces, ressources) ?
Sous couvert d’un prétendu souci pour l’avenir de notre planète, Macron fait encore une fois la promotion d’un monde ultralibéral où la finance aurait le premier rôle dans la gestion du climat, et par là dans la gouvernance du monde. Ce que l’on sait depuis des siècles, depuis que le capitalisme est bien installé à travers le monde, il n’hésite pas à l’assumer fièrement. Ainsi l’hypocrisie ne se situe pas là, mais dans la récupération de l’écologie par la finance, son pire ennemi. Là où ils créent des mondes morcelés, des individus isolés, ils voudraient nous faire croire qu’une action commune est possible, banques et peuples main dans la main. Disons-le franchement : Macron utilise l’écologie tel un tremplin pour promouvoir un modèle qui ne fait qu’accélérer la catastrophe.
Le 12 décembre 2017, donc, se tiendra à Paris le pompeux One Planet Summit dont le sous-titre est : « la finance publique et privée au service de l’action climat ». En toute nonchalance, la présentation de l’événement reprend des arguments avancés par les opposants altermondialistes notamment lors de la COP 15 à Copenhague en 2009 : « il n’y a pas de planète B », il nous faut « agir concrètement et collectivement, à l’échelle globale et locale », ou la nécessité de rester solidaires, car certains pays sont plus vulnérables que d’autres aux changements climatiques (rappelons que les 44 pays les plus exposés à ses effets sont ceux qui émettent le moins de gaz à effets de serre : 0,00001 % des émissions globales). Invitant banques, agences de développement, acteurs publics et investisseur privés, le sommet place la finance au cœur du processus d’une économie bas carbone et durable, le but étant de réorienter les flux financiers vers le développement durable, et de coordonner les différents secteurs et niveaux de gouvernement. C’est l’État cette fois qui très officiellement nous fait le coup du greenwashing.

L’État qui se place en grand coordinateur du public et du privé, qui se dresse en gestionnaire de l’environnement, comme si la planète était une start-up comme les autres, qu’il faudrait juste rebooster un peu avec des investissements bien placés. En cherchant à avoir une prise sur le dérèglement climatique, ils prétendent contrôler un phénomène créé par l’homme lors des révolutions industrielles, mais qui est maintenant parti en roue libre : montée des eaux, ouragans, sécheresse, disparition des espèces, épuisement des ressources. Cette arrogante intention de gestion n’est pas sans rappeler ironiquement que la COP 21 fut aussi l’occasion d’une des premières mises en application de l’état d’urgence, qui dura deux ans et comme on le sait, renforça diverses mesures de sécurité pour parer aux attentats terroristes, et dont certaines de ses mesures sont récemment passées dans le droit commun ; mais dans les faits, l’état d’urgence fut surtout utile pour arrêter les dealers et les opposants politiques par des perquisitions, des interdictions de manif, des assignations à résidence, des fouilles élargies, pour contrôler tout ce qui ne filait pas droit. Ainsi le 12 décembre peut aussi être leur anniversaire du contrôle du vivant par une rationalité progressiste et administrative, que cela soit gestion de la nature ou contrôle des individus.
C’est bien le propre de l’État, tout comme du capitalisme, que de vouloir se réapproprier toutes les sphères composant le monde : individuelles ou collectives, naturelles ou industrielles, de donner forme et identité à toute chose, telle une surpuissance dont les discours seraient performatifs.

L’enjeu de ce sommet est de réunir différents acteurs de la finance dont les actions communes et concertées agiraient sur le climat. Auparavant, de nombreuses campagnes de sensibilisation à l’écologie ont mis l’accent sur la responsabilité de chacun dans les petits gestes du quotidien : éteindre les lumières, prendre des douches plutôt que des bains, trier ses déchets, acheter une nouvelle voiture hybride… Les discours officiels cherchent à nous faire croire que l’action individuelle suffirait pour influer sur les changements climatiques, et remettent la responsabilité à l’individu pour éviter d’avoir à questionner notre système économique, oubliant volontairement que l’intensivité de l’agriculture et de l’industrie provoque de tels chamboulements, et que les logiques de croissance économique empêchent toute attention sincère à l’état de la planète. Frappés d’amnésie, ou hypocrites vénaux ?
À l’heure où l’État prend un malin plaisir à définir des ennemis, les nommer et les encadrer, qu’ils soient terroristes, casseurs ou migrants-envahisseurs, il ne désigne personne comme Ennemi de la Planète ; il préfère diffuser en sourdine un sentiment pervers de culpabilisation : chaque individu est responsable de l’effondrement annoncé, et a les cartes en main pour arrêter ça. Hypocrisie encore une fois, hypocrisie à ciel ouvert.

Mais, dans un petit village d’Aveyron, des habitants se rassemblent depuis quelques années contre le projet d’un parc éolien et d’un transformateur électrique, et « résistent dans la convivialité. » Achetant un terrain en indivision, construisant une cabane nommée l’Amassada, un hangar, inventant des chants, empêchant récemment la venue du commissaire enquêteur de l’enquête publique, ils ont donné corps, âme à la lutte contre la fumisterie capitaliste du développement durable et de la transition vers les énergies dites renouvelables, dévoilant savamment toute la maille que y avait à se faire de ce côté-là.

Pendant ce temps, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le sort de la zone sera bientôt fixée. Matignon a récemment annoncé que le rapport des médiateurs (qui travaillent depuis six mois pour rendre compte des points positifs et négatifs de chacun des deux aéroports) sera rendu le 13 décembre, et a promis que le gouvernement communiquera sa décision quant à l’abandon ou au maintien du projet d’aéroport avant la fin de l’année 2017.

C’est dans ce contexte particulier, et à partir de cette critique du monde libéral se prétendant apte à gérer la crise climatique, que le Comité Zad de Rennes vous invite à une rencontre le 12 décembre, avec des personnes en lutte de l’Amassada [contre le projet du parc éolien de Saint-Victor-et-Melvieu]. Une discussion ainsi qu’une projection sur cette lutte permettront de mieux comprendre le grand bluff de la transition écologique célébrée – entre autres – par Macron le même jour, à partir d’un cas concret : les éoliennes industrielles.
Ce pourrait aussi être l’occasion d’aborder la question du drame climatico-capitaliste sous un autre angle, avec la notion d’effondrement, ou plutôt de collapsologie, la science de l’effondrement de notre civilisation. Ou comment se resaisir politiqument de la fin du monde…

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